Les mots importants ne sont pas toujours les plus visibles. En haut à droite du site Makeourplanetgreatagain.fr («rendre de nouveau notre planète formidable»), un logo est discrètement apposé: celui de la République française, assorti d’une simple mention: «Une initiative du président français Emmanuel Macron». Difficile d’être plus clair: l’appel lancé par ce dernier aux chercheurs internationaux le 1er juin, dans la foulée de l’annonce par Donald Trump du retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris de décembre 2015 – officialisé vendredi par Washington auprès des Nations unies – a vocation de «marqueur» pour son quinquennat.

154 spécialistes candidats

Selon les chiffres donnés par le gouvernement français, 420 000 visiteurs uniques ont consulté cette adresse internet jusqu’au 30 juillet, ce qui a engendré plus de 12 000 demandes, dont 3000 en provenance de chercheurs étrangers (les entrepreneurs, étudiants et activistes peuvent aussi s’inscrire et remplir le dossier en ligne). Parmi eux: 154 spécialistes internationaux du climat ont postulé, selon les chiffres du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), repris par la revue Nature.

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Un succès salué, du côté gouvernemental, en des termes quasi économiques: «Macron ne veut pas seulement attirer les chercheurs. Il veut les utiliser pour redorer l’image de la recherche française car cela participe de l’attractivité du pays», confirme au Temps une participante à une réunion récente organisée par Thierry Coulhon, le conseiller Sciences du chef de l’Etat français.

Des universitaires «prometteurs et réputés»

Pour le moment, le flou perdure sur ce que la France va réellement proposer aux candidats qui ont répondu au questionnaire sur Makeourplanetgreatagain.fr, et sur les profils recherchés. La seule annonce officielle depuis le 1er juin et l’allocution télévisée d’Emmanuel Macron (en français, puis en anglais) est venue du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Dans un communiqué publié le 19 juin, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, et l’ancien PDG de Renault Louis Schweitzer (commissaire général à l’Investissement) ont annoncé un partenariat dédié.

L’université française mettra pour cette initiative 30 millions d’euros sur la table (en crédits et en nature), qui seront doublés en fonction des projets retenus. Au total, l’opération Makeourplanetgreatagain pourrait donc disposer de 60 millions d’euros sur cinq ans. Côté modalités: la patronne du CNRS, Anne Peyroche, a annoncé la mise en ligne prochaine d’un second site web (initialement annoncé pour le 15 juillet) réservé aux candidats universitaires. Quatre-vingts seront présélectionnés en septembre, puis 50 («prometteurs et réputés») seront définitivement choisis à l’automne.

Ce dispositif vient se rajouter à un système mis en place au début de 2017 pour l’accueil en urgence des scientifiques en exil dont le budget avoisinait les 2 millions d’euros pour 60 bénéficiaires.

Système vertical

A lire ces communiqués, tout est donc parfait. L’appel lancé par Emmanuel Macron semble avoir été reçu 5/5. A deux questions près. La première est celle de l’insertion des futurs candidats étrangers. «Je reconnais qu’il peut être difficile de s’intégrer dans le tissu universitaire français», indiquait récemment, à l’Assemblée nationale, le mathématicien Cédric Villani, élu en juin député de La République en marche et ardent promoteur d’une «reconstruction de l’Europe par la science».

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La seconde question porte sur les trois thèmes retenus pour les projets: sciences du climat, observation et compréhension du système Terre, sciences et technologies de la transition énergétique. «On a l’impression que ces priorités sont avant tout celles de l’université française, explique une jeune chercheuse suisse qui s’est inscrite sur le site et attend une réponse. Le système manque de souplesse. Il est très vertical, à la française.»

Dans un article publié par Le Monde, s'exprime une troisième remarque: est-il judicieux de se livrer, sur le terrain de la recherche, à cette forme de concurrence politique sur le climat? N’est-il pas souhaitable que les spécialistes américains du sujet restent aux Etats-Unis pour combattre les thèses révisionnistes de Donald Trump? Le 12 décembre, Emmanuel Macron réunira à Paris une conférence internationale, deux ans après le succès de la COP21. «Il faut que nos collègues demeurent de l’autre côté de l’Atlantique pour mener le combat. Dans ce domaine, la recherche et la politique sont intimement liées», affirmait au quotidien du soir, le 10 juillet, le climatologue américain Raymond Pierrehumbert.

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