Santé

Les bienfaits controversés de la vitamine D

Le manque de vitamine D, courant en hiver, serait mauvais pour la santé. Mais l’intérêt de prendre des compléments alimentaires n’est pas prouvé

Les bienfaits controversés de la vitamine D

Santé Couranten hiver, le manque de vitamine D serait dangereuxpour la santé

L’efficacitédes compléments alimentairesn’est pas prouvée

Avec l’hiver et le manque de lumière, nous somme nombreux à souffrir d’un déficit en vitamine D. Synthétisée par notre peau sous l’effet des rayons solaires, cette vitamine joue un rôle clé dans la santé osseuse et musculaire. Mais elle pourrait aussi être impliquée dans la prévention des cancers et maladies cardiovasculaires. Récemment, une étude publiée par le British Medical Journal (BMJ) a montré que les personnes carencées en vitamine D avaient une mortalité nettement accrue par rapport aux autres personnes. Dans ces conditions, doit-on redouter le manque de vitamine D, et se ruer sur les compléments alimentaires?

Selon les données de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), une telle carence se retrouve très largement dans la population suisse: «D’après une étude que nous avons menée sur 1400 personnes il y a deux ans, environ 40% des Suisses ont un taux de vitamine D dans le sang insuffisant», rapporte l’épidémiologue des HUG Idris Guessous. Cette carence suit une tendance saisonnière avec jusqu’à 60% de la population concernée durant l’hiver, lorsque le rayonnement solaire est trop faible pour que notre peau fabrique la vitamine.

Les personnes qui passent beaucoup de temps en plein air fabriquent davantage de vitamine D que celles qui sont toujours à l’intérieur. Mais travailler dehors ne protège pas forcément de la carence, comme le montrent des observations réalisées récemment sur des bûcherons et gardes forestiers valaisans, à la demande de l’association faîtière des propriétaires de forêt valaisans, Forêt Valais. «Lors des bilans de santé que nous avons effectués sur 85 de ces professionnels de la forêt, nous avons découvert que la moitié souffrait d’un déficit en vitamine D, relate le docteur Pierre-Etienne Fournier, de la Clinique romande de réadaptation SUVA à Sion. C’est étonnant de retrouver ce phénomène chez des jeunes hommes en bonne santé. Mais cela s’explique notamment par le fait que ces personnes portent du matériel de protection qui limite leur exposition au soleil.»

La vitamine D favorise l’absorption du calcium et du phosphate par l’intestin et leur fixation dans les os, ce qui est primordial pour la formation des os et des dents. Une carence dans cette vitamine est problématique pour les petits enfants, chez lesquels elle peut entraîner des malformations osseuses. L’OFSP recommande donc de donner des suppléments en vitamine D aux moins de trois ans. Mais aussi, dans certains cas, aux personnes âgées, car avec l’âge, la peau perd sa capacité à synthétiser la vitamine D. Les personnes de plus de 60 ans sont aussi plus à risque de souffrir de maladies osseuses comme l’ostéoporose ou les fractures.

Chez les adultes en bonne santé, nul besoin de prendre des compléments de vitamine D, estime l’OFSP. Qui conseille plutôt de passer du temps à l’extérieur en été (sans omettre de se protéger des coups de soleil) et de manger des aliments riches en vitamine D, tels les œufs et les poissons gras. Car même si la majorité de la vitamine D est fabriquée par la peau, une partie complémentaire provient de l’alimentation.

Les dangers liés à l’insuffisance en vitamine D chez l’adulte sont peu clairs. Des études publiées ces dernières années ont montré un lien entre déficit en vitamine D et un grand nombre de pathologies: cancers, maladies cardiovasculaires, sclérose en plaques, maladie d’Alzheimer… «Cependant, la plupart de ces études sont observationnelles, c’est-à-dire qu’elles se contentent de mesurer le taux de vitamine D chez des personnes malades. Il est donc difficile de déterminer si le déficit en vitamine est bien à l’origine de la maladie ou s’il s’agit seulement d’événements concomitants», souligne Idris Guessous.

L’étude du BMJ est allée plus loin. Les chercheurs ont suivi depuis 1976 l’état de santé de 96 000 Danois, dont certains possédaient un déficit chronique en vitamine D pour des raisons génétiques. «Dans cette approche, on considère que les déficiences en vitamine D sont réparties de manière aléatoire dans la population, ce qui permet d’éviter les biais dans la comparaison des résultats», explique Idris Guessous. Bilan des courses: les participants dont le taux de vitamine D était faible ont eu un taux de mortalité accru de 30% par rapport aux autres. Leur risque de mourir d’un cancer, en particulier, était augmenté de 40%. «En revanche, les auteurs n’ont pas trouvé de lien entre le déficit de vitamine D et les maladies cardiovasculaires. Ces données semblent donc confirmer certaines hypothèses et en invalider d’autres», estime Idris Guessous.

De son côté, l’épidémiologue Philippe Autieur, de l’International Prevention Research Institute de Lyon, balaie ces résultats. «Ils ne sont pas suffisants pour établir le lien entre carence en vitamine D et cancer», considère-t-il. Il y a une année, ce chercheur a publié dans la revue The Lancet Diabetes & Endocrinology une synthèse dans laquelle il recensait un grand nombre de travaux effectués sur la vitamine D. Il y montrait que la prise de suppléments de vitamine D n’avait pas d’effet protecteur avéré contre le cancer, les fractures et les maladies ­cardiovasculaires. «La carence en vitamine D est une maladie inventée par le lobby des cabines de bronzage, à la recherche de ­nouveaux arguments promotionnels après les révélations sur les risques des UV. Cette carence n’est pas la cause des cancers et autres maladies cardiaques, c’est seulement le reflet d’un mauvais état de santé», martèle le scientifique.

Idris Guessous avance d’autres explications: «Il est possible que la vitamine D soit utile contre certaines pathologies seulement. On peut aussi imaginer que l’effet des suppléments est différent de celui d’une vitamine naturellement synthétisée par le corps.» Pour lui, de plus amples recherches sont nécessaires: «Il y a à l’heure actuelle trop peu d’études qui se sont penchées sur l’impact de la supplémentation en vitamine D sur la santé. Pour trancher, il faudra attendre les conclusions de plusieurs enquêtes de grande ampleur sur ce sujet, qui seront publiées dans deux ans.»

«La carence en vitamine D est une maladie inventée parle lobby des cabinesde bronzage»

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