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Le bruit est à la fois allié et ennemi du cerveau

Nos réponses neuronales aux sons ont des effets positifs ou négatifs pour le cerveau, indiquent des études citées par le célèbre mensuel de vulgarisation Scientific American

«C’est si bon d’entendre le son de votre voix» écrivait Shakespeare dans «Peines d’amour perdues». Car oui, le son a un impact profond sur nos émotions et offre un large éventail d’influences. Parce qu’il est invisible, nous ne sommes que peu conscients de l’influence sonore sur nos vies. Plusieurs études récentes ont été menées sur les causes de la perte auditive induite par le bruit, ainsi que sur ce qu’on appelle la «pollution sonore» comme les effets du ramdam en milieu urbain sur le développement de la démence. Nous rappelant ainsi que le bruit est en quelque sorte, un danger permanent. Le Scientific American a résumé plusieurs analyses.

Elles montrent ainsi que le son a également des effets positifs sur notre développement cérébral. Il est prouvé que jouer d’un instrument ou parler deux langues sont des formes d’enrichissement sonore. Elles renforcent nos compétences attentionnelles et multitâches et peuvent prévenir la réduction de capacités cognitives.

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Le son: une entité invisible

Malgré la puissance du son dans nos vies, nous ne nous arrêtons pas souvent pour penser à son impact sur notre cerveau. En raison de sa nature fugace et de son invisibilité, il nous est difficile de décrire les sons que nous entendons – en contraste avec le vocabulaire richement descriptif à notre disposition concernant les choses que nous voyons.

Dans le domaine de la vue, les objets apparaissent de manière tangible et consistante. Dans de nombreux cas, nous pouvons les étudier aussi longtemps que nous le voulons. Sauf s’il s’agit d’un objet en mouvement ou d’une action éphémère, nous pouvons utiliser nos yeux pour analyser la taille, la couleur, la texture et la forme d’un objet, sans avoir à se précipiter. Nous avons des termes concrets que nous pouvons utiliser pour transmettre facilement des attributs visuels en utilisant un langage familier.

S’il est possible d’utiliser des mots tels que petit, jaune, flou et sphérique pour décrire une balle de tennis ­ – ou du moins quelque chose qui y ressemble –, un son est plus difficile à dépeindre. Des mots comme fort, aigu, et dissonant donneraient un sens global à un son, mais il resterait difficile de savoir de quoi il s’agit. Une sirène? Un morceau de musique? Une voiture en plein freinage? Un cri d’animal?

Les oreilles et le cerveau comme outils d’analyse pointus

Nos oreilles et, en particulier, notre cerveau effectuent un travail étonnant afin de donner du sens à un son. Selon certaines mesures, le système auditif est le réseau de neurones le plus développé. Et particulièrement en termes de timing. Aucun autre système sensoriel, vision comprise, n’est comparable à la vitesse à laquelle le système auditif traite le paysage sonore.

Notre capacité à capturer ces «ondes cérébrales» est distincte du bruit. La réaction au bruit est une réponse désorganisée. Mais le cerveau est si bien accordé à la parole, que les bébés commencent à leur donner du sens bien avant qu’ils développent le langage. Ils apprennent que certaines combinaisons sonores fonctionnent ou ne fonctionnent pas dans leur langue et ce en quelques minutes d’exposition seulement.

Méfaits du son sur notre cerveau

Un bruit continuel est plus pernicieux qu’un son abrupt. Même un niveau modéré de bruit, sur une période suffisamment longue (par exemple, des camions à ordures, des sèche-cheveux, des climatiseurs) peut endommager les réseaux cérébraux qui analysent le son. Notre concentration et notre mémoire peuvent alors être touchées.

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Tout le monde semble conscient des dangers que les bruits forts peuvent infliger à nos oreilles. Pourtant, l’exposition à long terme à des sons constants mais discrets peut causer des dommages cérébraux permanents. Ainsi, n’ayant pas subi de choc auditif sévère, il est possible de passer un test d’audition avec brio, mais de rencontrer quelques problèmes concernant les connexions cérébrales dus aux bruits du quotidien anodins au premier abord.

Quelles sont les solutions?

Du côté des aspects positifs liés à l’audition, il existe des façons de tonifier et de perfectionner son cerveau à l’écoute. Apprendre une deuxième langue renforce le système auditif et augmente les capacités cognitives telles que l’attention. Jouer d’un instrument de musique est également un atout au niveau cognitif et émotionnel, tant pour les enfants que pour les adultes. Une activité musicale aiguise le système auditif et contribue au bon développement du langage chez les enfants. Et cet acquis est impérissable, signalent les recherches citées par Scientific American.

Sur un plan pratique, protéger ses oreilles avec des boules Quies que les musiciens utilisent sur scène peut éviter les méfaits. Choisir judicieusement l’endroit où habiter, en fonction des niveaux de bruit peut également se révéler important. Le bruit constant de bas niveau comme le trafic sur une autoroute ou un aéroport voisin détruit la capacité du cerveau à percevoir et à traiter le son et peut accélérer le déclin cognitif. Car oui, le son laisse sa signature sur notre cerveau, pour le meilleur ou pour le pire.

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