volcanologie

Les Champs phlégréens cachent une potentielle éruption catastrophique

Près de Naples, l’un des volcans les plus dangereux du monde est entré dans un nouveau cycle qui devrait culminer avec une violente éruption. L’événement n’est toutefois pas prévu pour demain

La vue est paradisiaque. Un petit bourg sur une colline tombe dans l’eau cristalline de la baie napolitaine. En cette journée de fin d’automne, les badauds se promènent sous un soleil estival le long de la mer à Pouzzoles, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Naples. Ces habitants savent qu’ils marchent sur l’un des volcans les plus dangereux du monde. Selon une étude récente, les Champs phlégréens sont entrés dans un nouveau cycle pouvant se conclure avec une éruption catastrophique.

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Ces «champs brûlants» ont déjà vu deux explosions massives. «L’ignimbrite campana», il y a 39 000 ans, a déversé sur la région entre 200 et 300 kilomètres cubes de magma, selon les chercheurs. Elle est la plus violente que l’Europe ait jamais connue: elle a plongé une partie de l’Europe dans un hiver volcanique et pourrait être à l’origine de l’extinction de l’homme de Neandertal. La seconde, baptisée le «tuf jaune napolitain», a eu lieu il y a environ 15 000 ans. Ces deux phénomènes sont infiniment plus puissants que l’explosion du Vésuve ayant balayé Pompéi en 79.

Soixante mille ans d’histoire volcanique

«Suite à l’éruption du tuf jaune, le volcan a suivi une évolution similaire aux précédentes, explique Francesca Forni, de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Le système magmatique a commencé un nouveau cycle pouvant mener dans un futur indéterminé à une nouvelle grande éruption.» Avec quatre autres chercheurs, elle a étudié 23 éruptions couvrant soixante mille ans d’histoire volcanique. Leurs conclusions ont été publiées par la revue Science Advances le 14 novembre dernier.

Les Champs phlégréens nous rappellent chaque jour qu’ils sont actifs

Francesca Bianco, directrice de l’Observatoire vésuvien

Les événements étudiés s’inscrivent dans une «continuité temporelle significative, quand auparavant, les études s’intéressaient seulement à des éruptions en particulier», se réjouit Gianfilippo De Astis, de l’Institut national italien de géophysique et vulcanologie (INGV), associé à la recherche. Depuis son bureau de Rome, il explique: «Notre étude des roches nous a permis d’obtenir des indications précises sur la température et la pression avec lesquelles le magma s’est formé et nous les avons mises en perspective dans le temps.»

La recherche révèle ainsi que les caractéristiques du magma issu de la dernière éruption mineure des Champs phlégréens, en 1538, sont identiques à celui présent dans les phases initiales ayant mené aux deux éruptions historiques. «Il est pauvre en cristal, de basse température et contient beaucoup de gaz, complète le vulcanologue. Le magma étant d’autant plus explosif si son contenu en gaz est élevé.» Ces données mises en perspective dessinent donc des cycles.

Grande chambre magmatique

Toute la région des Champs phlégréens est urbanisée et près d’un million et demi de personnes y vivent. La côte est entourée d’une crête irrégulière dessinant la caldera formée d’abord par «l’ignimbrite campana» puis par le «tuf jaune napolitain». Sur place, on prend de la hauteur en compagnie de Monica Piochi, chercheuse de l’Observatoire vésuvien. Elle pointe du doigt des collines coniques: «Il s’agit du résultat des petites éruptions de ces derniers millénaires.»

Son institut de recherche se trouve dans la zone rouge, la plus dangereuse en cas d’éruption. Dans un tel scénario, une grande chambre magmatique située à moins de 10 kilomètres de profondeur se viderait, provoquant des explosions et l’effondrement de la superficie terrestre sur plusieurs kilomètres. Mais pour cela, il faut que «du magma s’amasse quelque part, ce que pour l’heure nous ne voyons pas», tranche Francesca Bianco, la directrice de l’Observatoire. Elle exclut une telle catastrophe à court terme. L’étude de Francesca Forni n’évoque aucune temporalité et n’avance pas de preuve de la formation d’une nouvelle chambre.

L’institut observe néanmoins 24 h/24 les Champs phlégréens. Dans une salle de contrôle, de nombreux écrans affichent des graphiques, enregistrant en temps réel la moindre secousse. En 2012, le niveau d’alerte est monté d’un cran, au deuxième sur quatre, suite à une déformation du terrain. Dans les années 1950 puis au début des années 1970, la terre s’était élevée de près de 2 mètres. Et de 50 centimètres ces treize dernières années. Les Champs phlégréens ne sont pas encore près d’exploser, mais «ils nous rappellent chaque jour qu’ils sont actifs», lâche la directrice.

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