immunologie

Des chats hypoallergéniques, vraiment?

Prisés des amateurs de chats qui souffrent d’allergies, le Sibérien, le Bleu russe ou le Balinais provoqueraient moins de réactions. Mais les experts restent sceptiques

Avoir un chat comme animal de compagnie est monnaie courante en Suisse. Ces petits félins seraient un peu plus de 1,6 million répartis dans 28% des ménages selon une estimation de la Société pour l’alimentation des animaux familiers. Mais les chats sont également une source de réactions allergiques pour 4% des adultes.

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Pour ces personnes, des éleveurs proposent des races de chats dits hypoallergéniques qui produiraient naturellement moins d’allergènes. Dans cette catégorie, on trouve le Bleu russe, le Balinais ou le Sibérien. Rien que pour cette dernière race, on compte une vingtaine d’élevages en Suisse romande. Plus que sa longue fourrure ou son caractère accommodant, c’est sa qualité hypoallergénique qui attire les acheteurs. «La moitié de mes clients recherchent un Sibérien pour cette raison», indique Francesca De Simone, éleveuse à Bretonnières dans le canton de Vaud. 

Pas les poils, mais la salive

La substance allergène principale du chat est la protéine Fel d 1, naturellement produite par ses glandes salivaires et lacrymales. «Comme c’est un animal qui se lèche pour la toilette, l’allergène va être répandu sur l’entier de son pelage», explique Marie Müller, vétérinaire à l’Association suisse pour la médecine des petits animaux. Lorsque les poils tombent, les allergènes sont alors libérés dans l’air et peuvent entrer en contact avec nos voies respiratoires. Chez une personne sensible, ce contact peut provoquer rhumes, éternuements, inflammation de la conjonctive de l’œil, voire un asthme.

Un chat hypoallergénique, ça n’existe pas

François Spertini, médecin immunologiste

Un chat peut-il vraiment être hypoallergénique? Les experts contactés sont partagés. Pour François Spertini, médecin responsable du Service d’immunologie et d’allergie du Centre hospitalier universitaire vaudois à Lausanne, «un chat hypoallergénique, ça n’existe pas. Le pire, ce sont les animaux soi-disant mutés dépourvus d’allergènes, vendus pour des sommes élevées sur internet. Une vraie arnaque.»

L’Association suisse pour la médecine des petits animaux estime qu’il n’y a pas de preuves scientifiques sur la question. Elle dément également l’idée faussement répandue que la production d’allergènes est liée au cycle hormonal de l’animal: «Que ce soit des mâles ou des femelles, castrés ou non, ils produisent tout autant d’allergènes.»

Une quantité moindre d'allergène

Selon Thomas Harr, médecin responsable de l’Unité d’allergologie des Hôpitaux universitaires de Genève, la production de protéine Fel d 1 est effectivement diminuée chez certaines races comme le Sibérien. Pour autant, si la quantité d’allergène est moindre, elle suffit à provoquer des réactions chez certaines personnes allergiques. Roxane Guillod du Centre d’allergie suisse Aha! ajoute: «Les quantités d’allergènes sont différentes selon les races de chats, mais peu importe la race, nous recommandons à une personne allergique aux chats d’en éviter le plus possible le contact et de ne pas en adopter.»

Désensibilisation forcée

Quoi qu’il en soit, tous les éleveurs contactés proposent à leurs clients de venir tester au préalable leur réaction allergique au contact des chats. «Après un achat, presque tous les allergiques ont des réactions les 15 premiers jours après l’arrivée de leur chaton, indique Michèle Furrer, éleveuse à Villars-Sainte-Croix. Ensuite, les symptômes disparaissent.» Un phénomène de tolérance spontanée souvent observé chez les allergiques aux chats, constate l’allergologue François Spertini: «Progressivement, les symptômes s’atténuent et en fin de compte, ils peuvent disparaître complètement.»

C’est ce principe qui est utilisé dans la désensibilisation, traitement qui consiste à administrer des doses croissantes d’allergènes au patient. A long terme, son système immunitaire tolère la molécule. «Le traitement fonctionne bien, mais le patient doit être conscient qu’il dure au moins trois ans, ce qui demande un investissement conséquent», poursuit-il.

Une solution alternative pour réduire ses allergies, laver son chat avec du shampooing pour animal. «L’efficacité de la technique a été démontrée, mais l’opération doit être répétée très régulièrement et il faut habituer son animal très jeune à ce traitement pour le rendre plus facile à exécuter», explique la vétérinaire Marie Müller. Autre piste, le vaccin pour chats baptisé Hypocat qui permettrait de les rendre hypoallergéniques en diminuant leur production d’allergène. Elaboré par des chercheurs de l’Université de Zurich, ce vaccin novateur est encore en cours de développement.

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