Entre sapins et feuillus, le bitume serpente sur les contreforts orangés des Montagnes-Rocheuses, jusqu’au Flagstaff Amphitheater. Au crépuscule, sur ce balcon naturel, deux personnes palabrent près d’un banc, en mirant en contrebas la ville noyée dans la verdure. Elles pourraient être les héros d’une scène du Fléau qui se situe exactement là; le roman de Stephen King raconte les ravages d’un virus ayant décimé les Etats-Unis et le repli de deux groupes de survivants, tantôt à Las Vegas, cité du Mal, tantôt à Boulder, le havre du Bien où doit se reconstruire l’humanité américaine, sujet de réflexion des deux protagonistes du romancier.

Dans la réalité du XXIe siècle, ce ne sont pas des rescapés de la grippe qui se sont regroupés dans cette bourgade «verte» du Colorado, mais les spécialistes de l’environnement. Et le fléau qui les inquiète n’est plus un microbe, mais les changements climatiques et leur impact, sur toute la planète mais chez eux aussi: début septembre, la région a reçu des trombes d’eau d’une ampleur jamais vue.

A 30 minutes de Denver et à 1165 m d’altitude, Boulder, ville de 100 000 habitants, héberge 3600 climatologues, glaciologues et autres géochimistes, ainsi que la plupart des institutions scientifiques majeures, dont les fameux NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) et NCAR (National Center for Atmospheric Research).

C’est non loin de là qu’est conservée l’une des plus riches collections de carottes glaciaires, dont l’étude permet de reconstituer le climat du passé. C’est là aussi qu’est développée une partie des modèles informatiques servant à prévoir celui du futur. Surtout, ces centres de recherche abritent moult chercheurs du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui divulguera le début de son 5e rapport ce 27 septembre à Stockholm.

Enclave libérale et progressiste toujours acquise au Parti démocrate dans un Etat longtemps républicain, laboratoire vivant de l’écologie, Boulder se sait un îlot d’idéalisme dans un pays dont le gouvernement et une large frange de la population ne font pas de la lutte contre le réchauffement climatique une priorité. Selon John Stevenson, doyen de la Graduate School à l’Université du Colorado, «cette conscience verte est dans l’ADN de la ville» depuis toujours. Et n’a cessé de se renforcer au fil de son histoire marquée par diverses décisions pionnières en faveur de l’environnement, par une forte influence de la contre-culture hippie dans les années 1960, voire par l’établissement de l’université en 1877 déjà, avec 44 étudiants – elle en compte 36 000 aujourd’hui.

Trois ans plus tôt, en pleine ruée vers l’or, a même été érigé à Boulder l’un de ces 150 centres que Theodore Roosevelt appelait «la chose la plus américaine en Amérique»: une Chautauqua. Soit un lieu de retraite où intellectuels et artistes se réunissaient durant l’été pour échanger, estimant qu’il ne fallait jamais cesser d’apprendre tout au long d’une vie afin de faire germer des idées; dans une langue amérindienne, le mot signifie «l’endroit où les poissons ont été sortis». La Chautauqua de Boulder est l’une des mieux conservées. Déambuler parmi les maisonnettes en bois, rêver dans ses parcs ou assister à un concert dans l’hémicycle de planches figurent parmi les sorties favorites des citadins.

Cette dimension intellectuelle, la beauté des paysages ainsi que l’origine de son épouse (Denver) ont incité le président Dwight Eisenhower, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, à installer dans le Colorado des laboratoires fédéraux. «Il fallait disperser ces derniers, jusque-là concentrés à Washington et donc vulnérables à une attaque unique sur cette ville», justifie James Butler, chef de division à la NOAA. A ainsi été établi à Boulder, en 1951, ce qui allait devenir le National Institute of Standards and Technology, pôle de référence en métrologie. Puis la NOAA, l’air pur des montagnes et l’altitude permettant aussi de bien étudier l’atmosphère. Et, dans la foulée, le NCAR, reconnu mondialement. «S’est alors mis en place un «effet boule de neige», dit Jim White, directeur de l’institut Instaar en recherche alpine et arctique. L’endroit a attiré d’autres scientifiques, malgré des salaires pas toujours compétitifs. Leurs valeurs correspondaient à celles de la ville.»

«Notre municipalité n’a cessé, sur proposition des citoyens, de faire voter et prendre des décisions avant-gardistes pour préserver l’environnement», dit le maire Matt Appelbaum: établissement de la blue line qui restreint toute construction au-dessus d’une altitude donnée sur le relief voisin (en 1959), impôt dédié à l’achat de terrains afin de les laisser «verts» et de contenir l’expansion urbaine (1967), programme de transports publics (1989) avec maintenant des autobus hybrides, taxe sur les ordures encourageant le recyclage (1994), résolution pour voir la ville satisfaire au Protocole de Kyoto (2002), décision de l’approvisionner avec au moins 10% d’énergies renouvelables (2004), première taxe sur le CO2 aux Etats-Unis (2006), premier smart grid électrique équipant entièrement une ville (2009). La prochaine échéance est fixée au 5 novembre: les citoyens devant justement déterminer l’avenir de leur réseau électrique. Ces visions écologiques se retrouvent jusque dans les toilettes de l’Université, où l’on demande à quiconque découvrant un robinet fuyant d’appeler le concierge.

Aujourd’hui, on croise dans les rues nombre de véhicules hybrides, mais aussi de gros 4x4 SUV. Qui tous partagent l’asphalte avec des myriades de cyclistes. Sur la rue piétonne Pearl Street, on flâne, s’arrête devant ces artistes restés dans les sixties, déguste un thé bio ou prépare son expédition dans une nature aussi vaste que grandiose. Boulder figure souvent au faîte des classements des villes où il fait bon vivre, «même si créer une «ceinture verte protégée» autour du cœur urbain n’a fait que repousser les nouvelles constructions encore plus loin vers l’extérieur», relativise Nicolas Bayou, un ingénieur français venu faire ses études.

«L’endroit est devenu désirable pour quiconque veut vivre dans le respect de l’environnement, résume Waleed Abdalati, directeur du Cooperative Institute for Research in Environmental Sciences (Cires). Mais surtout pour les scientifiques, tant les interactions sont riches.» «Il y a plus de séminaires que mon agenda n’a de cases», confirme James Butler qui, bien que proche de la retraite, enfourche son vélo pour se rendre à son travail. Celui-ci consiste notamment à établir la carte mondiale de l’évolution des concentrations de CO2 dans l’atmosphère; son laboratoire contient une myriade de cartons remplis de bonbonnes d’air prélevé aux quatre coins du globe, et dont la composition est analysée avec une fiabilité extrême. «L’intérêt est que si l’on cherche un expert mondial dans un domaine, on le trouve en ville», abonde Mark Serreze, directeur du National Snow and Ice Data Center, où sont accumulées les données météo planétaires sur la cryosphère.

De l’avis de tous, «ces relations symbiotiques n’ont pas jailli de nulle part, dit Stein Sture, vice-chancelier des affaires académiques à l’Université. Elles ont été stimulées.» «Les instituts créés sont non seulement interdisciplinaires, ils impliquent autant des chercheurs académiques que des scientifiques des agences gouvernementales (NOAA, NIST, etc.)», dit Jim White. «Il y a ici, autour du thème de l’environnement, cette masse critique d’instituts, de gens et de savoirs qui s’auto-alimentent», conclut Mark Serreze.

Ainsi, ces milliers de scientifiques nourrissent en continu les connaissances accumulées sur les changements climatiques. Pourtant, même si c’est aux Etats-Unis – et à Boulder en priorité – que sont générés les savoirs parmi les plus pertinents du domaine, le parlement américain semble ignorer ces derniers dans sa politique climatique, réticente à toute action contre le réchauffement qui s’avérerait contraignante. Le président Barack Obama a bien présenté des objectifs ambitieux lors de son discours sur l’état de l’Union, en février dernier, il sait que le Congrès sera difficile à convaincre. Partout, l’on s’accorde à dire que sans une implication forte des Etats-Unis, les efforts des grandes conférences internationales resteront vains. Comment ces chercheurs vivent-ils cette antinomie? Sont-ils frustrés?

L’un des climatologues les plus en vue dans les médias, où il ne cesse d’essuyer les attaques des climatosceptiques, est Kevin Trenberth. Ce Néo-Zélandais travaille au NCAR, dont les bâtiments de l’architecte d’origine chinoise Ieoh Ming Pei ressemblent à ces pueblos primitifs sculptés dans la roche afin qu’ils se fondent dans le paysage: «Plusieurs d’entre nous ont témoigné devant le Congrès américain. Mais nombre de politiciens sont corrompus. Comme les cyclistes, ils devraient porter des vestes avec des insignes montrant qui les soutient financièrement. Suis-je frustré? Oui, mais je garde l’espoir que l’on puisse changer le cours des choses.» John Stevenson aussi reste positif, d’autant que «l’intérêt des étudiants pour les cours de politique de l’environnement va croissant; ils sentent bien que c’est à ce niveau que les discussions vont désormais évoluer.»

«Vivre à Boulder, c’est une thérapie de groupe: c’est agréable d’avoir des pairs autour de nous, sourit Jim White. Notre rôle reste de dire l’état de la science, de ne jamais se résigner.»

«Je suis emprunté par ce qui se passe, poursuit Mark Serreze. Nous espérons tous que la science sera entendue. C’est pour cela que nous nous adonnons beaucoup à la vulgarisation publique.» Dans le hall du NCAR, qui héberge 1200 collaborateurs, un vaste espace d’exposition sur les phénomènes climatiques attire en effet 100 000 visiteurs par an. «La seule arme que j’ai contre l’ignorance, c’est la connaissance. Même si cela tombe souvent dans l’oreille d’un sourd.»

«Je ne suis pas sûr que l’on ne soit pas entendu», rétorque Akkihebbal Ravishankara. Artisan du Protocole de Montréal protégeant l’ozone atmosphérique, il dirige aussi une division à la NOAA, dont le campus très sécurisé (comme désormais tous les bâtiments fédéraux) se trouve en contrebas du NCAR. «Il ne faut pas oublier que, dans toute décision politique, il peut y avoir l’aspect scientifique, mais aussi d’autres facteurs, économiques, éthiques, sociaux, etc.»

Ce qui est par contre plus grave, reprend Jim White, c’est que «les politiciens affaiblissent le soutien financier accordé à l’éducation et à la recherche». Et surtout aux programmes liés aux sciences du climat: à Boulder, la NOAA, dont le budget est passé de 153 millions de dollars à 113 entre 2011 et 2013, a proposé il y a peu de mettre en place un Service climatique national, amené à fournir des prévisions à moyen et long terme, du même genre que celui que développe l’Organisation météorologique mondiale. Mais le Congrès a enterré le projet. «J’en ai été déçu, mais c’est la décision des politiciens», confie Ravishankara, adoptant le ton diplomatiquement correct dû à sa fonction fédérale. «Mon sentiment personnel? La société a besoin de ces informations.»

De tous bords, on pointe du doigt l’immense polarisation bipartisane et l’évanouissement de l’historique esprit de compromis américain qui paralysent le Congrès. Mais pas seulement. «On voit le changement partout dans ce pays, et Barack Obama en est souvent l’agent, dit James Butler. Mais les gens, accrochés au modèle d’affaires de leurs aïeux qui leur semble immuable et à l’idée d’une liberté sans limite née avec la conquête de l’Ouest, jouent à l’autruche, n’acceptent pas d’être frustrés.» John Stevenson va plus loin en évoquant une «relation d’amour-haine des citoyens avec l’intelligence»: «La population est vite suspicieuse envers les conseils qui viennent de l’intelligentsia», la confiance envers les savants serait rompue; un sondage du Pew Center, un organisme indépendant, indiquait en avril que si 69% des Américains estiment qu’il y a de fortes indications que le climat se réchauffe, ils n’étaient que 33% à penser que ce problème s’avère très sérieux, au point d’agir.

Norvégien installé au Nouveau Monde depuis plusieurs décennies, Stein Sture observe que les racines de ces réactions sont à chercher dans le luddisme, ce mouvement né d’un conflit industriel en 1811-1812 en Angleterre, qui a opposé les tricoteurs manuels aux premiers tisserands utilisant des métiers à tisser. «Ces gens réagissaient violemment contre tout signe du progrès. Leurs descendants ont migré aux Etats-Unis. Et cet état d’esprit s’est distillé dans la «psyché américaine». Ces personnes ne sont pas idiotes. Elles veulent simplement préserver leur confort. Cela dit, il est curieux d’observer qu’il reste, pour mener le développement dans ce pays, des îlots de sciences et de technologies dans un environnement très conservateur.»

Pas si vite, dit Roger Pielke Jr. Connu pour ses vues critiques sur la question des changements climatiques, ce jeune politologue aime recadrer le débat. Son bureau se trouve à deux pas de l’Université, dans une de ces maisons en bois si typique. Sous le porche, dans un fauteuil à bascule moderne, il explique qu’«il existe une mythologique selon laquelle, du point de vue des scientifiques d’ici, si le grand public avait leurs connaissances, il partagerait leurs points de vue sur les actions à mener. Mais Boulder est un parfait cas d’étude de réalisme: il y a dix ans, la ville, largement alimentée en électricité par une usine à charbon, s’est fixé d’ambitieux objectifs en termes de réduction des émissions de CO2 [7% de réduction par rapport au niveau de 1990, d’ici à 2012, ndlr]. Or elle a misérablement failli. Cet échec en dit beaucoup sur notre (in)capacité à atteindre des objectifs similaires au niveau national, quand bien même le pays dans son entier aurait adopté la même orientation politique que Boulder [à 90% démocrate]. Il ne suffit pas de prétendre combler un déficit éducatif ou de croire que le problème serait réglé si tout le monde partageait les mêmes valeurs. La réalité, bien plus globale et inconfortable, est que le pas à faire se veut surtout technologique: remplacer les énergies fossiles à grande échelle, de manière viable et efficace, nécessite un massif changement de paradigme et un investissement financier que les politiciens sont loin d’entamer.»

Boulder, exemple difficilement exportable? «C’est une cité modèle, grâce aux décisions visionnaires prises dans le passé, reconnaît Waleed Abdalati. Mais un modèle qui n’est plus applicable aux grandes villes américaines d’aujourd’hui.» Mark Serreze est plus circonspect: «Nous sommes souvent vus comme une communauté d’amoureux des arbres, une bulle utopique entourée par l’océan de la réalité.» Et d’ajouter qu’«il y a aussi de l’hypocrisie ici, des environnementalistes qui conduisent des voitures très polluantes… Et il faut arrêter de faire croire que l’on peut faire tourner le monde avec des panneaux solaires et des éoliennes.»

Selon John Stevenson, «c’est vrai, vivre dans endroit si spécial entretient un sentiment de supériorité qui se manifeste sous forme de condescendance. Or c’est là faire fi des autres raisons pour lesquelles les gens, dans le reste des Etats-Unis, ne comprennent ou n’adhèrent pas à nos démarches, nos visions.» L’une d’elles est évidemment l’argent, ou plutôt son manque: selon toutes les personnes rencontrées, il ne faut pas en être démuni pour pouvoir vivre à Boulder, l’idéal écologique ayant un certain coût.

A cet égard, l’endroit semble s’être éloigné de l’idéalisme égalitaire et épuré de matérialisme que promouvaient les hippies lorsqu’ils se sont regroupés, entre autres, dans la bourgade du Colorado, décrite encore comme la «République populaire de Boulder». «Au contraire, certains disent que nous n’avons jamais quitté les sixties: regardez-moi!» rigole Mark Serreze. Pantalon en velours, lunettes rondes, longs cheveux gris sur sa chemise à carreaux. Avant de reprendre son sérieux: «Boulder n’a pas perdu son âme, mais la ville est devenue plus mainstream

L’esprit qui souffle aujourd’hui dans les rues de cette ville «verte», quel est-il donc? «La tranquillité de la sagesse et de la connaissance d’une communauté visionnaire, répond le glaciologue. Les relents d’élitisme? Des gens de partout viennent tout de même s’installer à Boulder pour les espaces verts que la ville a su maintenir…» «Une cité progressiste, curieuse, tournée vers la nature, mais complaisante aussi», dit John Stevenson. «Intellectuelle, avec une attitude volontariste, un optimisme à vouloir résoudre des problèmes. Et non seulement la capacité à le faire, mais aussi à transformer ces actions en un business, ajoute Stein Sture. Comme d’ailleurs l’ont fait les hippies à l’époque, qui ont développé des secteurs commerciaux pratiques et durables autour de leur mode de vie.»

Pour James Butler également, «qui dit bulle ne dit pas forcément spéculation démesurée et explosion. Le dynamisme de Boulder va perdurer. Des entreprises de haute technologie, comme IBM ou Ball Aerospace, s’y sont installées. Des start-up aussi…» Selon les statistiques de l’Université du Colorado, depuis 1994, 76 sociétés actives dans l’espace, les biotechnologies ou les énergies renouvelables ont été lancées sur la base de travaux scientifiques menés dans ses laboratoires. «Toutes ces firmes savent que leurs employés seront enclins à venir ou rester dans une ville avec une telle qualité de vie.»

Tomates, salades et autres légumes du jardin, pain maison, miel et sirops artisanaux: la ville se targue d’agender deux fois par semaine, tous les mercredis et les samedis, un «marché fermier» qu’embaume l’odeur du pop-corn (bio). Toute la journée durant, les étals envahissent les allées du parc central autour de la maison de thé Dushambe; l’édifice hétéroclite, aux motifs multicolores, a été offert par la ville tadjike éponyme, jumelée avec Boulder depuis 1982. Le maire Matt Appelbaum aime y savourer son thé noir, avec des glaçons.

Informaticien aujourd’hui à la retraite, en shorts et chaussures de course, il peut passer des heures à expliquer les actions entreprises pour l’environnement par ses concitoyens, scientifiques ou quidams, et à louer la détermination de ces derniers. Il en est convaincu: «Les gouvernements sont inactifs, car muselés par les enjeux internationaux ou leur parlement. C’est dans les communautés, comme Boulder – mais il y en a d’autres aux Etats-Unis et dans le monde –, que les choses peuvent bouger, car c’est là qu’est le pouvoir. Des gens disent que nous vivons dans une bulle, dans l’abstraction et l’idéalisme? Peut-être bien que ce sont eux, à l’extérieur, niant le réchauffement climatique ou ses conséquences et la nécessité d’agir, qui vivent en dehors des réalités.»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

«Vivre ici,c’est une sortede thérapie de groupe: c’est agréable d’avoir d’autres scientifiques autour de soi»