Le complexe majeur d’histocompatibilité, ou système HLA chez l’humain, est un groupe de plusieurs gènes responsable de la capacité de notre corps à faire la différence entre le soi et le non soi, donc à se défendre contre les pathogènes. C’est à ce complexe que l’on doit les phénomènes de rejet lors de greffes d’organes ou de réaction du système immunitaire lors de greffes de cellules souches du sang en cas de leucémie.

Les leucémies et autres maladies du système hématopoïétique peuvent être traitées par une greffe de cellules souches prélevées soit dans la moelle osseuse, soit, le plus souvent, à partir du sang périphérique. On compte à ce jour plus de 40 000 donneurs volontaires en Suisse et plus de 19 millions dans le monde.

«Ce chiffre peut sembler énorme», explique Stéphane Buhler, de l’Unité d’anthropologie du Département de génétique et évolution de l’UNIGE. «Mais lorsqu’on considère l’extraordinaire variabilité du complexe HLA, on se rend compte malgré cela qu’il est très difficile de trouver un donneur compatible en dehors du cercle familial», ajoute le chercheur, cité mercredi dans un communiqué de l’UNIGE.

Privilégier la variété

Ce sont les treize centres de transfusion qui, en Suisse, s’occupent de recruter les donneurs volontaires. L’équipe de Stéphane Buhler, en collaboration avec le Registre national à Berne (Swiss Blood Stem Cells), a utilisé les données de ces centres pour mener une étude génétique, publiée dans la revue «PLoS ONE».

Après un travail d’homogénéisation des données et une analyse statistique, les résultats montrent que les donneurs recrutés par chaque centre possèdent une variabilité génétique particulière en matière de complexe HLA.

«Cela signifie que la stratégie de recrutement régional assure de récolter une plus grande richesse de profils génétiques, ce qui accroît les chances de trouver un donneur compatible avec un patient atteint de leucémie», note le chercheur.

Barrière des Alpes

Le système HLA est également très utile aux anthropologues généticiens car sa variabilité peut donner des informations sur le peuplement d’une région ou d’un continent. Pour ce qui est de la Suisse, les chercheurs n’ont pas trouvé de corrélation entre profil génétique et région linguistique.

Une telle distinction n’existe pas ou plus de façon significative, selon eux. «En revanche, nous avons des signes très clairs que les Alpes ont constitué un obstacle au flux génétique», précise Stéphane Buhler.

Par ailleurs, certains variants HLA, plus fréquents dans le sud-est que dans le reste de l’Europe, se retrouvent davantage chez les habitants du Tessin, des Grisons et dans une certaine mesure, du Valais. Cela pourrait être la trace d’un ancien peuplement de l’Europe au néolithique depuis l’Anatolie, documenté par l’archéologie préhistorique.