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De nombreuses cité harapéennes ont fini enfoui sous le sable, sans doute à cause d'un changement écologique.
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Mystérieuses civilisations (1/5)

La civilisation de l’Indus, des terres fertiles au désert aride 

La civilisation de la vallée de l’Indus est l’une des plus sophistiquées de l’âge du bronze. Urbanistes hors pair, ses membres ont pourtant vu leur société s’éteindre un millénaire avant notre ère.

Des cultures entières ont marqué la planète de leur empreinte avant de disparaître plus ou moins subitement. Quelles étaient-elles? Pourquoi ont-elles périclité? Des Vikings aux Mayas, Le Temps a mené l’enquête.

Rares sont les informations sur la civilisation de la vallée de l'Indus qui soient parvenues jusqu’à nos livres d’histoire. Pourquoi? Parce que de nombreux mystères entourent ce microcosme social qui aurait vécu entre 2500 et 1900 avant notre ère. Une langue inconnue, une écriture indéchiffrée, un système politique indéterminé, une extinction soudaine. Reste que les quelques éléments mis au jour depuis la découverte des vestiges de cette civilisation, au début des années 1920, méritent que l’on y prête attention. Ne serait-ce que par le lot de surprises et d’originalités qu’ils nous livrent.

La civilisation de la vallée de l’Indus s’est bâtie autour des méandres poissonneux de l’Indus, ce fleuve long de près de 3200 kilomètres qui s’écoule des montagnes de l’Himalaya en direction de la mer d’Arabie. A l’image des populations d’autres grandes vallées fluviales, cette société a été séduite par la fertilité des terres ainsi que par la possibilité d’utiliser l’Indus comme une voie de transport. Car son réseau commercial, axé notamment sur la culture de blé, d’orge, de sésame, de coton et de légumes, pouvait s’étendre jusqu’en Perse et en Basse-Mésopotamie.

Précurseurs de l’urbanisme 

Composée de un à cinq millions d’habitants – les données diffèrent selon les sources – la civilisation de la vallée de l’Indus semble avoir connu la plus grande extension géographique de l’époque. A ce jour, ce sont en effet plus de deux mille sites répartis entre l’Inde, le Pakistan et l’Afghanistan actuels, qui ont été découverts. Citons parmi les sites les plus vastes les villes pakistanaises de Harappa et Mohenjo-Daro. Parfois surnommée la «Manhattan de l’âge du bronze», Mohenjo-Daro est restée enfouie sous des mètres de sédiments alluviaux jusqu’à sa découverte en 1922. Véritable métropole faite de briques cuites, elle s’étend sur plus de deux cents hectares. Strictement quadrillée, coupée en deux par une rue de dix mètres de large, scindée du nord au sud par une douzaine d’artères tracées au cordeau, et traversée d’est en ouest par des rues pavées, Mohenjo-Daro représente, de par son cadre urbain strictement réfléchi, la cité modèle de la civilisation de l’Indus. Elle aurait pu habiter jusqu’à quarante mille personnes. 

Outre cette attention toute particulière qu’ils portaient à l’urbanisme, les membres de la civilisation de l’Indus semblent également avoir été des pionniers de l’hygiène moderne. En témoignent les fouilles réalisées sur le site de Mohenjo-Daro, qui ont révélé des maisons équipées de salles de bain, de puits individuels et de toilettes à l’ancienne. Les eaux usées étaient quant à elles récoltées dans de petites fosses en briques situées au bas des murs des maisons, avant d’être acheminées hors des secteurs habités grâce à un ingénieux réseau de canalisation d’égouts. Stupéfiant.

Reste que la logique de construction des cités de l’Indus échappe aux experts. Car contrairement aux civilisations mésopotamiennes et égyptiennes, les recherches réalisées sur les sites de la vallée de l’Indus n’ont mis au jour aucun temple ou palais d’envergure. De quoi s’interroger sur la présence ou non d’un pouvoir politique. Ce peuple agricole n’ayant par ailleurs laissé aucune trace d’une quelconque activité militaire – peu d’armes ni de fortifications à but exclusivement défensif retrouvées –, de nombreux avis s’accordent à dire que cette société pourrait avoir connu la plus longue période de paix de l’histoire de l’humanité.

Des traces d’incendies et de destructions

En tous points prospère durant près de sept cents ans, la civilisation de l’Indus a pourtant décliné subitement à partir de 1900 avant notre ère. Si cet effondrement suscite aujourd’hui encore des interrogations, nombreuses sont les hypothèses avancées pour lui donner un sens. Des traces d’incendies et de destructions, ainsi que des squelettes blessés à l’arme blanche et retrouvés sans sépulture ont d’abord laissé supposer une invasion par des peuples d’Aryens venus de l’Asie centrale ou du plateau iranien. «Cette théorie est aujourd’hui abandonnée. Nous n’avons en effet retrouvé aucune trace effective de massacres ou de violences sur les sites de la vallée de l’Indus, ni de mobilier qui pourrait être associé à de telles populations», explique Aurore Didier, chargée de recherche au CNRS et directrice de la mission de l’Indus.

L'hypothèse «totalement ridicule» d'une explosion nucléaire

Selon quelques amateurs, non spécialistes de la civilisation de l’Indus, c’est une explosion nucléaire qui aurait provoqué la disparition de ces peuplades. Un taux de radioactivité supérieur de cinquante fois à la normale a en effet été mesuré sur les squelettes retrouvés à Mohenjo-Daro. De plus, des strates de glaise et de sable vitrifiés semblables à celles que l’on retrouve dans le désert du Nevada – où étaient réalisés des essais nucléaires entre 1951 et 1992 – ont été détectées dans la région. De quoi imaginer une guerre atomique préhistorique ? La proposition ne convainc pas la communauté scientifique. «Elle est même totalement ridicule», affirme Aurore Didier.

Car pour la majorité des chercheurs, l’événement qui aurait causé la perte des civilisations de l’Indus serait d’ordre environnemental ou économique: «Les carottages réalisés dans le nord-ouest de l’Inde ont montré que le climat s’y est passablement altéré environ 2000 ans avant notre ère. Il s’est rapproché de celui, sec et aride, que connaissent ces régions aujourd’hui, ce qui a perturbé les cultures et, de facto, le commerce des civilisations de l’Indus. Le bouleversement socio-économique qui s’en est suivi peut avoir mené au déclin de ces sociétés. Cette hypothèse est la plus communément admise à ce jour», indique l'archéologue.

Des réfugiés climatiques 

Si elle s’avère exacte, la théorie du changement climatique suppose que la civilisation de l’Indus fut contrainte de quitter sa vallée devenue infertile. Une migration qui pourrait avoir mené ces «réfugiés climatiques» vers les plaines du Gange. «Cela s’est accompagné d’un changement dans les stratégies de subsistance. La civilisation de l’Indus s’est progressivement convertie dans des cultures céréalières estivales basées sur le riz et le millet, deux denrées plus à même de supporter ces nouvelles conditions climatiques et nécessitant, pour le riz, le développement d’une agriculture irriguée», confie Aurore Didier. «Elle a également tissé des liens avec de nouveaux partenaires commerciaux.»

Pas de quoi donc parler d’«effondrement» d’une société au sens de l'anthropologue Jared Diamond. Il s'agit plutôt d’une adaptation graduelle à l’évolution de l’environnement, s'étant étalée sur plusieurs siècles. La civilisation de l'Indus s'est éteinte au fur et à mesure que sa culture, ses cités et son réseau commercial se régionalisaient et se transformaient.

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