environnement

La climatisation laisse des traces dans l’atmosphère

Une équipe suisse détecte pour la première fois dans l’air les nouveaux gaz utilisés pour faire du froid, notamment dans l’automobile. Elle observe également l’usage croissant de nouveaux produits anesthésiant utilisés lors des interventions chirurgicales

Depuis l’apparition des premières machines de froid dans les années 1830, les fluides frigorifiques ont été remplacés à plusieurs reprises, au fur et à mesure qu’on découvrait des problèmes liés à leur utilisation. Très toxique, la première génération a été remplacée par une seconde, la famille des CFC, plus sûre, mais qui s’est avérée dévastatrice pour la couche d’ozone qui nous protège des rayons ultraviolets du soleil. Après l’entrée en vigueur en 1989 du Protocole de Montréal, les CFC ont été progressivement été remplacés par une troisième génération. Des gaz certes inoffensifs pour la couche d’ozone, mais dont l’impact sur le climat a vite alerté les scientifiques.

Ainsi, le R134A qui est très couramment utilisé pour la climatisation automobile, affiche un pouvoir réchauffant 1430 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2). Si bien que son usage, comme celui de nombreuses autres substances de même génération, est désormais réglementé, notamment dans l’Union européenne et en Suisse, pour favoriser l’émergence d’une quatrième génération de produits, plus neutres pour le climat.

«On agit plus vite»

«Il a fallu 40 ans pour prendre conscience des risques posés par les CFC, souligne Martin Vollmer, du Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche, ou EMPA, à Dübendorf. Aujourd’hui, on agit beaucoup plus vite, et il faut que la science s’adapte, en détectant des quantités toujours plus faibles de molécules.» Avec trois collègues, il vient de constater «en direct» l’apparition dans l’atmosphère, du HFC-1234yf, l’une des molécules réfrigérantes de quatrième génération, qui est décrite dans la revue Environmental Science & Technology. «Dès que nous avons entendu parler de ces produits de 4e génération, nous avons décidé de les étudier dans nos stations de mesure de Dübendorf, à 400 mètres d’altitude, et de Jungfraujoch, à 3580 mètres d’altitude.»

A Dübendorf, les mesures correspondent à des substances rejetées à une échelle locale et régionale, tandis que l’air du Jungfraujoch est sous l’influence de sources plus lointaines, sur le continent européen, mais aussi en Amérique du Nord et en Asie.

En 2011, aucune des deux stations de l’EMPA n’observait de HFC-1234yf. Il a commencé à apparaître à l’état de traces mi-2012 en altitude, et quelques mois plus tard à Dübendorf. Un signe que son usage en Suisse a démarré un peu plus tard qu’ailleurs dans le monde. Les mesures de l’EMPA montrent aussi qu’un gaz similaire, le HFC-1234ze était déjà utilisé hors de Suisse en 2011, où son usage n’a vraiment démarré qu’en décembre 2012. Enfin, un troisième gaz, le HFC-1233zd, présente des teneurs équivalentes dans les deux stations. «C’est un signe que cette substance n’est pas encore utilisée en Suisse. Elle provient sans doute de Chine où ce gaz est le plus utilisé», résume Martin Vollmer, qui précise que des mesures conduites par son groupe sur le continent antarctique ne révèlent pas encore sa présence. «Il faut plusieurs années d’utilisation massive pour qu’un polluant soit mesurable sur ce continent.»

Concentration d’anesthésiants

Au sein d’un groupe international (Suisse, Grande-Bretagne, Corée), Martin Vollmer et ses collègues suivent également la concentration dans l’air d’une autre famille de produits, les anesthésiants utilisés dans les hôpitaux, qui sont rejetés dans l’environnement. Dans Geophysical Review Letters, ils constatent dans plusieurs régions de l’hémisphère Nord et en Antarctique, l’usage croissant de trois anesthésiques pour remplacer l’halothane, un produit qui provoque de graves atteintes au foie chez les patients. Depuis 2000, leur concentration a grimpé de 50% à 300%, constate le groupe.

Le graphique de l’halothane montre une diminution de 66% en une quinzaine d’années. Mais il révèle aussi que ce produit anesthésiant très économique n’a toujours pas disparu des hôpitaux: on en trouve nettement plus dans l’hémisphère nord, la partie la plus peuplée de la planète, que dans l’Antarctique. «Si son usage avait vraiment cessé, on mesurerait la même concentration partout.»

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