Médecine

Bientôt de nouveaux médicaments anti-migraine

Pris de manière préventive, des traitements innovants réduiraient nettement la fréquence des crises de migraine. Plusieurs essais cliniques sont en cours

Un mal de tête intense, qui «tape» d'un côté du crâne et s'accompagne de nausées et d'une sensibilité accrue à la lumière et au bruit: c'est la migraine. Cette affection neurologique est bénigne mais peut s'avérer très handicapante. Une crise dure de quelques heures à trois jours et oblige souvent à suspendre toute activité. Un calvaire, surtout lorsque ces crises se répètent fréquemment, jusqu'à plusieurs fois par semaine chez certains...

Mais de nouveaux médicaments pourraient bientôt venir en aide aux personnes les plus sévèrement touchées. En ciblant une molécule impliquée dans le déclenchement des douleurs, ils réduisent nettement la fréquence des crises, d'après des études récentes. Plusieurs essais cliniques sont en cours pour tenter de valider ces résultats encourageants.

Bien qu'elle soit très courante – elle touche environ une personne sur dix et en moyenne trois femmes pour un homme – la migraine demeure mal comprise. «On sait tout de même qu'elle est causée par une dilatation et une inflammation des vaisseaux sanguins au niveau des méninges, la membrane qui entoure le cerveau», explique Philippe Ryvlin, chef du Département des neurosciences cliniques du CHUV, à Lausanne.

Anti-douleurs

Ces phénomènes eux-même seraient liés à une perturbation de l'activité électrique du cerveau, en particulier chez les personnes qui font l'expérience d'effets annonciateurs de la migraine appelés «auras», par exemple des scintillements devant les yeux. Quant aux éléments susceptibles de déclencher une crise, ils sont légion: stress, variations du cycle hormonal, nuit trop longue ou au contraire manque de sommeil, repas trop arrosé, etc.

Des anti-douleurs classiques et du repos sont parfois suffisants pour soulager les douleurs. Pour les cas plus sévères, des molécules anti-migraines appelées triptans sont envisagées. Elles ne sont cependant pas efficaces chez tous les patients et peuvent être dangereuses en cas d'antécédents de maladies cardiovasculaires, en raison de leur effet vasoconstricteur (elles rétrécissent le diamètre des vaisseaux sanguins).

Les triptans ne doivent pas non plus être absorbés trop fréquemment, au risque d'entraîner de crises de plus en plus sévères. C'est pourquoi des traitements préventifs sont prescrits aux personnes souffrant de migraines répétées. Il s'agit de médicaments mis au point pour d'autres indications que la migraine, par exemple des anti-épileptiques ou anti-hypertenseurs. «Mais ce sont des traitements astreignants et non dépourvus d'effets secondaires», note Philippe Ryvlin.

Résultats positifs

Les médicaments en cours en développement ont en revanche été conçus spécifiquement contre la migraine. Il s'agit d'anticorps capables de reconnaître et de neutraliser une molécule appelée PRGC (pour «Peptide Relié au Gène Calcitonine»), un messager de la douleur qui est libéré dans le cerveau au cours de la migraine. Pas moins de quatre sociétés pharmaceutiques (Alder Biopharmaceuticals, Lily, Amgen et Teva) mènent des essais cliniques avec ces traitements.

Deux premières études publiées en 2014 dans la revue The Lancet Neurology ont montré des résultats positifs chez des personnes souffrant de migraines épisodiques fréquentes (c'est-à-dire jusqu'à 14 jours de migraine par mois). Respectivement, le médicament du laboratoire Alder Biopharmaceuticals a permis de réduire de 5,6 le nombre de jours avec migraine par mois (contre 4,6 sous placebo) et celui de Lily de 4,2 jours, contre 3 jours sous placebo. A la fin de l'année dernière, deux nouvelles études parues dans la même revue ont révélé qu'un troisième médicament visant le PRGC (celui de Teva) réduisait aussi nettement le nombre de jours avec douleurs, notamment chez des personnes souffrant de migraine chronique (soit plus de 15 jours de céphalées par mois).

«Les résultats obtenus avec ces médicaments sont très positifs et laissent entrevoir la possibilité de réduire la fréquence des crises de migraine, notamment chez les personnes les plus gravement touchées», estime le neurologue Franz Riederer, qui a participé avec l'Université de Zurich à des études sur les médicaments anti-PRGC.

Effets indésirables

Ces médicaments, qui seraient administrés de manière préventive, semblent au moins aussi efficaces que les traitements équivalents actuels, tout en étant plus faciles à utiliser. «Ils ne nécessitent qu'une administration par mois, sous forme d'une banale injection sous-cutanée, comme celles que se font les diabétiques. Ce mode d'administration paraît plus confortable pour les patients que la prise très régulière de comprimés», estime Philippe Ryvlin.

Reste la question de l'innocuité de ces «anti-PRGC». Un précédent essai mené avec un traitement de la même famille a dû être arrêté en raison de sa toxicité pour le foie. «Les essais cliniques de phase 2 menés par les différents laboratoires n'ont jusqu'alors révélé aucun risque pour la santé», relève Franz Riederer. Ces essais n'ont toutefois duré que quelques mois, ce qui peut être insuffisant pour repérer certains effets indésirables...

Devant les bons résultats déjà obtenus, plusieurs sociétés pharmaceutiques ont décidé de poursuivre leurs recherche sur un plus grand nombre de patients, dans le cadre d'une phase 3 d'essai clinique. Les premières conclusions sont attendues d'ici environ une année. «Sauf déconvenue, ces médicaments pourraient changer le traitement de la migraine, qui n'a pas connu d'avancée majeure depuis la mise au point des triptans dans les années 1990», estime Philippe Ryvlin. 

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