Cet été, «Le Temps» souffle le chaud et le froid en examinant un vent à la loupe.

Depuis qu’elle a jeté la chanteuse cigale dans les pattes peu accueillantes de la fourmi laborieuse, la bise a mauvaise réputation. Chez Hugo, c’est une «virago» qui chasse le poète et les hirondelles, dans son bien nommé Va-t’en, me dit la bise. «La bise fait le bruit d’un géant qui soupire» a également écrit Hugo – qui s’y connaissait, en matière de géant. C’est aussi «dans la bise» que flotte sa chevelure quand le père inconsolable va se souvenir de Léopoldine sur sa tombe. Chez Verlaine elle est moins rude: «Un souffle chaud juste assez pour mieux sentir les froids passés» – comme chez Maurice Carême, le poète belge qu’on cantonne aujourd’hui aux enfants. Pour lui, la bise «rit en chassant les papillons et les feuilles mortes».

La morsure de la bise en images

Tant de poètes très loin du Plateau, qui est pourtant, tous les Suisses le savent, le terrain de jeu attitré de ce vent de terre froid et sec, qui vient du secteur nord-est. Elle se lève après le passage d’un front froid qui marque la fin d’une perturbation, elle est donc généralement suivie de soleil. La tradition veut que la bise souffle pour trois, six ou neuf jours consécutifs – comme le mistral pour les Marseillais. C’est une légende, les études scientifiques l’ont montré, mais la similitude ne devrait pas surprendre: les deux vents sont cousins, la bise provient d’un phénomène européen, provoqué par le différentiel entre de hautes pressions au-dessus des îles britanniques (anticyclone) et de basses pressions en Méditerranée.

2012, annus horribilis

En été, elle est la plupart du temps suivie de beau temps, elle rafraîchit; mais elle peut aussi ramener de l’eau plus chaude à Lausanne et vers Genève. Car rien n’est simple en matière de vents. Mais rien. En hiver la bise apporte de l’air polaire et elle refroidit. Si des précipitations l’accompagnent, on parle alors de bise noire. Comme pour la peste. On en tremble déjà.

Le Jet d’eau genevois est éteint quand la bise est trop forte, les embruns qu’elle décolle du lac et qu’elle projette sur les rives feraient sinon chuter les passants en transformant le sol en patinoire. Personne n’a oublié le froid glacial de 2012, quand les températures étaient descendues à – 11°C et que la bise avait soufflé à 80 km/h. Une voiture transformée en glaçon ambulant sur les rives de Versoix cette année-là est ainsi devenue une icône photographique du gel, régulièrement utilisée en Turquie, en Italie et même au Canada. Et dire qu’avec un peu d’R plus chaud, la bise serait devenue brise.


Grand merci à Jean-Michel Fallot, de l’Université de Lausanne, et à Lionel Fontannaz, de MeteoSuisse, pour leurs précieux conseils.