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Changements climatiques: trois vérités bonnes à répéter

«Le Temps» a organisé le 21 novembre une rencontre entre ses lecteurs et Sonia Seneviratne, climatologue à l’EPFZ et contributrice aux rapports du GIEC. Un retour aux fondamentaux scientifiques du réchauffement, qui a aussi résonné comme un appel à l’action

Pour sa conférence dans les locaux du «Temps» à Lausanne, jeudi passé, la climatologue Sonia Seneviratne a fait salle comble. Plus de 70 personnes se sont déplacées pour échanger avec cette experte qui a grandi dans le canton de Vaud et exerce désormais à l’EPF de Zurich. Spécialiste des événements extrêmes tels que canicules, sécheresses et encore précipitations intenses, Sonia Seneviratne collabore régulièrement aux rapports du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Dans sa présentation, elle a fait état des connaissances scientifiques sur le réchauffement et des mesures à prendre pour le contrer, avant d’ouvrir la discussion avec un public très impliqué. L’occasion de revenir sur certaines vérités bonnes à entendre au sujet des changements climatiques.

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1. Le réchauffement est réel et il est causé par les êtres humains

Les preuves scientifiques sont là. L’effet de serre associé à la présence dans l’atmosphère de CO2, qui absorbe une partie du rayonnement infrarouge émis par la surface de la Terre et agit ainsi comme une sorte de couverture, est connu depuis une centaine d’années. En raison de nos émissions de ce gaz à effet de serre, nous vivons dans un monde plus chaud de 1°C en moyenne par rapport à ce qu’il devrait être normalement. Graphes et courbes à l’appui, Sonia Seneviratne a détaillé les conclusions établies par le GIEC depuis son premier rapport en 1990.

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Au passage, elle a tordu le cou à quelques idées reçues. Certes, il existe des causes naturelles qui expliquent une certaine variabilité du climat. Mais les modélisations de ces différents facteurs montrent que les émissions humaines sont responsables de la totalité du réchauffement global observé depuis la seconde moitié du XXe siècle. Existe-t-il un débat au sein de la communauté scientifique par rapport à la réalité du réchauffement? Pas du tout: une analyse des articles scientifiques avec relecture publiés de 1992 à 2002 et contenant la formule «global climate change» a montré que 928 d’entre eux étaient d’accord et 0 en désaccord avec l’affirmation que «la majorité du réchauffement observé est due à l’augmentation des gaz à effet de serre».

Comment, dans ces conditions, expliquer que des doutes persistent dans une partie de la population? «Ils ne viennent pas de nulle part mais ont été orchestrés par des groupes d’intérêt, selon un processus de désinformation semblable à celui développé par les industriels pour nier les effets du tabac sur la santé», a souligné la climatologue.

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2. Chaque demi-degré compte

Sonia Seneviratne a joué un rôle de coordinatrice dans un des plus importants rapports du GIEC, paru il y a une année. Il portait sur l’intérêt de maintenir le réchauffement du climat à 1,5°C d’ici à la fin du siècle, par rapport à la période préindustrielle. Les Etats qui ont ratifié l’Accord de Paris se sont en effet engagés à contenir le réchauffement en dessous de +2°C, et si possible de le limiter à +1,5°C. Un demi-degré, est-ce que cela fait la différence? Tout à fait, d’après la climatologue.

A +2°C, il y aurait plus d’événements extrêmes comme des canicules, précipitations intenses et sécheresses. Certains seuils critiques seraient dépassés, entraînant des dommages irréversibles pour les récifs coralliens, mais aussi une augmentation drastique du niveau de la mer et de la fonte des glaciers. «Même les populations des pays développés ne sont pas à l’abri des conséquences du réchauffement, comme en témoignent certains événements récents tels que les vagues de chaleur en France ou les incendies en Californie», a relevé l’experte.

3. Non, nous ne sommes pas fichus

A ce stade de l’exposé, il était grand temps de réchauffer l’atmosphère. Nous ne sommes pas perdus, a assuré Sonia Seneviratne. Mais il va falloir en passer par des changements économiques et sociétaux sans précédent, avec diminution immédiate et rapide de nos émissions de CO2, afin de parvenir à la neutralité en termes d’émissions d’ici à 2050. Concrètement, cela implique de renoncer aux énergies fossiles pour se tourner vers les énergies renouvelables, mais aussi de trouver des moyens d’absorber une partie du CO2 émis en excès – par exemple via des plantations d’arbres.

Pour la climatologue, la Suisse devrait jouer un rôle plus important: «En tant que nation riche et innovante, nous pourrions montrer la voie en testant des solutions à petite échelle, mais aussi en impliquant davantage le secteur de la finance.» Les ambitions climatiques de la Suisse auront bientôt une nouvelle occasion d’être mises à l’épreuve, alors que la conférence climatique COP25 doit s’ouvrir dans quelques jours à Madrid.

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