sommeil

Pour bien dormir, faites-vous bercer

Il n’y a pas qu’aux bébés que profite le bercement. Un léger va-et-vient du lit accélère l’endormissement et favorise le sommeil profond et réparateur chez l’adulte, révèle une double étude romande. La mémoire en sort renforcée

De la même manière que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, ce serait dans les bons vieux berceaux qu’on fait les meilleurs… dodos. La revue Current Biology a publié le 24 janvier les résultats d’une double étude suisse qui s’est penchée sur les effets du bercement sur le sommeil ainsi que sur les mécanismes cérébraux impliqués. Il en ressort que le doux va-et-vient du lit améliore chez l’homme la qualité du sommeil tout en renforçant la mémoire, et que ces effets s’opèrent depuis l’oreille interne – du moins chez la souris.

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Neuroscientifique à l’Université de Genève, Laurence Bayer a fait du bercement l’une de ses spécialités. Elle a déjà cosigné en 2011 un article dans lequel elle a mis en évidence certains effets du balancement durant une sieste. Elle a logiquement poursuivi les travaux, cette fois sur une vraie nuit de sommeil.

Berceau pour adulte

Pour examiner si et en quoi le bercement agit sur ceux qui sombrent dans les bras de Morphée, les neuroscientifiques ont demandé à 18 volontaires de bien vouloir passer trois nuits au laboratoire sur un lit spécialement conçu. Cette couchette suspendue à un cadre est mue par un moteur silencieux au rythme d’une oscillation toutes les quatre secondes (0,25 hertz), pour une course horizontale d’une dizaine de centimètres.

La première nuit n’avait pour seul objectif que d’habituer les cobayes à leur étrange matelas. La deuxième s’est déroulée moteur éteint, puis allumé pour la troisième afin d’étudier les différences. Les participants étaient affublés d’un polysomnographe, un ensemble d’instruments mesurant divers paramètres nocturnes tels que les contractions musculaires ou l’activité électrique du cerveau via un électroencéphalogramme (EEG).

Un sommeil profond favorisé

Ainsi bercés, les dormeurs volontaires ont trouvé le sommeil plus rapidement, mais n’ont pas dormi plus longtemps. Les relevés des EEG ont révélé la présence en plus grande quantité d’ondes cérébrales lentes, propres au sommeil profond. «Les ondes lentes sont plus nombreuses, impliquant une durée de sommeil profond plus longue lors du bercement», pointe Laurence Bayer. Autre observation, ces ondulations en provenance du cortex et du thalamus se sont temporellement synchronisées avec la fréquence des oscillations du lit dans un effet dit d’entraînement.

Voir des ondes griffonnées sur un papier ne prouve pas pour autant que les cobayes ont mieux dormi. Pour en avoir le cœur net, les scientifiques leur ont fait passer des tests cognitifs évaluant leur mémoire déclarative, celle mobilisée lorsqu’il faut se souvenir de mots. Pourquoi la mémoire? «Parce que le sommeil profond est connu pour la renforcer», répond Laurence Bayer. «Les sujets avaient une rétention mnésique trois fois supérieure après bercement», poursuit la neurobiologiste.

Hamac pour souris

Comment une simple stimulation mécanique a-t-elle pu pénétrer jusque dans les plus profondes convolutions cérébrales? C’est l’objet de la seconde étude. Les scientifiques soupçonnaient que c’était le système vestibulaire, un organe de l’oreille interne responsable de la perception des mouvements et de l’équilibre, qui en était à l’origine. «Mais personne n’avait pris la peine de le démontrer» raconte Paul Franken, de l’Université de Lausanne.

C’est une preuve très claire que les effets du bercement sont attribuables au système vestibulaire

Paul Franken, Unil

Le biologiste s’est donc attelé à la tâche en berçant… des souris. Inutile de rêver à de petits hamacs ou des berceaux taille rongeur. Paul Franken a eu une autre idée, encore plus futée: «Nous avons simplement posé les cages sur des agitateurs, des appareils normalement utilisés pour mélanger des solutions», sourit-il.

Un mécanisme encore mystérieux

A l’intérieur dormaient des souris soit normales, soit issues de la lignée «tilt», incapables de percevoir les sensations de mouvement en raison de leur système vestibulaire modifié. Alors que les premières ont dormi plus longtemps lorsqu’elles étaient bercées, aucun effet n’a été observé sur les souris «tilt». «C’est une preuve très claire que les effets du bercement sont attribuables au système vestibulaire», estime Paul Franken. «L’étude de nos collègues prouve que c’est un mécanisme sensoriel et non psychique qui est à l’œuvre», résume Laurence Bayer.

Ces travaux restent loin de résoudre l'énigme du berceau. «On ne sait pas ce qui se passe entre l'oreille interne et le cortex, admet la chercheuse. Peut-être pourrons-nous l'examiner chez la souris, en utilisant par exemple les méthodes actuelles d'optogénétique qui permettent d'activer ou d'inhiber spécifiquement certaines régions cérébrales.»

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