Angelika Kalt

Chercheuse, Angelika Kalt cherche chercheuses

La directrice du Fonds national suisse de la recherche scientifique a enseigné à Neuchâtel, région dans laquelle elle s’est établie. Elle veut encourager les jeunes et les femmes à se lancer dans une carrière scientifique

L’offre l’a séduite: un poste de professeur ordinaire de pétrologie et de géodynamique était mis au concours à l’Université de Neuchâtel. C’était au début de l’année 2000. Alors privat-docent à Heidelberg, Angelika Kalt a déposé sa candidature. «J’aime me lancer de nouveaux défis», confie-t-elle. La langue n’était pas un problème. Elle a appris le français à l’école dans sa ville de Fribourg-en-Brisgau, proche de la frontière française, et pendant les vacances. Elle parle aussi l’anglais.

Son dossier a été retenu par les instances dirigeantes de l’institution neuchâteloise. Angelika Kalt est ainsi devenue, à 39 ans, la deuxième femme professeure à la Faculté des sciences, qui comptait alors une quarantaine d’enseignants. «Je ne connaissais pas particulièrement Neuchâtel. En revanche, grâce aux excursions sur le terrain, je connaissais assez bien la Suisse géologique, surtout les Alpes, ainsi que le Mont-Vully

«Je savais que je changerais d’activité»

Neuchâtel est devenu son nouveau port d’attache. Elle y a rencontré son mari, professeur à la faculté, et y a élevé ses jumelles, âgées aujourd’hui de 18 ans. Elle habite toujours sur le Littoral, mais c’est désormais à Berne qu’elle travaille. En 2008, elle a quitté l’université pour devenir directrice suppléante du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS), dont elle est la directrice depuis 2016. Elle est à la tête de 280 collaborateurs, dont 59% de femmes.

«A l’époque, beaucoup de gens n’avaient pas compris ma décision, car l’enseignement et la recherche universitaires sont des activités qui laissent beaucoup de liberté. Mais je savais que je changerais un jour fondamentalement d’activité», explique-t-elle. Elle a cependant laissé une trace à Neuchâtel: «J’ai fondé une école doctorale interuniversitaire en sciences des minéraux, je suis très fière qu’elle existe encore.»

«Je suis attirée par ce qui est visuel»

Pourquoi les femmes sont-elles à ce point sous-représentées dans le monde des sciences naturelles? «Je ne pense pas que ce soit par manque d’intérêt. Personnellement, j’ai su très tôt que j’étudierais les sciences naturelles plutôt que les langues et la littérature, comme me le suggéraient mes parents. On touche à beaucoup de matières: la chimie, les mathématiques, la physique, la biologie et surtout la géologie, qui nous met en contact avec de beaux objets. Je suis très attirée par ce qui est visuel», raconte-t-elle.

«Les pétrologues sont comme des détectives qui essaient de comprendre le chemin suivi par une roche pour se positionner là où elle se trouve aujourd’hui. Cette science nous livre des informations importantes sur l’histoire et le fonctionnement de la terre. C’est fascinant», reprend-elle.

Ce qui à ses yeux retient ses potentielles consœurs, c’est autre chose. «Une femme doit être animée par une très grande passion et une persévérance certaine pour faire carrière dans un domaine tel que la géologie, qui reste très masculin. Je me souviens d’une anecdote sur laquelle je porte aujourd’hui un regard très critique. Dans les années 90, lorsque j’ai fait ma thèse d’habilitation, quelqu’un s’était étonné de voir ce que j’étais capable de faire à côté de mes devoirs de femme au foyer! Heureusement, c’est en train de changer. Mais la Suisse accuse encore un grand retard. Elle manque de structures d’accueil pour faciliter le travail des femmes, ce qui prive la recherche d’un grand potentiel», analyse-t-elle.

Concilier travail scientifique et vie familiale

L’encouragement des chercheuses est une de ses priorités. «Nous proposons des programmes spéciaux et des soutiens à celles qui veulent mener une carrière académique mais se trouvent pénalisées parce qu’elles n’ont pas suivi une trajectoire professionnelle linéaire. Avec notre prochain programme pluriannuel, nous comptons créer des conditions appropriées pour mieux concilier le travail scientifique avec la vie familiale», annonce-t-elle.

Le FNS veut aussi encourager la relève. «Il faut motiver les très jeunes à se lancer dans un domaine scientifique, un doctorat et la filière académique. Cela commence à l’école. Or, quand je vois ce que mes filles ont reçu comme enseignement en sciences, je pense qu’il y a encore un grand potentiel d’amélioration», diagnostique-t-elle, en précisant que les réseaux sociaux seront un des canaux qui permettront d’atteindre ce nouveau public.

Le potentiel des HES

Elle compte également intensifier les relations avec les hautes écoles spécialisées: «Le FNS a longtemps concentré son attention sur la recherche fondamentale dans les universités. C’est très bien, mais il s’agit désormais d’exploiter également le potentiel d’excellence des HES et des hautes écoles pédagogiques.»

Angelika Kalt rappelle surtout la nécessité de rester connecté au monde européen de la recherche et d’expliquer en permanence aux parlementaires qui votent les crédits et aux milieux qui s’y intéressent moins «les bénéfices de la recherche, qui touchent tous les domaines de la vie quotidienne», comme la numérisation, l’utilisation des ressources telles que le bois ou le sol, l’alimentation saine, l’énergie, etc. «L’exploitation de la matière grise est fondamentale dans un pays qui n’a ni or ni pétrole», médite-t-elle.


Profil

1961 Naissance à Fribourg-en-Brisgau.

1990 Thèse de doctorat en géologie-minéralogie aux universités de Fribourg-en-Brisgau et de Münster.

1991 Maître assistante aux universités de Karlsruhe puis de Heidelberg.

2000 Professeure ordinaire de pétrologie et de géodynamique interne à l’Université de Neuchâtel.

2008 Directrice suppléante du FNS, à Berne.

2016 Directrice du FNS.

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