La première partie de la COP15 sur la biodiversité s’est terminée le 15 octobre. Cette «conférence des parties», qui rassemble les représentants des 196 membres de la Convention sur la diversité biologique (CDB), s’est déroulée majoritairement en ligne mais aussi en partie à Kunming, dans le sud-ouest de la Chine. Il s’agissait d’une étape importante dans les discussions actuelles visant à enrayer le déclin des espèces et la destruction des écosystèmes, qui atteignent des proportions préoccupantes au niveau mondial. Eva Spehn, collaboratrice scientifique à l’Académie suisse des sciences naturelles, a livré au Temps son analyse de l’avancée des discussions.

Le Temps: Quels sont les principaux aboutissements de cette première section de la COP15?

Eva Spehn:

La conférence s’est ouverte par un segment de haut niveau auquel ont pris part des chefs d’Etat, dont il est ressorti une «Déclaration de Kunming» qui est plutôt satisfaisante, même si elle ne fixe pas encore d’objectifs concrets. Les Etats s’y engagent à négocier un cadre mondial efficace et ambitieux pour la protection de la biodiversité d’ici à 2030. La Chine, qui organise la COP15, voulait absolument qu’il y ait un rendez-vous international sur la protection de la nature en amont de la COP26 sur le climat, afin de placer cette thématique au centre de l’agenda politique. Mais les véritables négociations, et les décisions finales sur le texte, n’auront lieu que l’année prochaine, d’abord dans une série de rencontres à Genève en janvier, puis de nouveau à Kunming au printemps, pour la partie finale de la COP15.

A quel point ce processus est-il important?

A mes yeux, le cadre global actuellement en discussion est aussi important que l’Accord de Paris sur le climat. La biodiversité décline à grande vitesse partout dans le monde et les efforts entrepris jusqu’alors pour enrayer cette tendance se sont révélés inefficaces. Les précédents engagements internationaux en faveur de la biodiversité [appelés «objectifs d’Aïchi», ils constituaient le plan stratégique pour la période de 2011 à 2020, ndlr] n’avaient pas été atteints. Il est urgent d’agir contre l’érosion de la biodiversité car elle remet en cause les fondements même de notre vie sur Terre.

Sur quoi porte précisément ce cadre global?

Les travaux actuels portent sur la définition de 21 objectifs, qui devraient pouvoir être contrôlés au moyen d’une quarantaine d’indicateurs. Les Etats s’engageront à accroître la surface des aires protégées sur leur territoire et à limiter les disparitions des espèces, mais le texte comprend aussi des objectifs moins «évidents» comme la diminution de la pollution ou la suppression des subventions néfastes à la biodiversité. Le rapport d’évaluation mondiale sur la biodiversité, publié en 2019 par les experts de l’IPBES, [plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, ndlr], soulignait que des transformations en profondeur de nos économies étaient nécessaires. Les décisions doivent donc aller au-delà de mesures portant sur la seule conservation de la nature.

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