biologie cellulaire

Des cellules souches pour soigner la rétine

Une équipe américaine envisage de mener le premier essai clinique en ayant recours à un certain type de cellules souches, les cellules iPS, dans la dégénérescence maculaire liée à l’âge

Une équipe du National Eye Institute à Bethesda, aux Etats-Unis, est en voie de faire avancer la recherche sur la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). Selon un article de la revue Science Translational Medicine paru le 16 janvier, des résultats obtenus par l’équipe américaine laissent envisager le lancement prochain d’un essai clinique de thérapie cellulaire reposant sur un certain type de cellules souches, dites pluripotentes induites (iPS).

La DMLA est l’une des principales causes de handicap visuel sévère dans les pays industrialisés, touchant 10 à 20% des plus de 65 ans. Elle atteint la partie centrale de la rétine, la macula. La perte de la vision est corrélée à la perte, au sein de la macula, d’une très fine couche de cellules, l’épithélium pigmentaire rétinien (EPR). Ce dernier assure un rôle de soutien et remplit une fonction nutritive pour les photorécepteurs, les cellules transmettant l’information visuelle.

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La thérapie cellulaire repose sur l’idée qu’il serait possible de sauver les photorécepteurs en restaurant l’EPR grâce à l’implantation de nouvelles cellules. Celles-ci seraient obtenues à partir de cellules souches iPS produites en laboratoire. A un stade avancé, la DMLA se présente sous une forme sèche ou humide. La première se traduit par la présence de plages d’atrophie de l’EPR et des photorécepteurs, la seconde correspond à une prolifération de vaisseaux sanguins sous la macula.

Auto-transplantation

Dans leur article, les chercheurs du National Eye Institute indiquent avoir utilisé des cellules iPS issues de trois patients atteints de la forme sèche de DMLA pour produire des cellules de l’EPR. En ayant recours à l’auto-transplantation, on évite le rejet de la greffe cellulaire.

Les chercheurs ont implanté dans l’œil de rats et de porcs présentant une dégénérescence rétinienne un support biodégradable, sur lequel repose une monocouche de cellules de l’EPR créées à partir de cellules iPS – elles-mêmes issues de globules blancs du patient. Ceux-ci ont été reprogrammés génétiquement pour devenir des iPS. Ces patchs se sont correctement intégrés dans la rétine des rats et des porcs et les cellules d’EPR implantées se sont révélées fonctionnelles.

Une procédure très longue

Yvan Arsenijevic, du service d’ophtalmologie de l’Université de Lausanne, estime que «l’auto-transplantation est déjà dépassée car elle nécessite de produire plusieurs lignées de cellules iPS par patient et de les caractériser sur le plan génétique, ce qui est très long et coûteux».

Il convient aussi de s’assurer que le génome des cellules iPS ne renferme pas de mutations oncogènes pouvant favoriser le développement ultérieur d’une tumeur cancéreuse. Des équipes japonaises ont en revanche misé sur la création de cellules «universelles». «Elles ont développé des générations de plusieurs lignées cellulaires iPS, porteuses de caractéristiques génétiques communes à la population de l’Archipel, et donc susceptibles d’être implantées sans risque de rejet sur un grand nombre de patients japonais», indique le professeur.

Francine Behar-Cohen, professeure d’ophtalmologie à l’OphtalmoPôle de Paris, considère elle aussi que l’auto-transplantation «n’est pas l’avenir, dans la mesure où il faudrait attendre un an avant de disposer pour chaque patient d’un patch doté des cellules à implanter». Selon elle, l’un des défis majeurs est de savoir «à quelle profondeur et à quelle distance de la zone d’atrophie de la macula implanter ces cellules, tout cela sur une surface d’un millimètre carré et dans un micro-environnement lui-même pathologique. Enfin, il importe que les cellules implantées soient polarisées, autrement dit placées dans le bon sens face aux photorécepteurs, afin d’établir les bonnes connexions.»

Cellules embryonnaires

D’autres équipes ont choisi d’utiliser non pas des iPS, mais des cellules souches embryonnaires humaines, capables de se différencier en n’importe quel type cellulaire. Cette stratégie implique cependant d’avoir recours à un traitement immunosuppresseur. En mars 2018, une équipe de l’University College de Londres a publié les résultats d’un essai de phase 1 montrant la sécurité et la faisabilité d’une telle approche chez deux patients atteints de la forme humide de DMLA.

Dans cette compétition, chaque équipe développe donc son approche avec ses cellules souches, son support, sa technique chirurgicale. Reste à savoir laquelle s’avérera, à terme, la plus efficace pour les patients.

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