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Cent ans de solitude, et Georges s’est éteint

Le dernier individu d’une espèce rarissime de tortue géante est mort à un âge respectable aux Galapagos. Grosse émotion dans toute la presse

Selon le correspondant à Quito de Radio France internationale, «le dimanche 24 juin 2012 est probablement la date qui figurera bientôt dans bien des livres d’histoire naturelle […]. C’est le plus souvent dans l’anonymat de la forêt ou des océans que les espèces s’évanouissent sans parfois que les hommes ne les remarquent. Ce ne sera pas le cas de Georges, la tortue la plus fameuse de la planète. […] Georges n’était […] pas immortel.»

La procréation impossible

Il est donc mort quand même, «dans son corral spécialement aménagé». C’est son soigneur, le fidèle Fausto Llerena, qui «l’a trouvé inerte dimanche matin. Georges se dirigeait apparemment vers son point d’eau. Son cadavre a été immédiatement placé en chambre froide.» En ultime hommage, il «fera son entrée dans le Livre Guinness des records et sera embaumé», précise Tahiti-Infos.

C’est la nouvelle la plus triste de ce début d’été. Georges a cassé sa pipe, et c’est le monde qui est orphelin, dit le communiqué officiel du Parque Nacional Galápagos Ecuador. El Solitario Jorge était une icône aux airs préhistoriques, centenaire, la seule de son espèce (Geochelone nigra abingdoni, pour les intimes de Reptileforums ), une tortue géante, la dernière, pfuit!, disparue. La diversité biologique en prend un sacré coup après cette vidéo aujourd’hui déchirante de l’animal en pleine forme qu’on peut voir sur le site du Guardian.

Pour en savoir davantage sur cet être incroyable dont le Huffington Post France propose de très jolies photos dans son diaporama, il faut aller sur le site de Sciences et Avenir. Là, on apprend que s’il n’a pas de descendant, c’est que «les tentatives pour le faire se reproduire avec des femelles d’une sous-espèce très proche de la sienne, venant de l’île voisine d’Espanola, sont restées vaines».

Mais Georges a d’illustres prédécesseurs: «En 2006 une tortue âgée de 176 ans, originaire des Galapagos, est morte dans un zoo australien. Harriet aurait été embarquée dès l’âge de 5 ou 6 ans jusqu’en Grande-Bretagne – la légende veut que Darwin lui-même l’ait ramenée dans son île européenne en 1835. Des tests génétiques avaient révélé que Harriet était née vers 1830 et qu’elle appartenait à une sous-espèce trouvée sur une île de l’archipel que Darwin n’a pas visitée.» Un vrai polar.

Grave question, plus actuelle: «La mort de Georges la tortue était-elle inéluctable?» se demande FranceTVInfo dans un article fort bien documenté et passionnant à lire. «A 100 ans et des poussières, cet illustre habitant des îles Galapagos est mort comme il a vécu: seul, et malgré tout pas si vieux que ça, alors que les individus de son espèce peuvent atteindre les deux siècles. Sauf que son espèce n’existe plus» et voit donc son nom scientifique «rayé de l’aventure terrestre pour l’éternité».

C’était «la créature la plus rare de la planète», confirme la BBC. Alors il vaut le coup de rappeler au passage, comme le fait l’ Agence France-Presse, que «classées au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco depuis trois décennies, les îles Galapagos, situées à 1000 kilomètres au large de l’Equateur, […] abritent entre 30 000 et 40 000 [tortues], représentant une dizaine d’espèces.»

Celle de Georges est la quatrième à avoir définitivement disparu. Pourtant, en janvier 2012, une étude parue dans la revue scientifique Current Biology, citée par le site ThisTrend, avait révélé «que la signature génétique de Chelonoidis elephantopus, une autre tortue géante des Galapagos que l’on n’a plus revue depuis cent cinquante ans, était présente dans l’ADN de ses descendants hybrides.» D’où la question, particulièrement abyssale: «Qui sait aujourd’hui où sont les gènes de Georges?»

Et à qui profite le crime? Les blas, blas, blas du blog Pierre tentent cette réponse, lyrique et révoltée: «Elle s’appelait Georges. So long Georges… A pas comptés et de velours.» Et Pierre d’halluciner devant une vidéo sur YouTube , qui est accompagnée de ces deux pubs: «Convention obsèques Aviva» et «Comment téléphoner moins cher aux Galapagos»… «J’ai horreur de la médiocrité. Quand elle est robotique, elle est effroyable. J’envoie un mail à ces neuneus de YouTube. Faire de l’argent, oui, mais avec une once d’éthique, sans parler de l’inaccessible talent.»

Même les Brangelina…

Dans l’attente d’une autopsie qui permettra de découvrir les causes exactes de la mort de ce pauvre reptile exploité par l’ignoble mercantilisme globalisé, on reste coi. Car c’est désespérément inutile aujourd’hui, mais on se souvient qu’en 2007, le site Futura-environnement avait lancé un appel au secours: «Il faut sauver la tortue géante Georges!» écrivait-il, plein d’espoir. «Mais Georges est mort vieux garçon sur son île de Santa Cruz.» «Il a fini son cycle de vie.» Et même la visite de Brad Pitt et Angelina Jolie, accourus à son chevet au début de cette année, n’aura rien changé à son destin.

Destin extraordinaire, en effet, de celui qui devait son nom, explique Slate.fr, «à l’acteur américain George Gobel, une star de la télé des années 1950», qui se surnommait lui-même «Lonesome George», indiquent les NY DailyNews. Pourquoi? Mystère. Le type ne lui ressemble pas vraiment.

La revue de presse

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