Santé

Le cannabis médical pourra être utilisé de façon mieux ciblée en Suisse

Une vaste étude de revue de la littérature scientifique menée par des experts britanniques va permettre à l’Office fédéral de la santé publique de justifier des autorisations exceptionnelles d’utilisation de cannabinoïdes. Les spécialistes citent une efficacité notamment pour les douleurs liées au cancer

Le cannabis médical pourra être utilisé de façon mieux ciblée en Suisse

Santé Une vaste étude de revue va permettre à l’Office fédéral de la santé publique de justifier ses octrois d’autorisations exceptionnelles

Utiliser du cannabis à des fins médicales en Suisse: la démarche pourra désormais être entamée de manière mieux ciblée. Les résultats d’une vaste étude commandée à des experts par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) montrent, selon son communiqué, que «le cannabis renferme un potentiel thérapeutique prometteur dans l’ensemble». Dès lors, «l’OFSP en tiendra compte lors de l’octroi d’autorisations exceptionnelles».

En Suisse, le statut du cannabis médical reste peu clair. Il n’existe aucune disposition spécifique précise le concernant. Mais dans les faits, si l’acte n’est pas lié à un trafic, il est peu probable qu’un recours à cette substance dans un but médical soit puni, comme la loi sur sa consommation l’exigerait pourtant.

En 2008, le parlement a promulgué une loi offrant la possibilité à l’OFSP de répondre favorablement à une demande argumentée d’un médecin agissant au nom d’un patient qui souhaite utiliser, de manière limitée, des médicaments à base de cannabis pour apaiser ses souffrances. Ces dernières années, le nombre de nouvelles demandes de ce genre est d’ailleurs en nette augmentation, étant passé de 171 en 2012 à 633 en 2014; et il y en a déjà eu 428 jusqu’au 18 juin dernier, selon René Stamm, suppléant du chef de section «Drogues» à l’OFSP. Par ailleurs, en novembre 2013, la Suisse est devenue le 23e pays à permettre l’utilisation du Sativex, un médicament en spray contenant une forme synthétique du THC, la molécule principale du cannabis.

Pour étayer ses décisions d’autorisation, l’OFSP a donc commandé une méta-analyse des données à des scientifiques de l’Hôpital universitaire de Bristol. Emmenée par Penny Withing, cette équipe a passé au crible 79 essais cliniques concernant les effets thérapeutiques du cannabis, ayant impliqué 6462 patients. Les résultats ont été publiés mardi dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) .

Pas de remboursement

Parmi ces essais, seuls quatre avaient des biais faibles, donc sont considérés comme très fiables. «La plupart ont montré des améliorations des symptômes en lien avec la consommation des cannabinoïdes, mais ces liens n’étaient pas toujours statistiquement significatifs», résument les auteurs anglais, qui qualifient la qualité de ces preuves de «modérée», voire «faible».

L’OFSP le reconnaît. Ce qui ne l’empêche pas de conclure que «l’effet positif est bien étayé pour une série d’affections (neuropathies chroniques, douleurs liées au cancer, spasmes dus à la sclérose en plaques, nausée causée par la chimiothérapie, perte de poids chez les sidéens, troubles du sommeil et syndrome de Gilles de la Tourette)». En revanche, l’office indique que les effets positifs sont moindres sur les symptômes d’anxiété. «Les preuves d’efficacité, même si elles sont faibles, existent», corrobore Barbara Broers, responsable de l’Unité des dépendances aux Hôpitaux universitaires de Genève.

En quoi cette nouvelle revue systématique des données à ce jour change-t-elle la donne, l’OFSP ayant déjà la possibilité d’octroyer des autorisations exceptionnelles? «Cette méta-analyse permet désormais de se référer à une médecine basée sur les preuves nourrie par les données récentes», insiste René Stamm. «Cette étude va aussi montrer à davantage de médecins et patients que cette possibilité de thérapie existe», ajoute Markus Jann, chef de la section «Drogues».

«Dans le processus rigoureux d’analyse de la situation que veut s’imposer l’OFSP, cette étude est importante. Et c’est bien qu’elle ait été menée», avise Barbara Broers. «Mais cela ne change pas grand-chose concernant les connaissances que l’on avait jusque-là quant aux preuves d’efficacité du cannabis médical», relativise celle qui recourt parfois à ce type de substances avec ses patients, après avoir fait les demandes d’utilisation idoines à l’OFSP.

La chercheuse indique toutefois que ce domaine de recherche «bouge beaucoup. Ce qu’il faut faire maintenant, c’est suivre les gens qui recourent au cannabis médical. Les dosages indiqués par les médecins restent aussi approximatifs. Enfin, ces produits thérapeutiques contenant des cannabinoïdes restant chers [quelques centaines de francs par mois] et n’étant pour l’heure pas remboursés automatiquement par les caisses maladie, il y a le risque que les malades s’en procurent illégalement sur Internet», mais alors de qualité moindre. «Concernant ce point, dans l’immédiat, cette étude ne va pas changer la situation, dit Markus Jann. Mais elle a le mérite de nous indiquer où des études complémentaires doivent encore être menées pour combler les lacunes, et, à terme, parvenir à un tel remboursement.»

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