mythologies

Cinq idées reçues sur les caprices de la Lune avant l’éclipse de lundi

La Lune paraîtra énorme et prendra une teinte rouge lors de l’éclipse de lundi. Un duo de phénomènes spectaculaire et rarissime, lié à toutes sortes de croyances populaires

 

La dernière fois, c’était en 1982. Et la prochaine, ce sera pour 2033. L’éclipse totale de Lune qui se produira très tôt lundi matin sera, si le ciel clair annoncé par les prévisions est bien de la partie, esthétiquement exceptionnelle! Car, parvenue au plus proche de la Terre – à son périgée –, elle sera non seulement très grosse en apparence et très lumineuse, mais s’habillera en plus d’une belle teinte orangée.

En Suisse, elle sera observable pendant plus d’une heure, de 4h11 à 5h23. Ce n’est évidemment pas elle qui produira cette lumière rougeâtre, mais le Soleil. Car à ce moment-là, l’astre sélène sera parfaitement aligné avec ce dernier et la Terre, et donc englouti dans l’ombre de notre planète (voir l’infographie ci-contre). Cette «mécanique céleste», dit le Pr Thierry Courvoisier, astrophysicien à l’Université de Genève, est «fascinante» lors de ces moments, puisqu’on la voit à l’œuvre, concrètement: «C’est beau, c’est poétique.»

 

 

Outre l’effet scientifiquement avéré de l’astre nocturne sur les marées, la pleine Lune et les éclipses ont toujours fait l’objet d’interprétations symboliques. De manière générale, «tout au long de l’histoire, de nombreuses cultures les ont considérées comme des signes de tristesse et de malheur», rappelle à l’AFP Noah Petro, du projet Lunar Reconnaissance Orbiter de la NASA.

La Lune représente d’ailleurs un peu partout sur la Terre un être maléfique. Cette mythologie remonte à Aristote au moins, selon l’astrophysicien Michel Grenon, président de la Société de physique et d’histoire naturelle de Genève, et à cette dualité de «pure tradition» qui veut que le Soleil soit l’astre sec et la Lune l’astre humide.

Ça pousse bien… ou mal

On dit par exemple que les cheveux et les poils poussent plus vite les nuits de pleine Lune, ainsi que les plantes. Et les jardiniers trouvent la période de Lune croissante propice aux plantations, aux greffes, aux repiquages et à la taille. A l’inverse, lorsqu’elle est en phase décroissante, ce serait plutôt le moment de récolter et de semer. «Je n’y crois absolument pas», répond Michel Grenon. Autrement dit, pour les coiffeurs, c’est une affaire purement commerciale, et pour ce qui est de la montée de la sève dans les plantes, «il n’y a pas non plus de corrélation».

Par ailleurs, lors de ses deux passages extrêmes que sont le périgée et l’apogée, la Lune enverrait des influences négatives aux plantes. Au périgée, elle exerce une attraction beaucoup plus forte, qui provoquerait l’étiolement des jeunes semis. Et à l’apogée, c’est l’inverse, mais l’effet est le même: ces semis pousseraient moins bien, resteraient chétifs et donneraient par la suite des plantes présentant une plus grande sensibilité aux parasites et aux maladies. Voilà pourquoi l’ Almanach du messager boiteux est une affaire qui marche.

Le sanguinaire loup-garou

L’agressivité naturelle, chez les êtres humains comme chez les animaux, redoublerait les nuits de pleine Lune… Entre alors en scène le loup-garou, cet homme qui se métamorphose en monstre poilu et sanguinaire. Chez les Scandinaves, pendant les éclipses, la Lune et le Soleil sont deux frère et sœur poursuivis par deux loups prêts à les dévorer, qui s’engraissent de la substance des humains. Ils «mangent» donc parfois la Lune et répandent du coup du sang dans le ciel et dans les airs, allusion à cette fameuse teinte rouge de la Lune pendant les éclipses totales, qui dépend en réalité de la qualité de l’air et de sa charge en particules. Mais à propos du comportement des vrais animaux, la seule chose très probable est que les renards et autres êtres nocturnes trouvent plus facilement à manger «du fait de la quantité de lumière émise», tempère Thierry Courvoisier.

Le «deus ex machina»

Et puis il y a ce que l’on pourrait appeler la force du deus ex machina. Christophe Colomb, par exemple, qui possédait un calendrier des éclipses, en a profité pour amadouer les habitants de la Jamaïque: pour obtenir plus de nourriture, ce petit malin les avait menacés de faire disparaître la Lune pendant la nuit du 29 février 1504. Et «quand ils lui ont demandé de la faire réapparaître», l’ami Cristoforo a obtenu facilement son supplément de pitance. La scène, mythique, a été rejouée avec le Soleil en bande dessinée dans Tintin et le temple du soleil.

Nourritures terrestres

Le site québécois MétéoMédia raconte encore que «la pleine Lune de septembre porte le nom de Lune des moissons en Amérique du Nord» et qu’elle est pour cela vénérée. Car avant l’électrification des campagnes, les agriculteurs ne pouvaient compter que sur elle «pour les éclairer dans les champs après le coucher du soleil, en particulier en pleine période de moissons et de récoltes, à la fin de l’été». Un temps clair était donc toujours de bon augure. Là encore, il n’existe aucune preuve scientifique.

Nuits folles en maternités

Enfin, selon une autre croyance populaire, les maternités seraient débordées les soirs de pleine Lune. Il faut déchanter: toutes les études statistiques démontrent qu’il n’en est absolument rien, d’autant que tous les accouchements ne se font pas de manière naturelle, mais certains à un moment choisi par l’obstétricien.

En revanche, «cette croyance se perpétue chez les sages-femmes», dit Michel Grenon. Elle vient probablement du fait de la comparaison entre cycle lunaire (29 jours) et cycle mensuel de la femme (28 jours en moyenne). Et puisque la Lune a une influence sur les marées, pourquoi ne pourrait-elle pas créer des marées intérieures? Ou, plus précisément, dans une infinitésimale mesure, pourquoi ne pourrait-on pas imaginer que c’est au moment où «elle est le moins aidée par la Lune», lorsque celle-ci se trouve au plus proche de la Terre, qu’une femme en fin de grossesse verrait son travail se déclencher, du fait de la masse très très légèrement supérieure de son bébé? Questions abyssales, qui entremêlent finalement les trois facteurs prédominants de l’âme aristotélicienne: la sensation, l’intellect et le désir y coexistent. Ce dernier, le désir, s’applique aussi à ce que l’Homme veut bien voir dans la Lune.

Envoyez vos photos de l’éclipse à sciences@letemps.ch; les meilleures seront publiées sur notre site Suivez l’éclipse en direct sur http://letm.ps/lune

 

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