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© Jason Horowitz

médecine

En Chine, le boom des analyses génétiques sur les embryons

Récemment autorisé en Suisse, le diagnostic préimplantatoire est un examen très répandu dans l’Empire du Milieu, un pays qui craint l’infirmité et où les femmes font des enfants toujours plus tard

L’Hôpital Citic-Xiangya de Changsha, une ville de 7 millions d’habitants au centre de la Chine, est un mastodonte de la procréation médicalement assistée. Chaque année, il effectue 41 000 fécondations in vitro (FIV). A titre de comparaison, la Suisse en enregistre 6000 par an. Et une bonne partie des patientes se voient proposer un diagnostic préimplantatoire (DPI).

Cette pratique autorisée en Suisse depuis le 1er septembre a pour but d’analyser l’ADN d’une cellule prélevée sur l’embryon créé in vitro pour vérifier qu’il ne comporte pas certaines maladies génétiques graves, comme la mucoviscidose, la bêta-thalassémie ou la maladie de Huntington. Elle peut également servir à vérifier la présence d’un nombre anormal de chromosomes comme la trisomie 21.

A ce sujet: En Suisse, le diagnostic préimplantatoire sera autorisé dès septembre

Cinquante centres en dix ans

Inventé dans les années 90 par des chercheurs britanniques, ce test n’est pratiqué en Chine que depuis 2000. Mais il s’y est répandu comme une traînée de poudre. A l’Hôpital Citic-Xiangya, le nombre de DPI a crû de 277% entre 2014 et 2016, pour atteindre 2429 procédures. Sur l’ensemble du pays, la technique enregistre une croissance de 60 à 70% par an. «Une cinquantaine de centres de procréation assistée ont aujourd’hui l’autorisation de pratiquer cet examen», note Kangpu Xu, un spécialiste de l’infertilité à l’Université Cornell. En 2004, il n’y en avait que quatre.

Cette hausse est due à l'abandon de la politique de l’enfant unique début 2016. «De nombreuses femmes plus âgées ont décidé de faire un second enfant, ce qui a provoqué une hausse des FIV et donc des diagnostics préimplantatoires», explique Sunney Xie, un biochimiste qui partage son temps entre Harvard et la Chine.

La hausse de l’âge maternel, qui touche la Chine au même titre que d’autres sociétés ayant connu une intégration plus poussée des femmes dans le monde du travail, a eu un impact similaire.

A cela s’ajoutent des motifs culturels. «En Chine, les gens sont très compétitifs et mus par un fort désir d’ascension sociale, souligne Kangpu Xu. Ils sont donc prêts à tout pour avoir un enfant en bonne santé.»

Chasse aux gènes défaillants

L’adoption à grande échelle du DPI est également due à la présence accrue de certains gènes dans la population chinoise. Ce test est particulièrement répandu dans le sud de la Chine, une région qui comporte un taux important de thalassémies, une maladie du sang. «Dans certaines petites communautés, un nouveau-né sur quatre est affecté par cette mutation génétique», relève Kangpu Xu.

Notre discussion en ligne, en 2016: Diagnostic préimplantatoire: les réponses de nos experts

La rapide expansion du DPI en Chine comporte toutefois un risque d’abus. «L’utilisation de cet examen pour découvrir le sexe de l’embryon est interdite, mais je suis convaincu que certaines cliniques le proposent de façon illicite», pense le professeur. Dans une société qui privilégie les héritiers mâles, il s’agit d’une pente glissante.

Certains médecins racontent avoir eu affaire à des parents qui leur ont demandé de supprimer chez leur futur enfant la mutation génétique qui empêche les Asiatiques de métaboliser l’alcool, afin de leur conférer un avantage compétitif lors des banquets d’affaires alcoolisés qu’ils ne manqueront pas de fréquenter plus tard.

Mais la Chine n’est pas seulement devenue l’un des principaux usagers du DPI, elle se profile aussi comme l’un des pays les plus innovants dans ce domaine. Sunney Xie a développé une nouvelle méthode pour effectuer le DPI, non pas en prélevant une cellule sur l’embryon, mais en analysant l’ADN du futur bébé contenu dans le milieu de culture utilisé pour générer le blastocyste. «Cette méthode est plus sûre puisque toute manipulation de l’embryon comporte un risque de l’endommager», détaille-t-il.

Certains chercheurs tentent aussi d’étendre le pool de maladies que le DPI permet de déceler. Lu Guangxiu, de l’Hôpital Citic-Xiangya de Changsha, l’a utilisé pour repérer une mutation génétique à l’origine du rétinoblastome, un cancer de la rétine. He Lin, un généticien de l’Université Jiao Tong de Shanghai, cherche quant à lui à créer une base de données de toutes les mutations à l’origine des 6000 maladies génétiques connues, afin de pouvoir les soumettre au DPI. Sa première cible: la surdité.

Dépistage de trisomie

La Chine est également aux avant-postes en ce qui concerne une autre forme d’analyse génétique de l’enfant à naître. Dennis Lo, un chercheur de la Chinese University de Hongkong, a développé un test, mis sur le marché en 2011, qui a révolutionné la détection des trisomies chez les femmes enceintes.

Lire aussi: Mieux encadrer le dépistage sanguin de la trisomie

Il a passé dix ans à développer une méthode pour déceler un dosage anormalement élevé de chromosomes 21 dans le plasma sanguin de la mère, ce qui suggère la présence d’une trisomie chez le fœtus. Ce test est plus sûr que les méthodes invasives, telles que l’amniocentèse, utilisées jusqu’ici et qui faisaient courir à la mère un risque de fausse couche.

Plus de 90 pays s’en servent aujourd’hui, dont la Suisse depuis 2012. Les Etats-Unis, la Belgique et les Pays-Bas en sont particulièrement friands. Mais la palme revient une fois de plus à la Chine. «Rien qu’en 2017, cette technologie a été utilisée sur 4 millions de femmes chinoises», confie Dennis Lo.

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