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Des bus japonais roulent à l’algue

Le Japon mise sur les biocarburants novateurs pour réduire ses émissions de CO2. Un test concluant a démarré l’an dernier avec des bus, en attendant les avions

Des bus japonais roulent à l’algue

Energie Des entreprises nippones se lancent dans la production d’algocarburants

Des initiativesqui visent à réduire les émissions de CO2 de l’Archipel

La course aux biocarburants à base d’algue est lancée au Japon. En juillet dernier, les Ministères de l’industrie et des transports ont établi un groupe de travail pour plancher sur l’utilisation de carburant vert dans l’aviation. L’objectif est d’y parvenir pour les Jeux olympiques de Tokyo, en 2020. Les biocarburants à base d’algue sont considérés comme une option prometteuse. Pour le gouvernement japonais comme pour les entreprises du secteur, l’objectif est double: réduire les émissions de gaz carbonique et proposer une alternative plus écologique aux biocarburants à base de maïs et de canne à sucre.

Après un test inédit effectué depuis plus d’un an avec des bus roulant avec du biocarburant à base d’algue, l’entreprise pionnière japonaise Euglena tire un bilan positif. «La première mondiale avec des bus et l’algue dénommée Euglenophyceae que nous avons cultivée est un succès. Chaque jour, des bus effectuent la navette entre une usine d’Isuzu, grand fabricant japonais de moteurs diesel avec qui nous collaborons pour ce projet, et la gare la plus proche. La distance totale parcourue quotidiennement par ces bus est de 88 kilomètres. Le carburant utilisé est composé à 1% de notre algue, le reste est du diesel conventionnel et de l’huile de cuisson. La loi japonaise nous interdit d’utiliser plus de 5% de biocarburant, sauf s’il est totalement pur. C’est le challenge que nous voulons relever en lançant sur le marché un biocarburant 100% à base d’Euglenophyceae en 2018», confie Akihiko Nagata, responsable financier d’Euglena.

Des recherches sur l’Euglenophyceae ont été effectuées depuis 40 ans dans l’Archipel. «Il était reconnu qu’elle pouvait être utilisée dans l’alimentation et les biocarburants, mais personne avant nous n’était capable de faire de la production de masse. C’est ce que nous avons réussi en 2005», relève Akihiko Nagata. Les avantages de l’Euglenophyceae sont multiples. «Nous sommes capables d’utiliser les résidus issus de cette algue comme nourriture animale. Notre production est ainsi meilleure que celle obtenue avec d’autres algues utilisées aux Etats-Unis, notamment», estime-t-il.

Autre avantage: l’Euglenophyceae ne comportant pas de membrane cellulaire, elle ne nécessite pas l’utilisation d’ultrasons lors de l’extraction de l’huile à partir de la plante. La transformation de l’algue en biocarburant se fait du coup en trois étapes. Elles sont tout d’abord écrasées, ensuite nettoyées avec du charbon de bois afin d’ôter les impuretés et enfin raffinées.

Outre les bus, Euglena vise aussi la production de biocarburant pour le transport aérien. Elle a reçu des demandes de la part des compagnies aériennes japonaises ANA et JAL. Un site de production de kérosène devrait être construit d’ici à 2018. «Aujourd’hui, beaucoup de biocarburants sont à base d’huile de cuisson. Il s’agit donc de déchets et leur quantité ne va pas beaucoup augmenter. Or, les compagnies ont de plus en plus de difficulté à se les procurer. Quant au maïs et à la canne à sucre qui entrent dans la fabrication de biocarburants, il nécessite des terrains agricoles qui devraient plutôt être utilisés pour de la nourriture. Par comparaison, les algues ne nécessitent que des piscines avec de l’oxygène et du soleil. Lorsqu’elles grandissent via la photosynthèse, elles absorbent le gaz carbonique. Elles sont donc préférables d’un point de vue environnemental et économique», insiste Akihiko Nagata.

De son côté, Denso, filiale de Toyota, mise elle aussi sur les algues pour combattre le réchauffement climatique. Dès cet automne, l’entreprise effectuera des tests sur les bus de l’entreprise avec l’algue Pseudochoricystis. «Nous l’avons choisie, car elle grandit très rapidement à l’extérieur et est résistante aux bactéries. De plus, elle contient en elle 30 à 40% d’huile», relève son porte-parole. Moins avancée que ses concurrents, IHI a démarré des recherches en 2012 sur les biocarburants à base d’algue. Elle compte construire une infrastructure d’ici à cinq ans pour pouvoir produire à grande échelle et à bas coût une algue dénommée Botryococcus. Pour y parvenir, l’entreprise devra augmenter la taille de son étang actuel de 1500 m2 à plusieurs centaines d’hectares. Selon l’entreprise, un tel terrain pourrait être trouvé dans le Sud-Est asiatique.

Ces initiatives sur les biocarburants à base d’algue s’inscrivent dans l’ère post-Fukushima qui a provoqué une hausse des émissions de gaz carbonique. Il y a deux mois, le Japon a soumis son plan de réduction des émissions de CO2. L’objectif visé est une diminution de 26% en 2030 par rapport au niveau de 2013, ou de 18% par rapport à celui de 1990. En misant notamment sur l’algue pour atteindre son objectif, le Japon devra toutefois relever un défi majeur: développer des biocarburants à grande échelle afin d’atteindre des coûts concurrentiels par rapport aux carburants fossiles.

«Nous sommes capables d’utiliser les résidus de cette algue comme nourriture animale»

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