Connu pour ses découvertes dans le domaine de l'infiniment petit, le CERN est un laboratoire de recherche aux dimensions colossales. Son réseau d'accélérateurs et détecteurs de particules particulièrement puissants n'est pas anecdotique d'un point de vue écologique. C'est ce que confirme le premier rapport public sur l'environnement publié le 9 septembre par l'organisation.

Habitué à rendre des comptes sur sa conformité environnementale aux Etats qui abritent ses installations, le Cern va plus loin avec ce rapport public, en explorant les différentes facettes de son empreinte écologique selon les normes du standard internationale GRI (Global Reporting Initiative). «Ce rapport porte sur la période 2017-2018. Il vise à faire un état des lieux et à définir des objectifs concrets pour améliorer notre impact sur l'environnement», a expliqué Frédérick Bordry, directeur des accélérateurs et de la technologie au CERN, lors d'une conférence de presse virtuelle. 

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L'enjeu principal concerne la consommation d'énergie de l'installation. Véritable gouffre énergétique, le CERN consomme 1,2 Twh d'électricité par an en période d'exploitation, soit environ 2% de la consommation suisse. Les efforts se concentrent sur l'amélioration de l'efficacité énergétique des accélérateurs, principalement le LHC (grand collisionneur de hadrons), qui subit actuellement des travaux visant à décupler sa luminosité. «Nous entendons limiter à 5% la hausse de consommation d'énergie de ce nouvel LHC à haute luminosité, qui devrait entrer en service à la fin de l'année prochaine», précise Frédérick Bordry.

Récupération de chaleur

L'organisation promeut par ailleurs les économies d'énergie à l'interne et est à l'initiative de projets innovants de récupération de la chaleur du LHC, dont l'un devrait servir à chauffer 2500 logements d'ici 2 à 3 ans dans la commune française de Ferney-Voltaire.

Parmi les autres thèmes abordés par le rapport figure celui des émissions de gaz à effet de serre. Le principal fournisseur d'électricité du CERN, EDF, utilise de l'électricité principalement nucléaire, donc à faible émission de carbone. La grande majorité des émissions du laboratoire sont liés aux gaz fluorés utilisés pour les expériences, comme les HFC (ou hydrofluorocarbures) qui servent à la fois à la détection des particules et au refroidissement des détecteurs. L'organisation ambitionne de réduire de 28% ses émissions de ces gaz d'ici à 2024. 

Le CERN s’efforce d’être un exemple en matière de recherche respectueuse de l’environnement

Fabiola Gianotti, directrice générale du CERN

Les installations du CERN ont aussi un impact sur la ressource locale en eau. En 2018, le laboratoire en a consommé 3477 mégalitres d'eau, soit l'équivalent d'environ 1400 piscines olympiques, dont 80% a servi aux activités industrielles, et en particulier au refroidissement des accélérateurs. La majeure partie des eaux de refroidissement, qui peuvent contenir des produits chimiques, est rejetée dans le cours d'eau du Nant d'Avril. Un programme de surveillance de la qualité des effluents a donc été mis en place. Le CERN s'engage par ailleurs à limiter à 5% la hausse de sa consommation d'eau d'ici à fin 2024, malgré un besoin croissant pour refroidir ses installations améliorées. 

Le nouveau rapport sur l'environnement détaille enfin les impacts du CERN en terme de bruit, de rayonnement ionisants, de production de déchets et de protection de la biodiversité, et met en avant le transfert de technologies développées au sein de l'institution. Certaines d'entre elles peuvent bénéficier à l'environnement, comme le montre le développement en cours d'un accélérateur capable de réduire la pollution de l'air due au trafic maritime. 

Pas de greenwashing

«Le CERN s’efforce d’être un exemple en matière de recherche respectueuse de l’environnement, explique Fabiola Gianotti, directrice générale du Laboratoire. Ce rapport souligne notre engagement fort en faveur de la protection de l'environnement, tant pour réduire notre impact au minimum que pour utiliser les technologies du CERN pour protéger l'environnement.»

Un effort louable dont la transparence mérite d'être soulignée. Le nouveau rapport du Cern respecte en effet la plupart des critères compilés par Le Temps dans sa charte du greenwashing, qui permet d'évaluer le degré de sincérité de l'engagement environnemental des entreprises et organisations. Pour preuve, la démarche d'amélioration touche au cœur de l'activité du laboratoire - la production de données via l'exploitation d'accélérateurs et de détecteurs de particules - et les objectifs annoncés sont chiffrés et planifiés selon un calendrier clair.

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