De vastes opérations de secours étaient déployées lundi 4 août dans le sud-ouest de la Chine, à travers les zones montagneuses dévastées par le séisme de magnitude 6,1 qui a frappé la veille la province du Yunnan, faisant 398 morts, près de 2 000 blessés, plus de 80 00 maisons effondrées et 124 000 sévèrement endommagées. Jérôme Vergne, sismologue à l’Institut de physique du globe de Strasbourg, explique pourquoi ce tremblement de terre, considéré comme «mineur pour cette région très sismique», a entraîné de tels dégâts.

Comment expliquer le tremblement de terre qui vient de toucher le Yunnan?

Jérôme Vergne: Ce séisme s’est produit sur l’une des six grandes failles du plateau tibétain: la faille de Xian Shui He, longue de 1500 km, dans l’est du Tibet. Il s’agit de l’une des régions sismiques les plus actives de Chine et l’une des plus grandes failles d’Eurasie.

A ce niveau, les différents blocs du plateau tibétain s’échappent vers l’est, sous la pression de la plaque indienne qui remonte, elle, vers le nord, vers la plaque eurasienne – une pression qui a notamment formé l’Himalaya. La faille de Xian Shui He est décrochante, c’est-à-dire que les plaques coulissent les unes par rapport aux autres, à une vitesse moyenne de 10 mm/an. La faille a rompu sur une petite portion, de 10 à 20 km, celle de Xiao Jiang.

Il s’agit d’un mécanisme différent de celui qui a provoqué le séisme de magnitude 7,9 qui avait touché le Sichuan le 12 mai 2008 et fait plus de 70 000 morts. Là, il ne s’agissait pas de coulissage mais de chevauchement: le plateau tibétain passe au-dessus du bassin du Sichuan – faisant partie de la plaque eurasienne – le long des montagnes de Longmen Shan.

Ce séisme est-il considéré comme puissant?

Il s’agit d’un séisme mineur pour la région, qui enregistre tous les trois cents ans une trentaine de tremblements de terre de magnitude supérieure à 6. On a ainsi enregistré autour de la faille de Xian Shui He un séisme de magnitude 7,8 en 1733, un autre de 8 en 1833, de 7,5 en 1850 et de 7,6 en 1973. Pour rappel, des séismes de magnitude 7 et 8 sont respectivement trente et neuf cents fois plus puissants qu’un de magnitude 6.

Pourquoi ce tremblement de terre a-t-il alors causé autant de dégâts?

Tout d’abord, l’épicentre s’est produit dans une zone relativement peuplée, à 30 kilomètres de Zhaotong, une ville de plus de 5 millions d’habitants. Le séisme était par ailleurs superficiel (autour de 10 kilomètres de profondeur), ce qui cause davantage de dégâts.

Mais surtout, la qualité des constructions est très mauvaise dans cette région. Elles sont le plus souvent en brique ou parfois en béton, mais ce dernier est très rarement armé ou ferraillé. Des normes parasismiques ont récemment été mises en place, mais elles sont très rarement suivies d’effets, à l’exception de quelques bâtiments publics.

Or, pour résister aux tremblements de terre, les bâtiments doivent être construits en béton ferraillé – le matériau s’effrite mais sa structure reste en place – et avoir des formes particulières pour absorber les vibrations. Ainsi, ils se déforment sans se casser. C’est le cas au Japon, où les séismes de magnitude 6 ne font aucun dégât humain ni matériel.

Comment limiter les effets des séismes en Chine?

On n’a aucune méthode fiable pour prévoir les séismes. Les sismologues fournissent seulement des probabilités – l’occurrence de certains séismes ou quand une faille s’apprête à rompre – et tentent de réduire leurs incertitudes.

Il faut alors travailler sur la prévention, en construisant les bâtiments selon les normes parasismiques et en éduquant la population. En Chine, dans le Yunnan et le Sichuan, les gens connaissent les tremblements de terre mais pas forcément les mesures à prendre lorsqu’ils surviennent – comme le fait de se coucher sous des abris. Si des améliorations n’ont pas lieu, le prochain séisme de magnitude 8, qui peut survenir bientôt, sera catastrophique dans le Yunnan.