Le CBD, substance tirée du cannabis, suscite des débats aussi vifs que démesurés par rapport à des effets loin d’être démontrés.

«Aujourd’hui l’utilisation du CBD est de plus en plus fréquente et son utilisation a de grandes propriétés bénéfiques», affirmait en septembre, dans un communiqué adressé à l’AFP, une marque d’huile de cannabidiol, dit CBD.

La première affirmation est indiscutable. Depuis quelques années, de nombreuses boutiques apparaissent pour vendre du CBD. Les marchands vantent ses mérites supposés en matière de bien-être: réduction de l’anxiété, aide au sommeil, lutte contre la douleur…

Des «space cakes» au CBD

De quoi s’agit-il? C’est l’un des deux grands composants chimiques du cannabis, avec le tétrahydrocannabinol (THC), mais, contrairement à ce dernier, il n’est pas censé avoir d’effet psychotrope. Ce type de cannabis ne tombe pas sous le coup de la loi fédérale sur les stupéfiants si sa teneur en THC ne dépasse pas 1%.

Le marché s’est encore accéléré avec la crise du Covid-19 et les multiples épisodes de confinement dans le monde en 2020. Au Royaume-Uni, les ventes de CBD représentaient l’an dernier presque 700 millions de livres (plus de 880 millions de francs), selon des représentants du secteur.

La mode dépasse les seules boutiques spécialisées, et a par exemple gagné un célèbre pâtissier français, Philippe Conticini, qui propose un gâteau au CBD, promettant des «propriétés apaisantes».

Parallèlement, cette vogue se heurte à des interdictions, à commencer par la France, où des dizaines de boutiques ont été fermées de force ces dernières années.

De la poudre de perlimpinpin?

Dans ce contexte, un débat passe au second plan: le CBD a-t-il réellement des effets, qu’ils soient promis par ses vendeurs ou redoutés par ses contempteurs? «Les vraies preuves, […] on ne les a pas encore», juge auprès de l’AFP l’addictologue Julien Azuar. «Ça va prendre plusieurs années.»

Il existe pourtant une myriade d’études sur le sujet. Mais elles sont très largement rétrospectives: on a par exemple mesuré la réduction du stress chez une personne qui consomme du CBD, sans que l’on puisse savoir si c’est le seul facteur qui a joué. Pour trancher, il faut des études dans lesquelles on donne du CBD à certains patients, que l’on compare ensuite à d’autres personnes qui n’en ont pas reçu. Un certain nombre sont en train d’être menées mais la plupart sont encore en cours.

Pour l’heure, «il y a un énorme déséquilibre entre les études à fort niveau de preuve et celles, faibles, qui sortent tous les mois à profusion», regrette Julien Azuar. «[Ces] données pas solides servent évidemment de promotion au commerce du CBD.»

Autorisé pour des formes rares de l’épilepsie

Les vendeurs peuvent aussi jouer sur une ambiguïté. La recherche médicale a, dans quelques cas, déjà donné naissance à des traitements à base de CBD, mais pour des indications très particulières. «Il existe effectivement des preuves qui ont montré que le CBD peut être un traitement utile pour certaines pathologies», rappelle à l’AFP la neurologue Mihaela Vlaicu.

C’est notamment le cas pour certaines formes rares d’épilepsie. Un traitement, Epidiolex, a ainsi reçu des autorisations de l’Union européenne pour différentes indications, la dernière remontant au printemps. Il ne comprend que du CBD. «Il s’agit d’un médicament particulier sûr et efficace pour l’usage auquel il est destiné», note Mihaela Vlaicu, soulignant toutefois qu’on ne peut en tirer de conclusions pour les formes les plus courantes de l’épilepsie.

A plus forte raison, il est impossible d’élargir ces applications thérapeutiques très ciblées à un large effet sur le bien-être, comme le font nombre de vendeurs de CBD. «C’est le même niveau de preuve que certaines crèmes dermatologiques qui vous vendent le rajeunissement de la peau», conclut Julien Azuar.