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Image d’un chacal doré issue d’un piège-photo, prise le 8 décembre 2011 à Combremont (VD).
© SFFN/KORA, SFFN_ et KORA

ZOOLOGIE

Chacal doré, portrait d’un immigré

Un chacal doré a récemment été abattu dans le canton de Schwytz. Qui est ce mystérieux canidé qui débarque en Suisse en toute discrétion?

Un chacal doré a été abattu par un garde-chasse dans le canton de Schwytz le 23 mars. Il s’agit du deuxième cas répertorié en Suisse, après le tir survenu en janvier dernier dans les Grisons. Dans les deux cas, le chacal a été confondu avec un renard. Ce canidé, dont la taille se situe entre celle du loup et du renard, arrive naturellement en Suisse. Mais d’où vient cet animal?

Le chacal doré occupait à l’origine une vaste aire qui va de l’Inde au Moyen-Orient. Il profite aujourd’hui du réchauffement climatique et de l’éviction du loup, un de ses prédateurs, pour coloniser de nouveaux territoires. «On assiste à une expansion rapide, du sud-est de l’Europe à l’Europe occidentale», s’enthousiasme Joanna Schönenberger du WWF.

L’observation de chacal la plus proche de la frontière suisse a été faite dans le Tyrol du sud. Est-ce l’origine de l’individu tiré à Schwytz? La question reste ouverte. Observée notamment en Estonie, en Autriche ou en Italie depuis les années 1980, une reproduction de l’espèce a même pu être attestée – à Trévise, au nord de l’Italie où un jeune chacal, tué par la circulation a été retrouvé.

Grand voyageur

«Le processus de colonisation est bien connu, selon Fridolin Zimmermann, de l’association suisse KORA qui mène des recherches sur l’écologie des grands carnivores. Comme chez la plupart des mammifères, les mâles se dispersent plus loin que les femelles. Ils peuvent parcourir de longues distances en solitaire, jusqu’à 300 km. Ce sont donc eux que l’on trouve au front de la colonisation. Des femelles peuvent suivre plus tard, mais il est également possible que le mâle reste seul.» Si un individu a été vu, cela ne signifie donc pas forcément que l’espèce va s’installer définitivement.

En novembre 2011 déjà, des biologistes de KORA avaient eu la surprise de découvrir une image de chacal doré dans leur piège-photo. Dans le cadre d’une campagne de monitoring du lynx, des appareils photo à déclenchement automatique avaient été installés en forêt. Grâce à ces photographies, le parcours d’un individu a pu être identifié.

«Il s’agissait d’un même chacal reconnaissable à ses éraflures sur une cuisse», indique Fridolin Zimmermann. L’animal s’est baladé dans les Préalpes bernoises (Saanen), vaudoises (Rougemont, Château-d’Oex) puis fribourgeoises (Grandvillard), comme l’attestent des photos prises lors de son passage sur différentes communes entre le 27 novembre et le 12 décembre 2011. Ces photographies constituent l’indice le plus occidental du chacal doré en Europe.

Un opportuniste

Le chacal est opportuniste, il s’alimente aussi bien de petits mammifères que de végétaux. Mais il se nourrit volontiers des restes de nourritures laissés par l’Homme. Alors faut-il s’attendre à des conflits avec les activités humaines? D’après Fridolin Zimmermann, «dans les pays où la densité de la population est exceptionnellement haute, comme par exemple au Bangladesh ou en Israël, des chacals ont été vus chassant en groupe. Des animaux de rentes ont été tués. Mais en Suisse, les risques de conflits peuvent être considérés comme faible dans un proche avenir, puisque dans un premier temps seuls des individus isolés s’établissent.»

Pour Claudine Winter de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), «Le potentiel de conflit est nettement plus bas comparé à d’autres grands prédateurs comme l’ours ou le loup. Mouton et chèvre ne rentrent pas dans le régime alimentaire de base du chacal, bien qu’il soit capable d’en tuer un si l’occasion est bonne. Mais ils ne jouent pas dans la même catégorie».

Espèce protégée

Puisque le chacal est arrivé naturellement en Suisse, il est considéré par la loi comme espèce de grand prédateur indigène et il est protégé, tout comme l’ours, le loup ou le lynx. «Comme le loup, les éventuels dégâts causés par le chacal dans le futur donneraient droit à des indemnisations de la part de la Confédération», indique Fridolin Zimmermann. Pourtant, dans les Balkans le chacal a été classé comme espèce exotique. Comment faire la différence entre une espèce exotique invasive non tolérée, comme le raton-laveur, et une espèce qui colonise le pays mais tolérée, comme le chacal doré?

Pour Joanna Schönenberger, «dans le cas du raton-laveur, des animaux d’élevage amenés d’Amérique vers l’Europe par l’homme se sont échappés et ont colonisé très efficacement les alentours. L’animal est considéré comme nuisible. Il est chassable. Par contre, dans le cas du chacal, il s’agit d’une expansion naturelle, sans intervention de l’Homme.»

«Si le chacal trouve un espace de vie, le droit d’exister lui est assuré par la loi, indique Claudine Winter. Il serait en concurrence avec d’autres prédateurs, principalement le renard. On ne sait pas si le chacal aurait le même potentiel adaptatif et s’il pourrait profiter des villes comme source de nourriture comme peut le faire le renard. Il semblerait que ce soit une espèce difficile à observer, de nature plutôt timide qui évite le contact avec l’homme.»

Puisque seuls quelques cas isolés de chacal ont été vus en Suisse pour l’instant, aucune démarche de régulation ou d’information au public n’a été entreprise par l’OFEV. Difficile de dire si ce canidé va s’implanter durablement en Suisse. Pour l’heure, il reste sous observation. Vu l’accueil sanglant reçu par le chacal en ce début d’année, espérons que les chasseurs sauront faire la différence entre renard et chacal dans le futur!


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