Alors que les Etats tardent à prendre des mesures, de plus en plus d’entreprises promettent d’agir en faveur du climat. A la COP25 de Madrid, 177 grandes sociétés, dont le fabricant suisse Givaudan, ont annoncé le 11 décembre de nouveaux efforts pour réduire leurs émissions de CO2 et ainsi maintenir le réchauffement à 1,5°C d’ici à la fin du siècle.

Pour l’explorateur Bertrand Piccard, à la tête de la Fondation Solar Impulse, du nom de l’avion solaire aux commandes duquel il a effectué le tour du monde, l’engagement du secteur économique est primordial. Il tente d’en convaincre les acteurs politiques rassemblés à Madrid, où il a été invité par l’UNFCCC, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

Le Temps: Quel regard portez-vous sur les négociations en cours à la COP25?

Bertrand Piccard: Je suis très pessimiste sur leur issue. Les processus sont lents et les discussions se concentrent sur des points de détail. Le risque est de perdre de vue l’objectif global qui est de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. De nombreux pays rechignent à prendre des mesures car ils n’ont pas encore compris que la lutte contre les changements climatiques constitue une opportunité économique.

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Les annonces issues du secteur privé sont-elles plus encourageantes?

Oui. Dans ce domaine, il y a de très prometteuses initiatives. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons lancé la Fondation Solar Impulse, dont l’objectif est de labelliser 1000 solutions qui protègent l’environnement tout en étant profitables. Nous en avons déjà identifié 308. Des secteurs entiers s’engagent aujourd’hui pour le climat. J’ai participé à des discussions avec l’industrie maritime, qui souhaite réduire la vitesse de ses navires pour limiter ses émissions de CO2. Plus de 50 entreprises du secteur de la mode ont par ailleurs rejoint le Fashion Pact, afin de limiter l’impact de la filière sur le climat. Ce ne sont que des exemples.

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Des engagements sans objectif concret ni moyen de contrôle indépendant: n’est-ce pas la porte ouverte au «greenwashing», une aubaine saisie pour verdir son image?

Pour moi, le greenwashing, c’est de prétendre qu’on va collectivement atteindre la neutralité carbone en 2050, alors que les négociations n’avancent pas. De nombreuses initiatives du secteur économique sont concrètes et crédibles. Quand un groupe de la taille de LVMH améliore son efficience énergétique, cela fait la différence. Quand Air France s’engage à compenser 100% des émissions de CO2 de ses vols intérieurs, c’est aussi significatif. Toutes ces initiatives sont comme des pixels sur un écran. En se multipliant, elles commencent à former une image, qui à de quoi nous encourager.

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