Les Etats-Unis avaient besoin d’un nouveau rêve spatial, la NASA vient de le leur offrir en présentant mardi les détails de son projet de capture d’astéroïdes. «Un projet qui devrait galvaniser l’agence», a déclaré Lori Garver lors de la présentation du projet, «un défi digne de la conquête de la Lune ou du séquençage du génome humain», s’est enthousiasmée l’administratrice de l’agence spatiale américaine. Une chasse aux astéroïdes qui, toujours selon Lori Garver, devrait susciter un regain d’intérêt chez les jeunes pour une conquête spatiale en manque d’objectif depuis quelques années. Un projet suggéré par le président Barack Obama lorsqu’en 2010 il a demandé à la NASA d’étudier la possibilité d’envoyer un homme sur un astéroïde, première étape avant le voyage vers Mars. Cent cinq millions de dollars ont d’ailleurs été alloués à ce projet dans le budget 2014 de l’agence, publié en mars.

La NASA ne s’est toutefois pas contentée de concocter un projet de voyage sur un astéroïde, car elle sait qu’elle risque de ne pas en avoir les moyens. Elle veut donc inciter les grandes compagnies, notamment minières et pétrolières, à investir dans le cadre de partenariats public-privé. En effet, même les plus grosses compagnies minières n’osent en rêver: un petit astéroïde de un kilomètre de diamètre, comme il en existe des milliers dans le système solaire, peut contenir à lui seul la production mondiale annuelle de fer et de nickel. Si un jour on était capable d’exploiter des astéroïdes encore plus gros, s’ouvrirait alors un eldorado sans fin. Un astéroïde de 10 kilomètres de diamètre renferme le fer, le nickel et le cobalt de trois mille ans d’extraction terrienne. Une comète comme celle de Halley contient des réserves d’hydrocarbures équivalant à un millénaire de consommation de pétrole. Seul inconvénient, il faut repérer le bon astéroïde et être capable d’aller le chercher.

La NASA a donc imaginé un scénario «assez fou», selon Brian Muir­head, du Jet Propulsion Laboratory (le JPL est le laboratoire de la NASA à la base du développement des robots martiens). «Mais c’est pour ça qu’on est là», a ajouté malicieusement l’ingénieur. En effet, le projet de la NASA paraît tout droit sorti d’un livre de science-fiction. Un vaisseau spatial automatique, propulsé par un moteur ionique alimenté grâce à des panneaux solaires, va à la rencontre d’un astéroïde d’une dizaine de mètres, soigneusement sélectionné par une batterie de télescopes. Une fois en présence de celui-ci, il déploie une sorte de gant géant capable de capturer le gros caillou. Le vaisseau spatial l’amène ensuite sur une orbite plus facile d’accès pour l’être humain, soit autour de la Lune.

La deuxième phase de l’opération consiste à envoyer une sonde habitée en direction de la Lune et de la positionner sur la même orbite que l’astéroïde. Les astronautes s’arriment à l’astéroïde pour en relever des échantillons qu’ils ramèneront sur Terre pour analyse. L’astéroïde reste en orbite autour de la Lune et pourra être exploité si le résultat des analyses indique qu’il peut représenter une source intéressante de matière première. Un scénario futuriste mais à l’avenir proche. Les premiers tests de la fusée lunaire sont prévus pour l’année prochaine. L’astéroïde cible devrait être défini en 2016, l’envoi du module de capture effectué en 2017 et la capture en 2019. Enfin, le rendez-vous des astronautes avec l’astéroïde sur l’orbite lunaire doit avoir lieu en 2021.

Un scénario bien huilé mais parsemé d’embûches, de difficultés et de doutes, dont le principal est certainement celui portant sur l’utilité d’un tel programme. La NASA justifie ses ambitions en assurant que son programme est motivé par un aspect scientifique mais également par un rôle protecteur. L’agence américaine estime effectivement que les milliers de petits astéroïdes de quelques dizaines de mètres circulant dans le système solaire peuvent représenter une menace pour la Terre. Des arguments rejetés par des spécialistes des astéroïdes comme Harold Reitsema, de l’Université de Boulder Colorado, cité dans Science le 10 mai dernier: «De si petits astéroïdes se consument au contact de l’atmosphère, ils ne menacent donc en rien notre planète.»

La NASA assure qu’elle aura le choix entre au moins cinq astéroïdes par année. «Impossible», rétorque dans le même article Alan Harris, vingt-cinq ans d’observation des astéroïdes au Jet Propulsion Laboratory: «Il ne doit pas être trop gros, trop petit, trop oblong, tourner trop vite sur lui-même. De plus, une fois qu’il aura été trouvé, son orbite doit le ramener vers la Terre en 2019 pour permettre à la NASA de suivre son planning», ajoute le spécialiste.

Quant au système de propulsion ionique prévu pour le vaisseau qui doit aller capturer l’astéroïde, il n’est encore qu’un concept. Si les moteurs ioniques existent, celui imaginé par la NASA est beaucoup plus puissant que tous ceux construits à ce jour. Il devra déplacer une masse de plus de 500 tonnes environ, soit mille fois plus que ce que l’on sait faire actuellement.

Un programme ambitieux mais qui ne répond pas aux espoirs du président Obama. «Si vous amenez l’astéroïde vers les astronautes au lieu de les envoyer sur place, on ne peut plus parler d’une mission dans l’espace lointain (deep space), a déclaré Alan Harris du JPL. Or pour envisager un voyage vers Mars, il est indispensable d’avoir une première expérience de l’espace lointain, ce qui n’est pas le cas avec la Lune.» En effet, d’après les plans de la NASA, l’expédition lunaire pour récolter des échantillons d’astéroïde doit durer trois semaines, alors qu’un aller-retour sur Mars prend au moins une année. Les ambitions de Barack Obama semblent donc devoir être revues à la baisse, son pays sera peut-être capable de remorquer des astéroïdes pleins de fer et de nickel, mais il n’aura que peu progressé dans la conquête de la planète rouge. Quant à la NASA, elle aura réussi à faire parler d’elle et peut-être à faire rêver.

Un astéroïde de 10 km de diamètre contient le fer, le nickel et le cobalt de trois mille ans d’extraction terrienne