«La meilleure solution pour éviter la chute des cheveux, c’est de faire un pas de côté.» La surprise immédiate que provoque cette pensée Marxiste (tendance Groucho) révèle la difficulté de notre cerveau à sortir de la logique que nous lui avons imposée, tant lors de sa construction que durant son gavage. Parbleu, deux plus deux font quatre, la pluie vient après le beau temps et qui s’y frotte s’y pique. Pourtant, c’est bien de ce décalage, de cette pensée en chemin de traverse que sortent les grandes découvertes, celles qui nous stupéfient, qui changent le monde. Le conformisme ne laisse que peu de place au génie.

Comment stimuler ce pas de côté? Comment apprendre à nos enfants à être loufoque, à voir des associations là où nous n’en voyons plus, bref, à trouver l’improbable? La tendance générale n’y est hélas pas favorable et la majorité des branches enseignées au secondaire ne font que renforcer cette logique implacable dans laquelle notre cerveau paresseux aime se vautrer; on le caresse avec des maths, cet organe suffisant, on le flatte à coups de déclinaisons alors qu’on devrait s’en affranchir, sortir de son cadre rigide, renvoyer à la niche cette vieille éponge réactionnaire pour n’en garder que ses avatars et ses faux contacts, d’où jaillissent les étincelles. Posologie: les Monty Python (en VO), une page de L’os à moelle chaque jour et la lecture intégrale de la nouvelle loi fédérale sur la protection des animaux (en allemand). Un traitement de cheval, je vous l’accorde, mais on ne devient pas loufoque sans faire d’efforts.

A propos de plumes de cheval, un Confédéré malicieux est devenu le héros de Lucerne, avec photo à la une. Il s’appelle Stefan Egly et a trouvé le moyen d’exterminer au galop la moitié des rats de la ville en plaçant des pièges astucieux et pleins de poison. La souffrance des rats est minimale, nous dit la Tribune, puisqu’ils meurent d’hémorragie interne en quatre à cinq jours… Stefan Egly ne travaille pas comme chercheur dans un laboratoire. Heureusement d’ailleurs, un tel traitement appliqué à une seule souris lui aurait valu le tribunal et une bombe sous sa voiture.

Catherine Douglas et Peter Rowlinson, eux, ne risquent pas la vindicte populaire. Ces vétérinaires de Newcastle publient dans une étude plutôt champêtre que les vaches se faisant appeler par un petit nom, telle la Marguerite de Fernandel, donnent plus de lait que celles traites dans un anonymat méprisant. De bonnes relations entre hommes et animaux augmentent le bien-être des laitières qui, reconnaissantes, nous coulent quelques litres en plus. Voilà donc la solution aux surplus laitiers européens; insultez les vaches et moquez-vous de leur air bœuf en les appelant truc machin chouette.

* Directeur du Pôle Frontiers in Genetics.