C’était le 12 décembre 2015 à 19h30, au Bourget près de Paris. D’un coup de marteau, le président de la COP21, Laurent Fabius, scellait l’adoption du premier accord mondial sur le climat. Selon les termes du désormais célèbre Accord de Paris, quelque 200 Etats s’engageaient à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, dans l’objectif de contenir le réchauffement planétaire à 2°C maximum d’ici à la fin du siècle, et même 1,5°C dans la mesure du possible.

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Durant les cinq dernières années, cet accord a dû affronter bien des vents contraires, notamment avec la défection américaine sous la présidence Trump, puis avec la crise mondiale due à la pandémie de Covid-19, qui a mené au report de la COP26, initialement prévue ce mois-ci à Glasgow. Alors qu’un sommet virtuel sur le climat se tiendra samedi 12 décembre à Londres, jour anniversaire de l’Accord de Paris, où en est l’élan climatique international? Eléments de réponse en cinq points.

1) Comment le climat a-t-il évolué au cours des cinq dernières années?

Mal. Les années depuis 2015 ont été les plus chaudes jamais enregistrées; 2020 est en bonne place pour régater avec 2016, jusqu’alors l’année la plus chaude de toute. Le 7 décembre, le service européen Copernicus sur le changement climatique annonçait que novembre 2020 avait été le mois de novembre le plus chaud jamais enregistré dans le monde. D’autres indicateurs confirment cette tendance inquiétante. En octobre, la superficie de la banquise arctique a atteint son niveau le plus faible jamais enregistré à cette saison. Dans l'Atlantique, la saison des tempêtes, qui vient de s’achever, a battu tous les records avec 30 tempêtes suffisamment fortes pour recevoir un nom, le précédent record étant de 28 tempêtes en 2005. Ces derniers mois, des méga-feux d’une rare intensité ont ravagé l’Australie, la Sibérie ou encore la Californie. Les glaciers suisses ont encore perdu 2% de leur volume cette année, d’après l’Académie suisse des sciences.

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2) Et comment ont évolué les émissions de CO2 mondiales?

Là non plus, les nouvelles ne sont pas très bonnes. En 2019, les émissions ont atteint un nouveau record de plus de 59 gigatonnes d’équivalent CO2. Ces émissions devraient diminuer d’environ 7% en 2020 en raison de la pandémie de Covid-19, d’après le rapport annuel du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) sur l’écart entre les objectifs de réduction des GES et des émissions réelles, rendu public mercredi 9 décembre. Un léger mieux qui ne correspond en fait qu’à une réduction du réchauffement de 0,01°C d’ici à 2050. Donc pas de quoi infléchir la tendance actuelle qui mène vers un réchauffement de plus de 3°C d’ici à la fin du siècle. «En cinq ans, l’inaction des gouvernements a rendu le défi climatique encore plus grand», estiment les ONG réunies au sein du Réseau Action Climat, en France.

La conversation globale sur le changement climatique a beaucoup évolué au cours des cinq dernières années. Aujourd’hui, l’idée d’une transformation radicale est devenue courante

Sébastien Treyer, directeur de l’Institut français du développement durable et des relations internationales

3) Que reste-t-il de l’accord?

Le fait est qu’il a plutôt bien résisté au retrait des Etats-Unis, première économie mondiale et deuxième émetteur de CO2 derrière la Chine. Aucune autre défection n’a été enregistrée et de nombreux Etats et acteurs non étatiques – entreprises, villes, etc. – ont continué à s’engager pour le climat. «Avant même l’élection de Joe Biden, qui a promis le retour de son pays dans l’Accord de Paris, des économies majeures avaient annoncé de nouveaux objectifs ambitieux de réduction de leurs émissions, a rappelé Sébastien Treyer, le directeur de l’Institut français du développement durable et des relations internationales (Iddri) lors d’une conférence de presse. La conversation globale sur le changement climatique a beaucoup évolué au cours des cinq dernières années. Aujourd’hui, l’idée d’une transformation radicale est devenue courante.»

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Lors d’une annonce surprise en septembre, le président chinois, Xi Jinping, s’est fixé l’objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2060. Cela signifie qu’à cette date son pays ne devra pas émettre plus de gaz à effet de serre que ce qu’il absorbe par le biais de plantations d’arbres ou de technologies de capture de CO2, par exemple. D’autres gros émetteurs comme le Royaume-Uni, le Japon, la Corée du Sud ou encore l’Afrique du Sud ont promis d’atteindre cette neutralité carbone déjà en 2050, ce qui est aussi l’objectif du président élu Biden. Après avoir compilé toutes ces promesses, l’organisme spécialisé Climate Action Tracker estime que le réchauffement pourrait être contenu à 2,1°C à la fin du siècle – soit un niveau très proche de celui visé par l’Accord de Paris.

4) Et maintenant, que doit-il se passer?

Si les Etats entendent réellement atteindre la neutralité carbone au milieu de ce siècle, ils doivent d’ores et déjà agir. D’après le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, il faudrait que les émissions de CO2 chutent de 45% d’ici à 2030, si on souhaite contenir le réchauffement à 1,5°C d’ici à la fin du siècle. Les engagements actuels des pays ne sont pas suffisants pour y parvenir. De nouvelles annonces sont toutefois attendues sous peu, car l’Accord de Paris prévoit que les Etats revoient leurs promesses de réduction d’émissions à la hausse tous les cinq ans. Seuls 16 pays ont pour l’heure fait part d’objectifs révisés, dont la Suisse, mais aussi tout récemment le Royaume-Uni, qui vient d’annoncer viser -68% d’émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. L’Union européenne doit décider lors du Conseil des 10 et 11 décembre si elle entend aussi relever ses ambitions climatiques.

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5) La pandémie de Covid-19 va-t-elle freiner ces efforts?

Il est encore trop tôt pour le dire. Mais tous les experts insistent sur le fait que les plans de relance économique des Etats doivent absolument prendre en compte la problématique climatique. Ces plans peuvent même constituer une opportunité pour accélérer la lutte contre le réchauffement, d’après le PNUE, qui estime qu’une relance verte pourrait permettre de réduire les émissions de 25% de plus entre aujourd’hui et 2030, par rapport à ce qui a déjà été promis par les pays. Parmi les mesures à favoriser: le soutien aux technologies à faibles émissions de CO2, la réduction des subventions aux énergies fossiles et le renoncement aux centrales à charbon, entre autres.

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