VITICULTURE

Chaleur et vigne font bon ménage

Les hautes températures actuelles sont bénéfiques pour la vigne, autant pour la maturation du raisin que pour la lutte contre les ravageurs. Bonne nouvelle, elles devraient durer

L’été 2016 est particulièrement chaud. Avec en moyenne 0.7 degrés de plus que la norme suisse, il fait partie des dix étés les plus chauds depuis 1864, année des premières mesures enregistrées, indique MétéoSuisse.

Si ces grandes chaleurs font le bonheur des vacanciers, elles plaisent également aux vignerons. Plante thermophile par excellence, la vigne a besoin de soleil pour s’épanouir. L’an dernier, les conditions de chaleur exceptionnelles enregistrées au mois de juillet avaient propulsé le millésime 2015 parmi les années records de précocité. Est-ce que les grandes chaleurs de cet été feront du millésime 2016 également une année hors pair?

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D’après Olivier Viret, ingénieur agronome, responsable de la recherche en viticulture et œnologie pour l’ensemble de la Suisse à l’Agroscope: «L’ensoleillement de ces derniers jours a un effet extrêmement positif sur la vigne. La maturation du raisin s’accélère.» Des baies sont régulièrement échantillonnées pour estimer leur maturation d’après leur taux de sucre. «La semaine dernière, nous avons enregistré une forte augmentation de la sucrosité. Les mesures effectuées correspondent à une augmentation de 6° d’alcool en seulement sept jours», s’exclame l’ingénieur agronome. Globalement, les hautes températures sont donc bénéfiques à la vigne. «Pour l’instant, de bonnes réserves d’eau se sont accumulées dans les sols. Cependant, si les journées à 30 degrés se prolongent, il y a des risques que la vigne stoppe sa maturation. Certains cépages comme le Chasselas se protègent et n’évoluent plus», prévient Gilles Cornut, président de la Communauté interprofessionnelle du vin vaudois.

Retard comblé

Cette année, le développement de la vigne avait pris un léger retard, la faute à un printemps pluvieux et un mois de juin plus frais que la norme. Les hautes températures actuelles permettent de combler le retard qui avait été pris jusque-là. «La floraison de cette année était tardive. Se produisant habituellement au début du mois, elle n’est venue qu’à la fin de juin», explique Gilles Cornut. C’est à cette période, quand les plants fleurissent, que le vigneron peut calculer la date approximative des vendanges.

«En ajoutant environ 100 jours à la date de pleine fleur, on obtient la période du début des vendanges», indique François Montet, président de la fédération vaudoise des vignerons. Grâce aux chaleurs estivales, les vendanges pourront donc commencer plus tôt que prévu, autour du 8 octobre. Ce qui correspond à la moyenne de ces 90 dernières années, d’après les données enregistrées par le domaine expérimental de l’Agroscope de Pully.

Les hautes températures sont également bénéfiques pour la lutte contre les ravageurs, notamment la fameuse drosophila suzukii. Elle souffre de la chaleur et du manque d’humidité. Cet insecte de moins de trois millimètres de long avait provoqué de gros dégâts dans les vergers et les vignes en 2014, année caractérisée par un été humide. Bien établie en Suisse depuis deux à trois ans maintenant, cette petite mouche d’origine asiatique inquiète les cultivateurs.

«Elle perce les fruits sains pour y pondre ses œufs. Cette blessure faite au fruit représente une porte d’entrée à toute sorte de moisissures. La mouche suzukii agit donc comme un facteur favorisant le développement de maladies annexes», analyse Christian Linder, spécialiste en entomologie à l’Agroscope. Des stratégies de lutte sont en cours de développement.

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«Des études en laboratoire ont montré qu’au-delà de 30 degrés, le mâle suzukii devient stérile, explique le scientifique. Bien sûr, dans la nature, même si la température de jour atteint des sommets, elle baisse fortement durant les nuits. Cela provoque bien un frein au développement de l’insecte, mais avec un délai d’une à deux semaines. L’effet stérilisant n’est pas immédiat.» Pour l’heure, la vigne devrait donc être relativement protégée. Mais il reste encore un bon mois avant les vendanges, tout peut encore changer.

Les viticulteurs se tiennent prêts à réagir. L’Office fédéral de l’agriculture leur a d’ailleurs d’ores et déjà offert la possibilité d’intensifier la lutte. Le 25 août dernier, il a annoncé autoriser trois traitements par année avec l’insecticide spinosad, au lieu de deux comme c’était le cas jusqu’ici. De son côté, Christian Linder rappelle toutefois que les insecticides chimiques ne devraient être utilisés qu’en dernier recours. Il préconise des mesures simples comme l’effeuillage qui augmente la mise en lumière des grappes, ou l’utilisation de produits naturels tel que le kaolin, une poudre d’argile qui agit comme une barrière physique protectrice sur le raisin.

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Pourquoi fait-il si chaud?

Il existe deux masses d’air principales qui peuvent toucher la Suisse, une polaire au nord et une tropicale au sud. La limite entre les deux est dénommée front polaire. «En ce moment, nous sommes au sud du front polaire dans l’aire tropicale, ce qui explique les températures élevées, indique Christophe Salamin, prévisionniste à MétéoSuisse. L’anticyclone des Açores est étendu, il englobe tout le sud de l’Europe ce qui nous apporte un temps ensoleillé.»

A priori, il faut s’attendre à avoir des températures plus élevées que la norme pendant encore deux à trois semaines. «Le front polaire ondule actuellement avec une grande amplitude, en conséquence la situation météo devrait durer», prévient-il.

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