Vous souffrez des fortes chaleurs qui se répètent désormais presque chaque été? Vous n’êtes pas seuls: les coraux, baleines, poissons et autres organismes marins aussi. Les canicules sont en effet de plus en plus fréquentes dans les océans, en raison de l’influence humaine sur le climat. C’est ce que démontre une étude bernoise publiée dans la revue Science du 25 septembre.

Comme leurs homologues terrestres, les canicules marines se caractérisent par des températures anormalement élevées qui se maintiennent pendant plusieurs semaines ou mois sur une zone étendue. La plus importante vague de chaleur marine récente s’est produite entre 2013 et 2015 dans le nord-est de l’océan Pacifique, le long de la côte américaine. Surnommée «le Blob», elle a entraîné une mortalité accrue des saumons, des oiseaux et des mammifères marins. Ces dernières années, d’autres canicules marines ont été enregistrées autour de l’Australie, dans l’océan Austral ou encore dans différents secteurs de l’Atlantique.

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Les chercheurs ont étudié les mesures de températures de la surface de l’océan effectuées depuis bientôt 40 ans par des satellites. Ils ont recensé plus de 30 000 canicules marines sur cette période, dont 300 ont été particulièrement marquées. Leurs observations confirment que la fréquence, la durée et l’intensité de ces évènements se sont accrues. Alors que seules 27 fortes canicules marines ont été enregistrées dans les années 1980, 127 se sont produites au cours de la décennie qui vient de s’écouler. Ces dernières ont duré en moyenne 48 jours, avec une anomalie de 5,5°C en excès.

Probabilité 20 fois augmentée

A quel point ces fortes vagues de chaleur peuvent-elles être expliquées par le changement climatique? «Pour le déterminer, nous avons utilisé deux modèles informatiques du climat, l’un prenant en compte le réchauffement causé par l’humain et l’autre pas. Nous avons ensuite sélectionné sept canicules récentes et nous avons calculé la probabilité qu’elles surviennent dans nos deux modèles», explique Charlotte Laufkötter, climatologue à l’Université de Berne. Résultat, le changement climatique multiplie par 20 le risque d’apparition de ces évènements. Certains, dont le fameux Blob, n’auraient eu presque aucune chance de se produire dans un monde sans réchauffement.

Dans un monde à plus 3°C, certaines zones risquent de se retrouver dans un état de canicule quasi permanent

Charlotte Laufkötter, climatologue à l’Université de Berne

«Le réchauffement de l’océan global depuis le début du XXe siècle est avant tout graduel et «lent», commente Damien Desbruyères, chercheur à l’institut océanologique français Ifremer. Les vagues de chaleur marines sont des phénomènes extrêmes qui peuvent découler de plusieurs mécanismes, comme des changements de la circulation océanique ou atmosphérique locale. Ce que cette dernière étude montre, c’est que les statistiques [sur la fréquence, l’intensité, la durée, ndlr] de ces vagues de chaleur marines ont été très largement impactées par le réchauffement global.»

«Cette étude actualise le concept de vagues de chaleur marines qui était encore méconnu il y a quelques années. Ce que nous connaissions déjà bien sur la terre ferme devient de plus en plus courant dans les océans. Les auteurs font une démonstration élégante de l’influence humaine sur ces phénomènes», considère l’océanologue française du CNRS Françoise Gaill.

Menace pour les coraux

A l’aide de ces modèles informatiques, Charlotte Laufkötter a ensuite calculé la fréquence à laquelle les canicules marines risquent de se produire à l’avenir, en fonction de l’évolution des températures. «Avant l’industrialisation, ces évènements étaient extrêmement rares, ils ne devaient se produire que toutes les quelques centaines à milliers d’années, affirme la scientifique. Mais sur une planète avec 1,5°C de réchauffement, ces intenses canicules marines pourraient se produire toutes les quelques dizaines d’années, et dans un monde à 3°C, certaines zones risquent de se retrouver dans un état de canicule quasi permanent.»

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Actuellement, la Terre a déjà engrangé un degré de réchauffement par rapport au niveau préindustriel. L’Accord de Paris prévoit de contenir le réchauffement à 2°C d’ici à la fin du siècle, mais les engagements pris pour l’heure par les Etats ne sont pas suffisants et mènent plutôt vers un réchauffement de 3°C.

Dans ces conditions, les scientifiques craignent des conséquences sévères pour les écosystèmes marins, qui sont aussi confrontés à d’autres menaces comme la surpêche, l’acidification des eaux ou encore la pollution. Certains animaux peuvent fuir les canicules marines en migrant, parfois sur des milliers de kilomètres. Mais ces phénomènes extrêmes pourraient sonner le glas pour les organismes fragiles ou ne pouvant pas se déplacer, comme les coraux de la Grande Barrière australienne.

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