Le cannabidiol agite la science

Le regain d’intérêt scientifique pour le cannabis tient en trois lettres: CBD, acronyme du cannabidiol, longtemps éclipsé par l’autre composant le plus connu de la plante, le tétrahydrocannabinol (THC). Contrairement au THC, le cannabidiol ne provoque pas d’effet psychotrope – il atténue au contraire les modifications de la perception induites par le THC.

Le CBD est donc autorisé à la vente et n’intéresse pas les fumeurs de joints en quête de défonce. En revanche, il suscite de grands espoirs auprès des chercheurs. Des études relèvent qu’il possède des effets anxiolytiques et antipsychotiques chez les personnes atteintes de schizophrénie. Des scientifiques ont observé que le cannabidiol permettait de réduire, voire d’anéantir, des tumeurs cancéreuses sur des rats. On lui prête aussi des effets anti-inflammatoires.

L’engouement pour le CBD a gagné le grand public après la diffusion par CNN en 2013 d’un documentaire sur Charlotte Figi, une petite Américaine atteinte du syndrome de Dravet, une forme sévère d’épilepsie. Pour calmer les convulsions qui terrassent leur enfant plusieurs fois par heure, les parents de Charlotte tentent tous les traitements connus. Rien n’y fait. Jusqu’à ce que son père, un soldat de l’armée américaine, découvre une vidéo d’un enfant épileptique soigné au CBD.

Ce couple californien, qui n’avait jamais touché de cannabis jusqu’ici, se procure alors un sachet d’herbe avec de fortes teneurs en CBD, mais pauvre en THC, et en tire une huile qu’il administre à sa fille de 5 ans. Les résultats sont frappants: de 300 crises par semaine, Charlotte passe à une seule. Elle recommence à parler, à rire, à marcher et même à faire du vélo. «Ce cas est exceptionnel. Tous les patients ne réagissent pas au traitement de cette façon», souligne le pharmacien Manfred Frank­hau­ser. Suite au documentaire de CNN, des patients l’ont contacté de toute la Suisse pour commander des produits au CBD sous forme de poudre, vendue 160 francs le gramme. Manfred Frankhauser a suivi le traitement d’une quinzaine d’enfants atteints du syndrome de Dravet. «Nous n’avons eu aucun cas sensationnel.»

Boom sur Internet

Sur Internet, des sites proposent baumes, huiles ou poudres au CBD, vendues au prix fort. Le produit commence à intéresser ­l’industrie pharmaceutique. GW Pharmaceuticals, producteur du médicament Sativex contenant du THC, espère pouvoir mettre sur le marché un nouveau médicament à base de CBD, Epidiolex, dès 2016. En Suisse aussi, le cannabidiol suscite de nouvelles vocations. La société Medropharm, créée en 2014 en Thurgovie, commercialise des extraits de CBD. Elle vient de signer un contrat pour livrer ses produits à la société américaine Naturally Splendid.