Physiologie

Le cerveau de «l’homme de glace» révèle ses secrets

Il est capable de se promener en short à 6000 mètres ou de nager sous la banquise comme si de rien n’était. Surnommé «l’homme de glace», Wim Hof intéresse les scientifiques, qui ont commencé à l’étudier de près

Il nage sous la banquise sans combinaison et peut rester plus d’une heure immergé dans des glaçons, ou grimper à plus de 6000 mètres sans oxygène en portant un short pour seul vêtement. On l’a surnommé Iceman, l’homme de glace. A 58 ans, le Néerlandais Wim Hof n’en finit pas de multiplier les exploits inutiles pour vanter les mérites de sa méthode de bien-être. Pour la première fois, des scientifiques ont étudié son cerveau, avec quelques surprises à la clé.

«Nous étions en train de conduire une étude sur la graisse brune pour le compte des Instituts nationaux de la santé (NIH) quand j’ai entendu parler de Wim Hof. Alors je l’ai contacté pour lui proposer de participer à nos recherches», raconte Otto Muzik, spécialiste de neuro-imagerie à l’Université d’Etat Wayne (Détroit, Etats-Unis). La graisse brune est un tissu adipeux situé au niveau des clavicules qui peut brûler de la graisse pour produire de la chaleur. Il est activé par le cerveau quand ce dernier reçoit un signal indiquant que le corps a froid. C’est de cette manière que les nourrissons régulent leur température pendant les premières semaines de la vie, avant que la chaleur produite par les mouvements musculaires ne vienne prendre le relais. Chez le rat, c’est même la principale source de chaleur, tout au long de la vie.

L’entraînement de Wim Hof permettrait, dans une certaine mesure, de prendre le contrôle du système immunitaire

Ces tissus adipeux ont été découverts, presque par hasard, il y a une quinzaine d’années, en étudiant la consommation de glucose dans les tumeurs cancéreuses à l’aide de systèmes de tomographie par émission de positons (PET scan); un outil d’imagerie qui repose sur l’injection d’un sucre légèrement radioactif. Depuis, on l’étudie pour déterminer quel rôle cette graisse joue dans le métabolisme, et comprendre si ses propriétés pourraient être mises à profit, par exemple pour faire maigrir les personnes atteintes d’obésité. «On pouvait imaginer que Wim Hof est capable de produire assez de chaleur pour résister au froid avec sa graisse brune, ajoute Otto Muzik. Mais l’hypothèse s’est avérée mauvaise, car il en possède trop peu. La réponse est donc ailleurs.»

Enchaînement d’étapes

La méthode inventée et vantée par Wim Hof repose sur l’enchaînement de trois étapes, tout en soumettant le corps à un froid intense. Dans un premier temps, il s’agit de respirer fortement pendant environ 90 secondes, de manière à hyper-ventiler l’organisme. Puis de se mettre en apnée, en bloquant toute respiration aussi longtemps que possible, avant de reprendre une respiration normale au cours d’une séance de méditation.

En février 2017, à l’occasion de l’une de ses tournées de promotion, Wim Hof s’est arrêté trois jours dans le laboratoire d’Otto Muzik, Vaibhav Diwakdar et Kaice Reilly, à Détroit. Les résultats ont été publiés dans la revue Neuroimage. «Nous avons réalisé deux séances d’imagerie à résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) pour comparer ce qui se passe dans son cerveau quand il pratique ou pas sa méthode», raconte Otto Muzik. Pour les besoins de l’expérience, le cobaye était vêtu d’une combinaison spéciale, dérivée des tenues utilisées par les soldats américains dans le désert irakien. Elle comporte une circulation d’eau qui, pour les besoins de l’expérience, était alternativement climatisée à environ 31°C et à 15°C, au cours de cinq périodes de cinq minutes.

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Quand notre corps a froid, il envoie un signal au cerveau qui en fabrique une représentation consciente, pour nous inviter à agir en conséquence. L’activité cérébrale se concentre dans une région appelée cortex insulaire, qui intervient dans la régulation thermique du corps. «Mais quand Wim Hof pratique son entraînement avant l’examen, c’est une autre zone cérébrale qui est mobilisée, ce qu’on appelle la substance grise péri-aqueducale», résume Otto Muzik. Cette région sécrète des cannabinoïdes et opioïdes, des molécules qui réduisent la perception de la douleur et suscitent une légère euphorie…

«C’est assez logique, analyse le neuroscientifique. En situation de stress intense, le cerveau sécrète des analgésiques pour nous permettre d’agir malgré tout, par exemple de fuir devant un agresseur quand on est blessé. L’hyper-ventilation suivie d’une longue apnée crée un fort stress dans l’organisme, qui se traduit par la libération d’antidouleur. Ensuite, la méditation active probablement les circuits de la récompense et le cerveau libère alors de la dopamine, qui prolonge l’effet antidouleur.» Un phénomène qui n’apparaît pas chez les sujets ordinaires, et quand Wim Hof reste passif dans la machine.

Contrôle du système immunitaire

Reste à savoir si ces observations sont le fruit de la méthode vantée par le Néerlandais ou la conséquence d’un organisme humain aux capacités extraordinaires. «Les expériences que nous avons faites ne permettent pas de le dire, elles ne prouvent rien, souligne Otto Muzik. Mais si on les rapproche d’autres, réalisées il y a quelques années aux Pays-Bas, on peut penser que la méthode d’entraînement joue un rôle.»

En 2014, des travaux comparant un petit groupe de gens formés pendant dix jours à la méthode de Wim Hof avaient montré que les sujets entraînés n’ont pas eu de réaction inflammatoire importante après l’injection d’une toxine inoffensive, à l’inverse de ce que l’on constate chez des personnes ordinaires. Autrement dit, cet entraînement permettrait, dans une certaine mesure, de prendre le contrôle du système immunitaire. Un processus qui expliquerait une autre bizarrerie de ce phénomène qu’est Wim Hof: en dépit des froids terribles auxquels il se soumet, son corps ne semble pas souffrir de gelures aux extrémités. De quoi avoir envie d’essayer? «Je n’ai nulle envie de soumettre mon corps à un tel stress, répond Otto Muzik. Sauf peut-être si j’apprenais que je dois aller vivre dans un désert glacé…»

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