D’ici à la fin du siècle, notre planète devrait atteindre son plafond de population. Tel est le constat établi par Henri Leridon, expert à l’Institut français d’études démographiques, dans le bulletin que l’institution publie chaque mois. «Dans l’hypothèse centrale des plus récentes projections, la population mondiale devrait augmenter de 2 milliards d’ici à 2050, passant de 7,7 milliards en 2019 à 9,7 milliards en 2050, et atteindre un maximum de 10,9 milliards peu après 2100», écrit-il.

Lire aussi: La population suisse a dépassé les 8,5 millions d’habitants en 2018

Pour la première fois de son histoire moderne, la population mondiale pourrait donc arrêter d’augmenter. Pourquoi? Essentiellement parce que la fécondité va continuer de diminuer jusqu’à moins de deux enfants par femme, alors qu’elle est de 2,5 aujourd’hui au niveau mondial. Cette analyse est basée sur les dernières prédictions des Nations unies, qui font office de référence.

En 2027, l’Inde deviendra le pays le plus peuplé au monde, devant la Chine

Cette diminution du nombre d’enfants dépend pour beaucoup de l’évolution du continent africain, qui tire actuellement les chiffres vers le haut. «Au Nigeria, par exemple, les femmes ont aujourd’hui entre quatre et six enfants au cours de leur vie, explique Philippe Wanner, démographe à l’Université de Genève. Comme c’est un pays très peuplé, si cette fécondité est divisée par deux, l’impact sur la démographie mondiale sera important.»

Avec le Nigeria, huit autres pays seront responsables de la majorité de l’augmentation démographique: le Pakistan, la République démocratique du Congo, l’Ethiopie, la Tanzanie, l’Indonésie, l’Egypte, les Etats-Unis et surtout l’Inde, qui deviendra l’Etat le plus peuplé au monde devant la Chine vers 2027. Et d’ici à 2047, le Nigeria passera devant les Etats-Unis dans ce classement.

140 millions de bébés par an

Chaque naissance est un miracle. Et pourtant, actuellement, il se produit environ 140 millions de fois chaque année. Sur la même période disparaissent 57 millions d’êtres humains. En moyenne, la population de notre planète grossit donc de 1% par an, depuis les années 1980.

L’autre paramètre pris en compte est celui de la mortalité, qui diminue également, à mesure que les progrès de la médecine font gagner en espérance de vie. Celle-ci augmente partout dans le monde malgré quelques exceptions – comme aux Etats-Unis, à cause des overdoses d’opioïdes. Le modèle établi par les experts des Nations unies, bien que respecté, reste conventionnel et ne prend pas en compte les éventuelles catastrophes naturelles, industrielles ou sanitaires, qui pourraient par exemple découler de la propagation d’un virus mortel, de la survenue d’un accident nucléaire ou d’un séisme de grande ampleur.

Pas de catastrophisme

Mais même si cela se produisait, estime Henri Leridon, «l’impact serait à peine visible sur la courbe d’évolution de la population mondiale». La dernière fois que celle-ci a vacillé, c’était à cause du virus du sida, qui a fait 35 millions de morts depuis les années 1980. Le démographe s’inscrit en faux contre les théories «collapsollogistes», comme il les appelle, qui considèrent que la crise climatique pourrait affecter la production agricole et créer des famines massives.

«On estime qu’avec les perspectives actuelles d’évolution de la population mondiale et de la production alimentaire, sous réserve d’une évolution climatique maîtrisée (pas plus de 2 degrés en moyenne), il serait possible de nourrir la population mondiale au moins jusqu’en 2050, sous condition d’une certaine sobriété, en particulier en produits animaux, et d’une réduction des gaspillages», assure le démographe français. Même si le réchauffement s’accentue au-delà des 2 degrés, les experts estiment que la dégradation des conditions d’accès à l’eau et à la nourriture serait progressive, et ne provoquerait pas brutalement des vagues de décès.

Flux migratoire

Pour la Suisse, qui comptait en 1950 4,7 millions d’habitants, les Nations unies ont des projections conformes à celles du continent européen, dont la population va se stabiliser: les 9 millions seraient atteints en 2030, les 10 en 2060 et les 11 millions en 2100. «En ce qui nous concerne, précise Philippe Wanner, cette progression dépend entièrement des flux migratoires, car les nouveaux arrivants ont un taux de fécondité plus grand.»