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Santé

Le choix de Jolie

L’actrice souffre d’une mutation génétique qui la prédispose au cancer. Elle a opté pour une ablation préventive de ses seins et de ses ovaires

Angelina Jolie a choisi. Victime d’une mutation génétique qui la prédisposait à développer un cancer du sein et un cancer des ovaires, l’actrice a décidé de prendre les devants en procédant préventivement à une triple ablation. Soit à une double mastectomie, qui a été réalisée cet hiver, puis à une salpingo-ovariectomie, qui devrait suivre prochainement. Le sort de sa mère, décédée à 56 ans du même dérangement, a pesé lourdement dans sa décision. Tout comme le diagnostic des médecins, qui lui donnait peu de chances d’échapper à la maladie.

La star a raconté mardi son expérience dans le New York Times . «La décision de procéder à une mastectomie n’a pas été facile, écrit-elle. Mais je suis très heureuse de l’avoir prise.» Et d’expliquer: «Vous, les femmes qui lisez ces lignes, j’espère qu’elles vous aideront à savoir que vous avez le choix. Je souhaite encourager toutes les femmes, spécialement si vous avez une histoire familiale de cancer du sein ou des ovaires, à consulter l’information et les experts médicaux qui peuvent vous aider dans cet aspect de votre vie et à vous décider en toute connaissance de cause.»

La mutation qui affecte Angelina Jolie concerne un gène du nom de BRCA1 – BR pour «Breast» (sein) et CA pour Cancer. Un gène comme il en existe quelques autres dont le plus connu est le BRCA2. Ces modifications sont susceptibles de se produire aussi bien chez l’homme que chez la femme. Mais elles n’élèvent que très légèrement chez le premier le risque de cancer du sein et de la prostate, alors qu’elles augmentent très fortement chez la seconde le risque de cancer du sein et des ovaires. De 12% dans la population normale à 60% et plus (jusqu’à 85%) pour le cancer du sein. De 1% à 25% et plus (jusqu’à 55%) pour le cancer des ovaires.

Cette menace plane très tôt dans la vie des personnes concernées. «Dès l’âge de 22 à 25 ans, indique Pierre Chappuis, médecin adjoint dans l’unité d’oncogénétique et de prévention des cancers aux Hôpitaux universitaires de Genève. Notre plus jeune patiente avait 24 ans. Et près de la moitié du risque se situe avant l’âge de 50 ans.»

Depuis que ces mutations ont été découvertes au milieu des années 1990, des tests permettent de les dépister. Des examens restés peu courants cependant. «Nous ne les pratiquons pas chez toutes les femmes, confie Jean-François Delaloye, professeur associé au Département de gynécologie-obstétrique et génétique médicale du Centre hospitalier universitaire vaudois. Nous les réservons en principe à des cas particuliers, comme les femmes qui ont développé précocement un cancer ou qui comptent au moins deux parents atteints du cancer.»

Les patients ont le choix entre deux approches. Ils peuvent recourir soit à la chirurgie, soit à une surveillance étroite de leur état de santé à l’aide de mammographies, d’échographies et d’imageries par résonance magnétique (IRM). «L’opération est une option pas une indication, commente Pierre Chappuis. En tout cas jusqu’à l’âge de 35-40 ans. Après, quand la patiente n’est plus en état de procréer, nous recommandons l’ablation des ovaires dans la mesure où le cancer des ovaires ne se laisse pas facilement dépister.»

A l’heure de choisir, un grand nombre de facteurs entrent en ligne de compte. L’âge de la femme, ses antécédents familiaux (notamment l’âge auquel sa mère a éventuellement attrapé un cancer), ses attentes personnelles (telle l’envie d’avoir des enfants et de les allaiter).

«On réduit drastiquement les risques en opérant, observe Jean-François Delaloye. Mais on ne les ramène pas à zéro. Il est toujours possible de laisser des résidus de glande sous la peau. Et puis, de nombreuses femmes ne sont pas disposées à subir une mutilation. Un exemple des difficultés rencontrées: un sein peut se reconstruire mais pas retrouver sa sensibilité. Il n’empêche que toutes les opérées auxquelles j’ai eu affaire se sont senties libérées. Je n’ai jamais constaté de regret.»

Au moins, l’argent ne pose-t-il plus problème. Les femmes «à risque» peuvent depuis peu se faire rembourser l’ablation des seins et des ovaires ainsi que la chirurgie reconstructive consécutive à ces opérations.

Les cas n’en restent pas moins peu fréquents. Seuls 3 à 5% des 5000 cancers du sein répertoriés chaque année en Suisse sont liés à ces mutations. Et seuls 20% des quelque 400 tests de dépistage effectués annuellement se révèlent positifs.

 

 

 

«On réduit drastiquement les risques en opérant mais on ne les ramène pas à zéro»

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