Coordonnés par le Centre de recherche clinique du CHUV, 16 centres hospitaliers suisses vont prendre part à l’étude intitulée «Solidarity», lancée le 18 mars dernier par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La participation à cet essai clinique, annoncée jeudi dans un communiqué, doit permettre de tester des traitements expérimentaux contre le Covid-19. Mené en collaboration avec l’OFSP, il sera financé à hauteur de 1,6 million de francs par le Fonds national de la recherche scientifique.

«Un essai clinique est une étude où l’on compare différents traitements entre eux pour déterminer lequel est le plus efficace et s’ils sont plus efficaces que le fait de ne pas administrer de traitement», détaille Oriol Manuel, médecin adjoint au service des maladies infectieuses du CHUV, chargé de coordonner l’étude en Suisse. Quatre traitements ont été retenus par l’OMS dans le cadre de Solidarity.

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Des substances connues

En l’occurrence, ces substances sont le remdesivir, le ritonavir-lopinavir associé ou non à l’interféron bêta et la fameuse hydroxychloroquine, qui a suscité de nombreux débats. Il s’agit donc de médicaments déjà utilisés pour d’autres raisons, mais dont l’efficacité contre le Covid-19 reste à démontrer. «L’hydroxychloroquine est utilisée contre la malaria et certaines maladies inflammatoires chroniques, le remdesivir est un antiviral à large spectre déjà utilisé contre Ebola, énumère Oriol Manuel. Des données in vitro ont montré que certains de ces médicaments inhibent la croissance du virus et d’autres ont été utilisés contre le MERS et le SRAS.»

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Depuis le début de la pandémie, les noms de ces traitements ne sont pas inconnus et pour cause, ils ont déjà été utilisés en Suisse. Avec leur accord, certains patients se sont déjà vu administrer ces traitements avant le début de l’essai clinique. «Dès que nous avons vu le virus apparaître en Chine, il y a eu des données cliniques suggérant que ces traitements pouvaient avoir un effet, précise Oriol Manuel. Il s’agit d’un usage compassionnel. C’est-à-dire que les traitements ne sont pas approuvés pour lutter contre la maladie mais qu’ils sont utilisés parce qu’ils sont disponibles et qu’ils pourraient avoir un effet.» Cette utilisation est aussi possible parce que ces médicaments sont en usage depuis plusieurs années et que leurs effets secondaires sont connus. Pour autant, leur efficacité reste à prouver

Une étude conçue pour des résultats rapides

Face à l’urgence de la situation, l’étude est prévue pour présenter des résultats rapides. D’autres pays comme la France, la Norvège, le Canada, la Thaïlande ou encore l’Afrique du Sud prendront également part à cet essai pour multiplier le nombre de patients sous surveillance. Les critères d’inclusion sont très larges, puisque tout patient diagnostiqué avec le Covid-19 peut participer à l’étude. La participation se fait avec l’accord du patient, si ce dernier ne présente pas de contre-indications face aux traitements.

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«Un des bénéfices de cette étude est de permettre d’inclure rapidement des milliers de patients et d’avoir une analyse intermédiaire des effets, souligne Oriol Manuel. L’objectif est d’avoir une analyse en continu des effets des traitements avec des analyses préliminaires chaque semaine. Si on voit qu’un médicament ne fonctionne pas, il pourra être retiré de l’essai.»

Autre point important, ni les patients participants, ni les médecins n’ont le contrôle sur le choix du traitement, ou de l’absence de traitement, administré. Ce choix se fait par tirage au sort pour permettre d’observer au mieux les effets des traitements. «L’idée est de donner les traitements le plus tôt possible, précise Oriol Manuel. Nous savons que pour les infections, plus il commence tôt, plus il est efficace.» Si les autorités donnent leur accord, les premiers patients suisses pourraient être intégrés à l’essai clinique dès la semaine prochaine.