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L’entrée du Naturalium est marquée par une hélice d’ADN en bois, qui illustre l’unité de la biodiversité. 
© Jacky Renard

Exposition

Besançon, Citadelle de la biodiversité

Alors que les études s’enchaînent pour dénoncer la disparition de la biodiversité, le Muséum de Besançon fait partie de ceux qui s’efforcent de la conserver et de la faire connaître au public. L’institution abrite désormais le Naturalium, nouvel espace dédié à la promotion de la richesse du vivant

Entourée de ses remparts de pierre et perdue dans la grisaille environnante, la Citadelle de Besançon, à trois heures de train de Genève, semble imprenable. Située à 100 mètres au-dessus de la vieille ville, cette forteresse classée au Patrimoine mondial de l’Unesco est divisée en plusieurs petites bâtisses autrefois occupées par les soldats du roi. Propriété de la Ville depuis 1959, la Citadelle abrite depuis le Muséum d’histoire naturelle.

Fi des grandes galeries affichées par les autres muséums! L’institution bisontine a tiré profit des contraintes du lieu en thématisant chacune des petites bâtisses présentes: le Noctarium, salle sombre permettant d’observer les animaux nocturnes en journée, l’Insectarium dédié aux araignées et aux scorpions… Les cours adjacentes sont devenues un jardin zoologique pour admirer tigres et wallabys depuis les chemins de ronde.

Le nouveau venu cette année, le Naturalium, a pris place dans une des bâtisses de la cour centrale. Pas d’animaux vivants ici, uniquement des animaux naturalisés ou empaillés. Il est chargé de rappeler que la biodiversité vue dans les salles adjacentes et les jardins est bel et bien en péril. De petits modules thématiques du Naturalium ont été installés au sein de chacun des autres espaces: adaptation à la nuit dans le Noctarium, conservation des espèces au Jardin zoologique ou encore participation au comptage dans l’Aquarium.

L’homme, un animal parmi d’autres 

L’entrée du Naturalium est marquée par une hélice d’ADN en bois, qui illustre l'unité de la biodiversité. On entre dans la vie de LUCA, acronyme anglais désignant le dernier ancêtre commun universel, lointain aïeul partagé par les champignons, les eucaryotes et les archées. De nombreuses boîtes en bois vitrées sont exposées jusqu’au plafond. Elles sont remplies d’araignées, d’un koala, de coraux, de plein d’autres espèces et même d’un yaourt: un vrai patchwork de la biodiversité. «Dans cette salle, on veut en mettre plein les yeux», confirme Ombeline Cucherousset, médiatrice au muséum.

La seconde salle tout en bois est consacrée à la classification des espèces. Au sol est peint un arbre phylogénétique, équivalent de l’arbre généalogique pour le vivant. L’évolution est souvent vue comme une pente douce en ligne droite jusqu’à nous, Homo sapiens. «L’homme n’est pas supérieur. Les espèces coexistent et elles sont toutes aussi évoluées les unes que les autres», corrige Ombeline Cucherousset. Les biologistes voient la vie comme un buisson dont l’exploration des branches permet de remonter le temps jusqu’à LUCA, ce premier être vivant dont nous descendons tous. Impossible de savoir à quoi il ressemblait. Pour le retrouver, les scientifiques étudient au quotidien chacune des caractéristiques de ses descendants pour relier ces derniers à l’arbre de la vie.

Pour expliquer le fonctionnement des sciences de l’évolution, on doit par exemple comparer le corps d’un chimpanzé et d’un humain. Les différences? Bipédie, pouce opposable… Pour le point commun, les deux ont un nez et non une truffe. Tous les animaux faisant partie de cette catégorie sont appelés les haplorrhiniens, comme mentionné en grand sur la vitrine. «Si on affiche les mots compliqués, le but ce n’est pas de les retenir, mais de comprendre le mécanisme en comparant les points communs et les différences, explique la médiatrice. On est très juste sur le plan scientifique et les jeux font oublier la complexité des sciences.»

Ouvrir, toucher, pousser

On entre ensuite dans un vrai cabinet de naturaliste: des étagères en bois montant jusqu’au plafond, des tiroirs en pagaille… Il ne faut pas rester les bras croisés mais les ouvrir pour observer les spécimens qu’ils contiennent, sous peine de ne rien voir de l’exposition. A gauche, un chevreau bicéphale empaillé nous rappelle qu’au XIXe siècle l’appétit des naturalistes portait surtout sur les espèces étranges et hétéroclites, amassées comme autant de trophées dans des cabinets de curiosité.

Les techniques de classement ont depuis beaucoup changé. A l’époque de Darwin et Lamarck, les scientifiques se basaient sur les points communs physiques pour catégoriser les espèces. Aujourd’hui, de nouveaux outils sont utilisés telle l’horloge moléculaire, qui permet de relier les espèces entre elles en prenant en compte le taux de mutations s’accumulant dans leur génome. Ces techniques sont plus fiables mais remettent en cause petit à petit les regroupements d’espèces actuels, sans oublier l’évolution permanente qui suit son cours. Le buisson du vivant doit ainsi toujours être réactualisé.

La salle suivante propose de passer de la théorie à la pratique: jeux de classification d’espèces sur tablette, vidéos, et comparaison d’animaux naturalisés. Au centre de l’espace trône Boris, un tigre qui a vécu au Jardin zoologique du muséum. «On a fait le choix de le naturaliser. Pour lui, ça ne change rien, et pour le public, ça change tout», précise la médiatrice.

La sixième extinction

La biodiversité est certes riche mais les animaux ne vivent pas sous cloche. La quatrième salle du musée recrée une prairie de la région Franche-Comté. Où l’on réalise que la vie est avant tout un écosystème où toutes les espèces sont en contact. Y compris sur l’énorme comté, fromage local, où des millions de bactéries et champignons se côtoient pour le plaisir des papilles. L’homme ne vit pas hors-sol, il est en interaction avec toute la biodiversité par ses choix alimentaires, nous rappelle la visite. Tout se décide en ouvrant les tiroirs, le réfrigérateur ou en mangeant la pizza sortie du four de la cuisine, recréée sur place.

En commençant par la naissance de LUCA, on finit dans la dernière salle en parlant du risque de voir ce buisson de la vie disparaître. Si 70% des espèces disparaissent, on considérera qu’on est passé à la sixième extinction. La réponse d’Ombeline Cucherousset confirme les doutes: «Malheureusement, on n’en est pas loin.» Preuve en est la dernière étude publiée la semaine passée dans la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences), qui établit que les mammifères disparaissent bien plus vite qu’on ne le pensait: 32% de l’échantillon étudié subissent une forte baisse.

Du haut de la Citadelle, le Muséum de Besançon ne baisse pas les armes. Il sert la recherche scientifique, informe le grand public, et participe aux programmes de conservation. Egalement arche de Noë, il recueille les mâles géladas, qui se sont retrouvés isolés de leur groupe dans les autres zoos européens. On croise ces primates en balade dans les fosses, sous le pont, qu’il faudra traverser pour quitter la grande forteresse.


Informations pratiques:

La Citadelle de Besançon est ouverte de 9h à 19h, tarif unique à l’entrée pour l’ensemble des lieux du musée. Balades nocturnes théâtralisées et balades thématiques de jour sont organisées durant l’été.

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