Obstétrique

Calculer le terme d’une grossesse, ou l’art subtil de la probabilité

C’est sans doute l’une des premières choses que l’on a envie de connaître une fois le test de grossesse positif, mais calculer le terme prévu d’une grossesse n’est pas une science exacte

«C’est prévu pour quand?» Quelle femme n’a pas entendu, à peine sa grossesse annoncée, cette sempiternelle demande? Avant même la première échographie, savoir la date à laquelle bébé va venir au monde est au cœur de toutes les interrogations (à égalité avec les paris hasardeux sur le sexe du fœtus). Pour preuve, la pléthore de sites aux intitulés évocateurs fleurissant autour de cette épineuse question. Mais au bout du compte, les résultats de ces calculateurs en ligne sont-ils vraiment fiables? Il y a fort à parier que non.

Même pour les médecins, ce décompte relève de la gageure lorsque seule la date des dernières règles est prise en compte. Et, histoire de corser les choses, le jour supposé du terme n’est pas envisagé de la même manière en Suisse ou dans les pays anglo-saxons qu’en France. Explications.

Lire aussi: L'accouchement par le siège fait son retour dans les maternités

1. Comment est calculé le terme?

Encore aujourd’hui, l’un des standards utilisés pour calculer la date supposée de l’accouchement est la règle mathématique de Naegele, du nom d’un gynécologue allemand mort en 1851. Celle-ci repose sur plusieurs présupposés: un cycle menstruel de vingt-huit jours, ainsi qu’une ovulation et une conception intervenant le 14e jour. Selon Naegele, une grossesse dure deux cent huitante jours, soit quarante semaines. Pour trouver le terme, il «suffirait» de se baser sur la date du premier jour des dernières règles, y ajouter sept jours, puis déduire trois mois.

Cette méthode ne séduit toutefois pas tous les spécialistes. «Ce type d’estimation est imprécis, explique le professeur Philippe Deruelle, secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens français. Le cycle menstruel est très variable d’une femme à l’autre et, pour certaines, l’ovulation peut même intervenir durant les règles. C’est pourquoi le taux d’inexactitude de cette technique peut atteindre sept à dix jours.»

Ce dont on est sûrs, c’est qu’une grossesse dure autour de neuf mois, mais il y a des différences importantes d’une femme à une autre

Philippe Deruelle, secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens français

Pour plus de justesse, les gynécologues s’appuient sur une échographie réalisée vers la douzième semaine de grossesse. Au cours de cet examen, le médecin mesure la longueur crânio-caudale – de la tête aux fesses de l’embryon – ainsi que le diamètre de la tête du fœtus, deux paramètres permettant de dater la grossesse avec une marge de précision de plus ou moins trois jours. «Si les résultats montrent moins de cinq jours de différence avec la date calculée sur la base des dernières règles, on conservera cette première estimation», précise Nadia Berkane, du département de gynécologie-obstétrique des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Plus qu’un jour précis, le calcul du terme correspond donc davantage à une plage autour de laquelle une femme devrait accoucher, surtout lorsque l’on sait qu’à peine 4% des femmes mettent au monde leur enfant à la date prévue initialement.

2. Pourquoi des différences entre les pays?

Quarante ou quarante et une semaines? Toutes les études ne s’accordent pas sur la durée de la grossesse. En Suisse, comme dans les pays anglo-saxons, les spécialistes ont fait le choix de la première variante alors qu’en France, par exemple, le calcul du terme est basé sur la seconde. «Lorsque des femmes arrivent aux HUG et ont préalablement été suivies en France, nous récupérons systématiquement toutes les informations concernant la façon dont la date de terme a été calculée, afin d’éviter des erreurs de prise en charge en fin de grossesse», précise Nadia Berkane.

Si l’on se fie aux statistiques, environ la moitié des femmes, enceintes pour la première fois, accoucheraient après quarante semaines et cinq jours d’aménorrhée. «Ce dont on est sûrs, c’est qu’une grossesse dure autour de neuf mois, mais il y a des différences importantes d’une femme à une autre, probablement pour des raisons génétiques ou environnementales», ajoute Philippe Deruelle.

3. Et si le terme est dépassé?

Les médecins parlent de grossesse prolongée lorsque celle-ci se poursuit entre la 40e (ou la 41e en France) et la 42e semaine d’aménorrhée. «A partir de quarante et une semaines, les recommandations s’accordent à dire qu’il faudrait surveiller toutes les grossesses de manière rapprochée, même celles à bas risque, décrit Nadia Berkane. Le placenta possède une sorte d’horloge biologique, ce que l’on appelle la sénescence placentaire. Si celui-ci ne fonctionne plus assez bien, le bébé risque de ne plus recevoir suffisamment d’oxygène et de nutriments.»

Lire également: Quand l’accouchement est un traumatisme

Entre trente-neuf et quarante-deux semaines de grossesse, on note une augmentation progressive, quoique modérée, du risque de morbidité et de mortalité périnatale, raison pour laquelle une provocation est souvent envisagée aux alentours de quarante et une semaines et trois jours – parfois six – de grossesse. «Si tout se passe bien, il ne faudrait idéalement pas déclencher un accouchement avant ce terme, précise Philippe Deruelle, car il y a de fortes chances que les femmes se mettent en travail spontané.»

Publicité