Bruit routier, encore des efforts

Environnement Les nuisances sonores liées au trafic affectent un million et demi de Suisses

Des mesures simples permettraient de protéger 70% de ces personnes

Quelque 23% de la population suisse est exposée à un bruit routier excessif et les mesures prises jusqu’ici «atteignent gentiment leurs limites», selon l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), qui présentait ce mardi lors d’une conférence de presse à Berne son deuxième rapport national sur les nuisances sonores imputables au trafic routier. A la veille de la Journée internationale de lutte contre le bruit, l’OFEV a insisté sur la nécessité de promouvoir les mesures applicables «à la source», comme la pose de revêtements autoroutiers phono-absorbants et l’utilisation de pneus silencieux.

L’objectif fixé dans la Constitution suisse, qui est de protéger la population contre le bruit routier, n’est «de loin pas atteint», a estimé Urs Walker, chef de la division Bruit et rayonnements non ionisants à l’OFEV. Car le bruit routier incommode un Suisse sur cinq le jour et un sur six la nuit, ce qui représente 1,6 et 1,4 million de personnes respectivement.

Quelque 200 000 bâtiments baignent toute la journée dans une sorte de «smog sonore continu», pour reprendre une expression de l’OFEV. Le premier rapport, publié en 2009, faisait état de chiffres légèrement inférieurs: 1,2 million de personnes affectées le jour et 700 000 la nuit, soit 16% de la population en moyenne, au lieu de 23%. Cependant, les deux rapports ayant été réalisés à l’aide de modélisations différentes, les résultats ne peuvent pas être comparés. Le second est nettement plus précis, selon l’OFEV.

Les valeurs limites utilisées pour qualifier le bruit routier d’excessif ont été fixées sur la base de sondages, et considérées comme atteintes lorsque 20 à 25% des personnes interrogées se sont déclarées importunées. L’évaluation des effets concrets sur la santé des individus s’avère toutefois délicate. Si certaines recherches indiquent une augmentation de l’incidence des maladies cardio-vasculaires, le lien de cause à effet n’est pas aisé à prouver scientifiquement. «L’impact sur la santé est probablement sous-estimé», commente Urs Walker. En termes de frais de soins, les coûts qui s’ensuivent pourraient approcher le milliard de francs.

Les pertes de revenus locatifs sont mieux connues: chaque décibel supplémentaire au-delà des seuils limites entraîne une diminution du prix de la valeur des biens de 0,59% pour les immeubles en propriété et de 0,19% pour les objets en location.

La question de savoir si l’on peut s’habituer au bruit est controversée. La Société suisse d’acoustique parle d’un «semblant d’accoutumance», c’est-à-dire que les personnes qui disent ne plus être dérangées continueraient de présenter des symptômes corporels. Le problème serait que l’on se force en quelque sorte à devenir sourd: si, à la longue, le bruit peut finir par ne plus être perçu comme gênant, c’est parce que le besoin de ne plus l’entendre l’emporte. Mais cela ne veut pas dire qu’il a cessé d’être délétère.

Depuis l’entrée en vigueur de la loi fédérale sur la protection de l’environnement en 1985, environ 1,6 million de francs ont déjà été investis, essentiellement dans la construction de parois antibruit et le recouvrement de chaussées. Cela a permis de protéger des nuisances sonores quelque 25 000 personnes. «Sachant que le trafic routier continuera d’augmenter à l’avenir, il importe maintenant d’entreprendre des efforts en amont», a souligné Sophie Hoehn, cheffe de la section Bruit routier à l’OFEV.

Trois mesures sont nécessaires: la pose de revêtements autoroutiers phono-absorbants, l’utilisation de pneus silencieux et l’abaissement des limitations de vitesse dans les zones d’habitation. «Si ces trois mesures sont largement adoptées, elles permettront de protéger 70% de la population actuellement affectée par le bruit routier», a expliqué Sophie Hoehn.

Il est possible d’anticiper assez précisément les effets de ces efforts. Par exemple, l’introduction d’une zone piétonne (avec passage de la limitation de vitesse de 50 km/h à 30 km/h) se traduit par une baisse des nuisances sonores de près de 3 décibels (dB), ce qui équivaut à une réduction du trafic de près de 50%. Quant aux pneus silencieux, leur utilisation généralisée ferait gagner 2 dB sans altération des performances techniques telles que la distance de freinage. «Achetez des pneus silencieux!» a conclu Sophie Hoehn.

«L’impact sur la santé est probablement sous-estimé, les coûts qui s’ensuivent pourraient approcher le milliard de francs»