Où et quand l’homme a-t-il pour la première fois domestiqué le loup pour en faire un chien primitif? Le mystère de l’origine du chien a enfin été levé. Le projet international PalaeoBarn a répondu à cette question controversée dans une étude publiée le 3 juin dans la revue Science. En étudiant la plus grande base de données jamais réunie autour de l’origine du canidé, le consortium de scientifiques s’est accordé sur la double origine du chien domestique. De manière indépendante, les premiers chiens seraient apparus en Europe il y a plus de 15 000 ans, ainsi qu’en Asie orientale, il y a plus de 12 500 ans. Les chiens originaires d’Asie auraient ensuite migré en Europe, où ils auraient partiellement remplacé la population de chiens locale.

Non, le chien n’est pas apparu dans le canton de Schaffhouse

Jusqu’ici, un consensus faisait remonter la domestication du chien, premier animal à avoir été domestiqué par l’homme, à il y a environ 15 000 ans. A cette époque préhistorique, les hommes n’étaient encore que chasseurs-cueilleurs. Mais les opinions divergeaient sur le foyer de sa domestication: certains le voient en Asie orientale, d’autres en Mongolie ou en Sibérie, lorsqu’il ne s’agit pas du Proche-Orient, de la France ou de l’Espagne. La Suisse a même été évoquée, après que des ossements vieux de 14 000 ans ont été découverts en 1873 dans la caverne du «Kesslerloch» de Schaffhouse.

Interviewé par Le Temps en avril dernier, Greger Larson, professeur au département d’archéologie de l’Université d’Oxford expliquait pourquoi les conclusions divergeaient autant: «Le problème est que chaque étude utilise une méthode différente: mesures sur ossements, ADN fossile, comparés ou non à l’ADN de chiens actuels, selon les données disponibles.» Bien souvent, les scientifiques étudiaient uniquement les données de leur propre pays, ou alentours. Celles-ci n’apportaient qu’une vision restreinte sur l’origine du chien.

Afin d’avoir une vision plus complète, des milliers d’informations autour de l’origine du chien ont été réunies. Ceci grâce au projet PalaeoBarn, un réseau de recherche en paléogénomique et bioarchéologie de l’Université d’Oxford. Une trentaine de scientifiques ont collaboré à cette vaste étude. Venus d’Irlande, France, Allemagne, Etats-Unis, Grèce, Suède, Hongrie, Russie et Roumanie, ils ont travaillé ensemble pour enfin découvrir où et quand le loup est devenu le meilleur ami de l’homme.

Double domestication

Pour ce faire, ils ont examiné des données aussi bien génomiques qu’archéologiques. Ils ont notamment comparé les séquences d’ADN mitochondrial de 60 chiens anciens au génome de centaines de chiens et de loups modernes de race différente d’Eurasie occidentale et d'Asie orientale. Les données génétiques d’ossements anciens ont été extraites de l’os pétreux. Laurent Frantz de l’Université d’Oxford, auteur principal de l’étude indique: «Nos collaborateurs ont découvert que cette partie de l’os temporal est particulièrement dure. Sa solidité permet une meilleure conservation de l’ADN.»

Les analyses révèlent un profond clivage entre les chiens préhistoriques de deux régions. Deux populations distinctes de chien étaient présentes en Europe occidentale et en Asie orientale durant le paléolithique. La domestication du chien se serait donc produite au moins deux fois. «De très anciens chiens étaient présents à l’ouest et à l’est de l’Eurasie il y a 15 000 et 12 500 ans, indique Greger Larson. Mais c’est seulement 5000 ans plus tard que des chiens apparaissent dans la zone intermédiaire, entre ces deux extrémités.»

Regarder le film de l’évolution

La population de l’Asie orientale a suivi les migrations humaines et s’est déplacée vers l’Europe. Un mélange s’est alors produit entre les deux populations. Certaines espèces, comme le chien de traîneau du Groenland ou le husky sibérien, semblent en effet posséder une ascendance mixte des deux lignées de chiens préhistoriques.

«La vitesse et la facilité avec laquelle il est possible de générer des génomes anciens sont stupéfiantes, s’exalte Greger Larson. Plus besoin de supposer ou de spéculer, avec les technologies actuelles, il est possible de simplement «regarder le film» de l’évolution. En observant le génome, on peut voir ce qu’il s’est passé durant les 15 000 dernières années. Il suffit de raconter l’histoire!»


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