Paléolithique moyen

En Belgique, l'homme de Néandertal mangeait d'autres hommes

Dans les grottes de Goyet, sur le territoire de la Belgique actuelle, l'homme de Néandertal ne se contentait pas de chevaux ou de rennes pour s'alimenter. Il pratiquait aussi le cannibalisme, révèle vendredi une nouvelle étude internationale.

Corps dépecés, os fracturés pour en consommer la moelle... «C'est irréfutable. Ici aussi, on pratiquait le cannibalisme», explique l'archéologue belge Christian Casseyas en parcourant du regard la «troisième caverne» des grottes de Goyet, nichée à mi-hauteur d'une étroite vallée aux portes de l'Ardenne belge.

C'était il y a environ 40'000 ans. La présence sur terre de l'homme de Néandertal touchait à sa fin. Longtemps considéré comme un être rustre, cet homme, dont le cerveau est légèrement plus volumineux que celui de l'homme moderne (homo sapiens), prenait pourtant soin des corps des défunts, puisqu'il existe des exemples de sépultures néandertaliennes.

Mais il lui arrivait aussi de manger ses congénères. Des cas de cannibalisme étaient déjà avérés, mais il s'agissait de populations établies dans le sud de l'Europe, en Espagne et en France.

Os utilisés comme des outils

Sur le site de Goyet, plusieurs os humains, issus de six individus (un nouveau-né, un enfant et quatre adultes ou adolescents), montrent des traces de découpe, «pour les désarticuler et en enlever la chair», relève Christian Casseyas.

Les Néandertaliens ont «cassé ces os de la même manière qu'ils cassaient ceux des rennes et des chevaux que l'on a trouvés à l'entrée de la grotte, certainement pour en extraire la moelle», ajoute l'archéologue.

Une première en Europe du Nord

«On peut conclure que certains Néandertaliens sont morts et ont été mangés ici», ce qui constitue une première en Europe du Nord, a confirmé l'anthropologue française Hélène Rougier, de la California State University Northridge, dont les travaux sur la grotte belge ont été publiés en juillet par Scientific Reports.

«Quelques-uns de ces os ont en outre été utilisés pour en faire des outils», pour «retoucher le bord des silex taillés pour les réaffûter», souligne Hélène Rougier.

Les raisons de ce cannibalisme et l'ampleur du phénomène restent mystérieuses. «Je ne sais (...) interpréter la raison qui était derrière ce cannibalisme. Cela peut être purement alimentaire, mais cela peut être aussi symbolique... La raison reste ouverte», avance l'anthropologue.

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