Respirer un air pollué n’est pas seulement mauvais pour les poumons. Cela pourrait aussi avoir une influence sur la santé du fœtus in utero. C’est en tout cas ce que suggère une étude belge parue mardi 17 septembre dans la revue Nature Communications, et pour laquelle les chercheurs ont mis en évidence la présence de particules de suie dans le placenta de 28 femmes, dans des proportions plus ou moins grandes selon leur exposition à la pollution de l’air.

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Pour identifier ces particules, l’équipe de 11 chercheurs réunis autour de Tim S. Nawrot, au Centre des sciences de l’environnement de l’Université de Hasselt en Belgique, a utilisé un générateur de lumière blanche sous un éclairage pulsé. Cette méthode de haute résolution leur a permis de distinguer des taches noires parmi les cellules du placenta. «Ces résultats suggèrent que les particules ambiantes peuvent traverser la barrière placentaire jusqu’au fœtus, même durant les toutes premières étapes de la grossesse», écrivent les chercheurs.

Les placentas analysés ont été prélevés dix minutes après l’accouchement des femmes sélectionnées pour participer à l’étude parmi la cohorte Environage, un programme européen qui s’intéresse à l’impact de l’environnement sur les bébés prématurés. Les mères ont toutes accouché à l’hôpital d’East-Limburg dans le nord du pays, près de l’Allemagne. Leur exposition aux particules fines issues de la combustion a été extrapolée en fonction de leur adresse et des données de pollution mesurées par les capteurs les plus proches de chez elles.

Des poumons au placenta

Selon l’étude, la corrélation entre le nombre de molécules de suie dans le placenta et le niveau d’exposition aux particules fines est évidente. Les dix femmes qui avaient été fortement exposées avaient 2,42 microgrammes de suie par m³ dans leur placenta, contre seulement 0,63 microgramme par m³ pour celles le moins exposées.

L’exposition à la pollution de l’air pendant la vie du fœtus entraîne une diminution du poids de naissance et une augmentation du taux d’infection.

Tim S. Nawrot, professeur d’épidémiologie environnementale, Université de Hasselt

Comment ces infimes molécules de charbon peuvent-elles se retrouver dans cet organe? «Celles qui ont un diamètre inférieur à 100 nanomètres peuvent passer la barrière sanguine pulmonaire», répond Tim S. Nawrot, professeur d’épidémiologie environnementale à l’Université de Hasselt et coauteur de l’étude. Pour le chercheur, ces particules de suie «peuvent être cancérigènes, et nous savons déjà que l’exposition à la pollution de l’air pendant la vie du fœtus entraîne une diminution du poids de naissance et une augmentation du taux d’infection».

Petit poids à la naissance

Ce n’est pas la première fois qu’une recherche montre que la pollution de l’air a un impact sur la santé du bébé. En 2018, des chercheurs de l’Inserm, en France, avaient démontré qu’une exposition aux particules fines pouvait diminuer le poids du nouveau-né à moins de 2,5 kilos, et entraîner un retard de développement moteur.

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Marie Cohen, professeure et chercheuse au Département de gynécologie et obstétrique de l’Université de Genève, se souvient aussi que cette découverte avait été annoncée à l’automne 2018 au Congrès de la Société respiratoire européenne à Paris. «Dans le cas de l’étude publiée actuellement dans Nature Communications, la vraie nouveauté vient de la technique utilisée pour visualiser la suie, relève-t-elle. Mais sinon, la recherche avait déjà montré que ces particules se retrouvaient dans les macrophages du placenta, qui sont censés jouer le rôle d’éboueurs de cet organe, mais au travers desquels visiblement ces particules passent.» De même que les particules de nicotine s’y retrouvent également chez les femmes qui ont fumé pendant leur grossesse…

Le rôle essentiel du placenta

Dans une autre recherche, publiée en parallèle dans la revue Clinical Epigenetics, Tim Nawrot et ses collègues se penchent précisément sur le placenta, en démontrant que celui-ci subit des altérations épigénétiques sous l’effet de la pollution. Une découverte d’autant plus importante que cet organe est essentiel au développement du fœtus, car il lui fournit notamment l’oxygène et les nutriments nécessaires à sa croissance.

Ces altérations sont-elles préjudiciables au développement du fœtus? Si oui, de quelle manière? Des champs qui restent encore à investiguer. En 2015, une étude parue dans le Lancet, basée sur des données mondiales, avait estimé que les microparticules inférieures à 2,25 microns de diamètre étaient responsables, entre 1990 et 2015, de 4,2 millions de morts sur le globe, dont plus de 200 000 enfants de moins de 5 ans.