D’après de nouvelles modélisations épidémiologiques, le nouveau coronavirus emprunterait la voie des aérosols – autrement dit l’air – dans environ 50% des infections, peut-on lire dans une étude parue le 4 février sur le site de la revue PNAS.

Depuis que le SARS-CoV-2 a fait son apparition, la question de sa transmission demeure l’un de ses secrets les mieux gardés. Pas plus tard que le mois dernier, notre article sur «les dix grandes énigmes du Covid-19» pointait le «statu quo» des connaissances à ce sujet. Le consensus veut que le SARS-CoV-2 se transmette via les gouttelettes et dans une moindre mesure les aérosols invisibles, dans des proportions inconnues. Quant aux surfaces sur lesquelles ces vecteurs se déposent – les fomites – leur rôle est encore discuté, encore que des études récentes tendent à prouver qu’elles joueraient un rôle bien moins important qu’estimé jusqu’ici.

Premier foyer de contamination

Les études au sujet de la transmission du coronavirus sont loin d’être évidentes à mener. Elles utilisent en général des nébulisateurs (ou brumisateurs), instruments qui fabriquent des aérosols à partir d’une solution contenant le virus. Mais la nature et les propriétés des aérosols produits restent difficilement standardisables, si bien qu’il est risqué d’en tirer des conclusions. Quant aux études sur les humains, certaines ont eu lieu par le passé (on demandait ainsi à des volontaires de respirer des aérosols microbiens pour évaluer la transmissibilité d’un agent pathogène à travers des masques de protection), mais elles sont discutables d’un point de vue éthique.

L’étude parue hier a pourtant bien eu lieu sur des êtres humains, quoique dans des conditions particulières. Le nom Diamond Princess vous rappelle quelque chose? C’était un paquebot de croisière qui, en février 2020, avait dû être placé en stricte quarantaine dans le port de Yokohama au Japon, après que plusieurs cas de Covid-19 eurent été découverts à bord, faisant du bateau le premier foyer de contamination épidémique du monde après la Chine.

Les scientifiques avaient alors vu dans cette situation une expérience de santé publique grandeur nature offrant la possibilité d’étudier la transmission de la maladie in situ. Un tel environnement fermé est en effet propice à une collecte de données exhaustive de la propagation de la maladie, qui avait touché 712 des 3711 passagers et membres d’équipage (plus 57 testés positifs en rentrant chez eux). Les scientifiques avaient notamment pu identifier le patient zéro, un homme embarqué à Yokohama le 20 janvier.

De l’importance du masque

C’est grâce à toutes ces données que les auteurs de l’étude de PNAS, une équipe d’épidémiologistes de l’Université Harvard, ont modélisé les voies de transmission virales à bord du Diamond Princess afin d’estimer leur part respective. D’après leurs résultats, gouttelettes, aérosols et fomites compteraient pour environ 30 à 35% des infections. Précision importante, les aérosols (ici considérés comme des gouttelettes de moins de 10 micromètres) ont provoqué des infections dans ces trois voies et contribué à environ la moitié du total des infections. Autre enseignement de ces modèles, gouttelettes et aérosols ont concouru à parts égales aux nouvelles infections avant le début de la quarantaine. Puis une fois les passagers isolés dans leurs cabines, ce sont les aérosols qui ont été le moteur principal des transmissions. Les surfaces infectées ont été le facteur le moins important des trois.

«Avoir un système fermé permet de faire les meilleures modélisations», commente Valeria Cagno, virologue au Centre hospitalier universitaire vaudois, avant d’objecter que «ce qui se passe dans un bateau de croisière n’est pas forcément transposable à une situation générale». Et de citer plusieurs limites, telles que l’absence du facteur «super spreaders» ou les imprécisions concernant la dose infectieuse.

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La propagation du coronavirus est donc loin d’être une affaire réglée. Ces résultats rappellent néanmoins l’importance, pour l’élaboration de mesures sanitaires, de contrôler l’inhalation des aérosols en plus des règles visant déjà à limiter l’impact des gouttelettes et des fomites, concluent les auteurs, soulignant l’importance des masques de protection. Ces derniers filtrent 98% des gouttelettes, et ce, de manière efficace jusqu’à une taille de 5 micromètres. Ils constituent donc une barrière certes imparfaite, mais bien utile pour limiter les risques.