environnement

Les cinq points à retenir de la COP23

La conférence climatique de l’ONU s’est terminée sur un constat mi-figue, mi-raisin. Toujours empoisonnées par la question des financements, les discussions n’ont pas avancé suffisamment sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris

Malgré un sentiment d’urgence, beaucoup de temps perdu et de frustrations. Mais aussi quelques avancées, et un processus qui a le mérite de se poursuivre. C’est sur un bilan mitigé que la conférence climatique de l’ONU COP23 s'est achevée dans la nuit du 17 au 18 novembre. Pendant deux semaines, les représentants de près de 200 pays rassemblés à Bonn en Allemagne ont tenté de s’entendre sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat. Cinq éléments ressortent de leurs discussions.

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1. Il manque un meneur

Qui pour insuffler l’élan nécessaire à une politique climatique internationale ambitieuse? Les Etats-Unis ont clairement renoncé à ce rôle depuis l’annonce en juin dernier par Donald Trump du désengagement de son pays de l’Accord de Paris. Une défection qui a pesé sur les discussions à la COP23, en l’absence d’un remplaçant facile à identifier. «Aucun pays développé ne peut actuellement prétendre au leadership dans la lutte contre les changements climatiques, estime Jennifer Morgan, la directrice exécutive de Greenpeace International. Mais cela ne signifie pas qu’on ne peut pas avancer: par le passé, des progrès dans la lutte contre le réchauffement ont déjà été enregistrés en l’absence des Etats-Unis.»

Le fait qu’aucun autre pays n’ait emboîté le pas aux Américains peut être considéré en soi comme un succès. «On perçoit une volonté de tous les pays de poursuivre le processus, même s’il existe de nombreux points de blocage», estime Manuel Graf du WWF, qui fait partie de la délégation suisse.

Ci-dessous, Mouhamadou Touré, journaliste pour la radio malienne «Studio Tamani», créée par la Fondation Hirondelle basée à Lausanne:

2. Le règlement est toujours flou

Un des principaux objectifs de la COP23 était de clarifier les règles d’application de l’Accord de Paris, qui devront être finalisées l’année prochaine lors de la COP24, qui se tiendra à Katowice en Pologne. En jeu notamment, la comptabilité et la transparence des réductions d’émissions de CO2 des différents pays. Las, les discussions n’ont pas permis de faire progresser ce chantier de manière conséquente. «Il est toujours possible de parvenir à un règlement dans une année comme prévu, mais beaucoup de temps a été perdu. Pour l’instant, le texte consiste surtout en une recension des différents points de vue», affirme Manuel Graf.

3. Les finances font débat

Sans surprise, le principal sujet de friction de la COP23 a été celui de l’aide financière que les pays industrialisés, largement responsables des changements climatiques, devront apporter aux pays moins développés, qui en sont les principales victimes. La coalition de pays en développement dite G77, menée par la Chine, a ainsi réclamé des engagements concrets sur la manière dont ces financements seront versés.

«Une des promesses des pays développés est de mobiliser 100 milliards de dollars par année à partir de 2020 en faveur des pays du Sud. Malheureusement les fonds manquent encore, et ils portent surtout sur des projets de réduction des émissions, pas sur l’adaptation aux effets des changements climatiques», considère Jürg Staudenmann, expert climat et développement d’Alliance Sud.
Les ONG regrettent aussi le manque de progrès sur le dossier des pertes et dommages, destiné à soutenir les pays confrontés à des catastrophes contre lesquelles ils ne peuvent se prémunir – par exemple l’augmentation du niveau des océans qui va submerger certaines îles du Pacifique. Davantage d’avancées étaient attendues sur ce point, la COP23 étant organisée par la République des Fidji, directement concernée par cette problématique.

4. Un «dialogue» devrait accroître les ambitions

Dans le cadre de l’Accord de Paris, les Etats se sont entendus pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de manière à contenir le réchauffement sous la barre des 2°C d’ici la fin du siècle. Mais les efforts promis jusqu’à aujourd’hui mènent plutôt notre planète vers un réchauffement de 3°C.

Le consortium scientifique «Global Carbon Project» a par ailleurs révélé que les émissions globales de CO2 étaient reparties à la hausse en 2017, après trois ans de pause. Il est donc urgent d’accélérer le mouvement. Pour y parvenir, les pays se sont engagés dans un processus appelé «dialogue de Talanoa» (le terme fidjien talanoa signifiant «parler avec le cœur») afin de réduire leurs émissions de CO2 de manière plus ambitieuse. Ce processus devrait aboutir à un bilan collectif des émissions fin 2018.

5. Le charbon sur la sellette

Particulièrement dommageable pour le climat et la qualité de l’air, le charbon est de plus en plus décrié. «Si nous voulons atteindre l’objectif de l’Accord de Paris, il va falloir abandonner cette source d’énergie», martèle ainsi Mohamed Adow, de l’ONG Christian Aid. Le 16 novembre, 20 pays dont la Grande-Bretagne, le Canada et le Mexique ont annoncé la création d’une alliance pour sortir du charbon. «Même si ces pays ne représentent qu’une petite partie de la consommation mondiale de ce combustible, c’est un signal fort par rapport à la posture de l’administration Trump qui continue à en faire la promotion», poursuit Mohamed Adow.

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En pleins pourparlers sur la constitution d’un gouvernement de transition, la chancelière allemande, Angela Merkel, s’est elle aussi montrée embarrassée par la question du charbon, dont son pays demeure très dépendant. Dans les couloirs de la conférence, des activistes n’ont pas manqué de rappeler qu’une mine de lignite, un type de charbon particulièrement polluant, se trouvait à une cinquantaine de kilomètres seulement de Bonn…

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