«Mir était le triomphe de l'homme et de l'idée même d'humanité.» Ainsi les responsables du centre chargé de guider le naufrage de la station ont-ils salué, devant les caméras des télévisions, le grand plongeon de leur bébé dans le Pacifique. Lesquelles télévisons repassaient inlassablement les images des fragments lumineux s'abîmant au large des Fidji, tandis que les professionnels décrétaient une minute de silence. Un des responsables expliquait ensuite qu'ils allaient commémorer cela «dans la tradition russe. Ça ne se passera pas sans vodka». Et d'ajouter que, tout de même, Mir était «le plus gros objet artificiel présent dans l'espace». Dans la journée, la radio «Echo de Moscou» organisait un sondage éclair, duquel il ressortait que 68% des Russes souhaitaient voir leur pays se lancer dans la construction d'une autre station.

Quant au directeur de l'agence spatial russe, Iouri Koptev, il proposait sur les ondes de la même radio, l'érection d'un monument à la gloire de Mir. D'une manière générale, le fait que tout se soit bien passé a provoqué un sentiment de fierté effaçant vite l'atmosphère de tristesse. Le quotidien Vremia Novostei publiait par exemple un éditorial sur son site Internet, qui faisait remarquer que «paradoxalement la chute de Mir, par sa réussite, renforce l'autorité de l'aérospatiale russe. Cette opération était d'une complexité rare, la première d'un tel genre». Quant à la chaîne d'Etat ORT, elle louait, dans son toast funèbre, la longévité de la défunte: «Personne à l'époque, y compris ses concepteurs, n'imaginait que Mir allait vivre aussi longtemps. Elle était programmée pour durer 2 ou 3 ans. Personne ne soupçonnait qu'elle allait devenir la station orbitale classique par excellence. L'idée de Mir était intuitive, elle s'est révélée géniale.» Quant aux faiseurs de bons mots, ils tiraient, eux aussi, leurs dernières cartouches: «Les Russes sont priés de quitter l'espace et de le laisser dans l'état où ils l'avaient trouvé.»