Les jeunes font «Le Temps»
En marge de la conférence de l’ONU sur le climat, qui se tient du 6 au 18 novembre à Charm el-Cheikh, Le Temps a invité une douzaine de jeunes de toute la Suisse romande à prendre les rênes d’une opération spéciale. Âgé·es de 17 à 23 ans, elles et ils ont collaboré avec la rédaction en choisissant les sujets que les journalistes ont ensuite traités.
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Du 6 au 18 novembre, à l’occasion de la réunion annuelle de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques («UNFCCC COP27», dans le jargon), Le Temps met le cap sur l’Egypte. Au bord de la mer Rouge, dans la cité balnéaire de Charm el-Cheikh, 30 000 personnes, dont plus de 90 chefs d’Etat, sont attendues ces prochains jours au chevet de la planète.

Cependant les choses s’annoncent mal, prévient l’ONU depuis plusieurs semaines. Les engagements pris à Glasgow en 2021 ne sont pas tenus, les progrès sont trop lents et l’objectif, défini à Paris en 2015, de maintenir la hausse moyenne des températures du globe en dessous de 1,5 degré, d’ici à la fin du siècle, est déjà largement considéré comme inatteignable.

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Maël Bürki, étudiant en Arts visuels au Lycée Jean-Piaget de Neuchâtel avec qui Le Temps collabore pour réaliser ce numéro spécial, résume: de manière générale, la COP déçoit, elle est organisée dans un pays qui n’est ni un champion climatique, ni un exemple en matière de droits humains et notre déplacement émettra énormément de CO2. Dès lors, se demande-t-il, «vaut-il vraiment la peine de se rendre sur place? Et les émissions du vol seront-elles compensées?» Voici quelques éléments de réponse.

La route, le rail?

Commençons par être transparent: Zurich-Charm el-Cheikh, via l’aéroport de Catane-Fontanarossa (en Sicile) aller-retour, c’est 1,2 tonne de CO2. Pas tant que ça, si l’on compare aux émissions moyennes suisses par habitant·e, qui sont d’environ 14 tonnes. Mais déjà largement trop pour respecter les objectifs calculés par la fondation suisse MyClimate, qui estime que pour limiter le réchauffement à 1,5 degré d’ici à la fin du siècle, 0,6 tonne de CO2 par personne et par an, c’est un maximum. Ergo, couvrir la conférence annuelle sur le climat s’apprête à démolir le bilan carbone de notre envoyé spécial.

Ce n’est pas faute d’avoir cherché une autre solution. Mais c’est une leçon sur ce que l’on peut faire ou non en termes environnementaux; quelle que soit notre dose de bonne volonté, l’idéal se heurte à des considérations pratiques infranchissables. Intéressons-nous tout d’abord à l’option terrestre. Avec du temps, en passant par l’est, il est possible d’atteindre la Turquie en transports publics. Mais la suite du périple est complexe, pour ne pas dire irréalisable, puisqu’il s’agit de traverser la Syrie. Premier échec. Précisons que ce trajet total fait 4500 kilomètres.

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En imaginant avoir davantage de temps, on peut songer rejoindre Charm el-Cheikh par l’autre côté de la Méditerranée, en passant par l’ouest. Cela ne restera toutefois également qu’un songe. Car s’il est envisageable de traverser la France, l’Espagne puis le détroit de Gibraltar – avant, une fois en Afrique, de fendre une portion du Maroc, l’Algérie et la Tunisie –, la frontière suivante est celle de la Libye, l’un des pays les plus dangereux du monde (avec la Syrie). Le voyage fait en outre plus de 7000 kilomètres. Deuxième abandon.

Le ferry? Le cargo?

La meilleure option semble donc maritime. Mais là encore, il s’agit d’une illusion. Car plus aucun ferry ne relie l’Egypte à l’Europe. Jusqu’à la fin du siècle dernier, voire le début des années 2010, le Vieux-Continent offrait des traversées pour Alexandrie depuis le Pirée, à Athènes. Un ferry reliait Iskenderun, en Turquie, à Port-Saïd, en Egypte. Et Venise offrait un départ pour Alexandrie, en passant par la ville côtière de Tartous (Syrie). Les conflits libyens, syriens et la concurrence aéronautique ont mis fin à ces connexions. Troisième déconvenue.

Une dernière option demeurait sur la table, suggérée par mon estimé collègue Sami Zaïbi: embarquer sur un bateau cargo. La compagnie française CMA-CGM relie en effet toujours Gênes à Alexandrie. Ce dernier essai s’est cependant lui aussi soldé par un échec, l’entreprise de transports alléguant que «depuis la pandémie, elle ne prenait plus de passagers pour des raisons sanitaires». Mes multiples vaccins (grâce auxquels je prendrai sans problème l’avion) n’y ont rien changé. Si je rejoins Charm el-Cheikh en avion, c’est donc parce que c’est l’unique moyen de s’y rendre.

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Quant à savoir si cela en «vaut la peine», la réponse sera journalistique: ignorer un événement de cette importance n’est pas une option. Déserter les forums internationaux pour ne plus s’appuyer que sur des communiqués officiels est contraire aux principes mêmes du journalisme, qui se doit de confronter la vérité et d’enquêter sur la véracité d’une information avant de s’en faire l’écho. Renoncer à se rendre sur place, le sommet risquant à nouveau de décevoir, n’est pas non plus défendable. D’une part, parce que sans pression médiatique, les chances d’un échec ne sont que renforcées. D’autre part, parce qu'il n’est pas interdit de garder l’espoir d’une réussite. Quant aux émissions de CO2 émises par les trajets en avion nécessaires à la couverture de la COP27, ils sont compensés par l’intermédiaire de la plateforme MyClimate.


Pourquoi avoir suggéré ce sujet?

«On voit bien que Charm el-Cheikh est coupée du monde. C’est étrange d’organiser une COP là-bas. Un événement qui devrait au contraire être ouvert et accessible à toutes et tous.»
Maël Bürki, 18 ans, étudiant en arts visuels au Lycée Jean-Piaget à Neuchâtel.