Santé

Chine: une pneumonie de cause non identifiée suscite l’inquiétude

Au cours des dernières semaines, 59 cas de pneumonie atypique ont été recensés à Wuhan, ville de 19 millions d’habitants dans le centre de la Chine. S’agit-il d’un dangereux nouveau virus contagieux ou d’une plus banale infection respiratoire?

Les autorités sanitaires chinoises recherchent la cause d’une mystérieuse épidémie de pneumonie qui a débuté en décembre dernier à Wuhan, capitale de la province du Hubei, où 59 personnes ont déjà été touchées. Les malades présentent une forte fièvre, des difficultés respiratoires et des lésions pulmonaires à la radiographie. Un nouveau coronavirus pourrait être à l’origine de cette accumulation de cas, mais les experts évoquent aussi d’autres possibilités.

L’enquête épidémiologique a révélé que certaines des personnes atteintes sont des vendeurs ou revendeurs du South China Seafood Market. Les commerçants de ce marché ne vendent pas seulement des produits de la mer, mais également des volailles vivantes et d’autres viandes d’animaux sauvages, du serpent et des organes de lapin. Le marché a été fermé le 1er janvier 2020 pour décontamination.

Nouvelle souche de coronavirus

Sept malades sont gravement atteints. «Tous les patients ont été placés en isolement dans les établissements médicaux de Wuhan et il n’y a pas eu de décès», indiquait le 5 janvier la Wuhan Municipal Health Commission, ajoutant que 163 personnes ayant été en contact avec les patients sont sous observation médicale.

Selon un article du Wall Street Journal publié mercredi, des scientifiques chinois auraient découvert une nouvelle souche de coronavirus susceptible d’être impliquée dans la maladie. Les coronavirus forment une famille comptant un grand nombre de virus qui peuvent provoquer des maladies le plus souvent bénignes chez l’homme. Mais certains d’entre eux comme le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) ou le MERS (syndrome respiratoire du Moyen-Orient) ont entraîné de graves épidémies.

La liste des virus humains susceptibles d’entraîner des cas groupés de symptômes respiratoires est longue

Marion Koopmans, directrice du département de virologie du Centre médical Erasme à Rotterdam

Les examens semblent toutefois exclure le très redouté virus du SRAS. Démarrée en Chine en novembre 2002, l’épidémie de SRAS s’était propagée dans une trentaine de pays et avait occasionné 774 décès. La semaine dernière, les autorités chinoises ont indiqué que l’agent infectieux n’est pas non plus le coronavirus du MERS.

A ce jour, une trentaine de patients venant de Wuhan et présentant des symptômes respiratoires ont été identifiés à Hongkong. Les examens montrent que certains d’entre eux hébergent des virus respiratoires saisonniers, notamment celui de la grippe ou le rhinovirus. «Nous n’avons pas entendu parler d’analyses comparables chez les patients de Wuhan. Je suis curieuse d’en savoir plus, dans la mesure où la liste des virus humains susceptibles d’entraîner des cas groupés de symptômes respiratoires est longue», déplore Marion Koopmans, directrice du département de virologie du Centre médical Erasme à Rotterdam.

A Hongkong, un système de surveillance des voyageurs arrivant de Wuhan a été mis en place. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) indique être «en contact étroit avec les autorités sanitaires nationales chinoises», tout en ajoutant leur demander des informations supplémentaires «afin d’évaluer le risque». On ne dispose pas de données laissant penser que l’agent infectieux est transmissible entre individus, mais ce risque ne peut pas être totalement écarté.

Manque d’informations

«Depuis l’épidémie de SRAS, les Chinois ont acquis une autonomie en matière de recherche sur les agents infectieux émergents. Reste à savoir quelles informations ils voudront communiquer», déclare Arnaud Fontanet, responsable de l’unité d’épidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur de Paris. En effet, on ignore l’âge des patients ainsi que le nombre de ceux ayant fréquenté le marché.

«C’est à la phase aiguë de la maladie, plutôt qu’aux stades tardifs, qu’on a le plus de chances de trouver le pathogène responsable», fait observer Arnaud Fontanet. Ce que souligne également Marion Koopmans: «Le timing du prélèvement s’avère souvent essentiel pour disposer de l’échantillon qui permettra d’identifier le pathogène.» Raison pour laquelle, selon elle, «on ne peut exclure totalement les virus respiratoires pathogènes connus. En revanche, compte tenu du lien avec le marché, la possibilité qu’il s’agisse de la Legionella, qui se propage dans les systèmes de climatisation, doit être écartée.» 


Pour les experts, il convient donc de rester prudent. La maladie pourrait être le fruit d’une co-infection entre un coronavirus et un autre agent infectieux véritablement responsable des symptômes. Au total, «l’identification de l’agent infectieux responsable peut nécessiter deux à trois semaines. Deux mois sont cependant nécessaires avant de valider les résultats», insiste Arnaud Fontanet. Et Marion Koopmans de rappeler que le métapneumovirus humain, détecté chez des patients atteints de SRAS, avait été désigné comme le coupable, avant qu’on ne réalise qu’il s’agissait d’un coronavirus. Tous deux disent maintenant attendre une annonce officielle de l’OMS.

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