Microscope

Quand il s’agit d’apprendre par imitation, il n’y a pas photo chez les singes verts: les vervets préfèrent calquer leurs actions sur celles des femelles plutôt que des mâles. C’est ce que montrent des biologistes de l’Université de Neuchâtel dans un article paru le 17 mars dans les Proceedings of the Royal Society B.

L’équipe d’Erica van de Waal s’est intéressée aux vervets vivant en liberté dans la réserve de Loskop Dam en Afrique du Sud, et chez qui une forte hiérarchisation des individus prévaut. La chercheuse a mis au point une boîte contenant des fruits, avec deux trappes colorées que les singes peuvent manipuler pour accéder à leur encas.

Dans la phase de démonstration, les scientifiques ont bloqué l’un des clapets, et ont donné le récipient tantôt à trois mâles tantôt à trois femelles. Ces six «modèles» étaient ensuite placés chacun devant un groupe de semblables et devaient, en fonctionnant par essai-erreur, l’ouvrir devant eux. Au final, ceux qui observaient la femelle étaient beaucoup plus enclins à tenter de – et réussir à – accéder au casse-croûte.

«Apparemment, les femelles sont de meilleurs modèles que les mâles parce que les membres du groupe leur accordent plus d’attention, analyse Erica van de Waal. Ces résultats impliquent que les savoirs et traditions sociaux ont peu de chances de se répandre entre groupes de singes, puisque ce sont les mâles qui passent d’un clan à un autre.» Dès lors, les femelles constituent le noyau stable du groupe. Et les biologistes de conclure qu’elles y ont un statut social plus important, car elles savent mieux accéder aux ressources de nourriture sur le territoire. Ce qui en dit beaucoup sur «l’évolution des traditions et de la culture dans les espèces vivant dans des groupes stables, confie la chercheuse à la BBC. Y compris chez les humains.»