SANTE 

Quand le cœur ne bat plus la bonne mesure

Réalisé pour Hôpital de La Tour La fibrillation auriculaire est le trouble du rythme cardiaque le plus fréquent. La remise en tempo est possible, entre autres en introduisant la baguette du maestro à l’intérieur du cœur

La fibrillation auriculaire touche 1% de la population mondiale. Les statistiques grimpent en flèche avec l’âge: 5% entre 60 et 65 ans, puis 10% au-delà de 70 ans. «Avec le vieillissement de la population, le nombre de cas est en constante augmentation ces dernières années.

C’est une véritable épidémie», précise le docteur Chan-Il Park, cardiologue à l’Hôpital de La Tour, spécialisé en électrophysiologie cardiaque. Il explique que les personnes âgées ne sont pas les seules à être touchées par cette arythmie, elle peut apparaître chez des cœurs parfaitement sains et jeunes.

Cela peut être le cas chez les sportifs d’endurance comme les marathoniens et les triathlètes, lors d’abus d’alcool ou lors de prise de certains médicaments. Elle est néanmoins la plu- part du temps la conséquence de maladies cardiovasculaires, de l’hypertension, du diabète, de l’obésité, de l’hyperthyroïdie et de l’apnée du sommeil.

Chan-Il Park ajoute que c’est le plus souvent une accumulation de facteurs qui favorise ce type d’arythmie. Insuffisance cardiaque et accident vasculaire cérébral guettent les personnes souffrant de fibrillation si elles n’entreprennent rien. De lourdes conséquences pour une simple erreur de tempo. Quelles sont les solutions médicales qui, tel un métronome, sont capables de resynchroniser les battements du cœur?

Pas l’oreille musicale

Le cœur assure l’irrigation du corps en sang oxygéné ainsi que son recyclage vers les poumons. Pour ce faire, les muscles cardiaques contractent les quatre cavités du cœur – deux oreillettes et deux ventricules – afin qu’elles assurent leur rôle de pompe. La tâche musculaire suit une partition bien précise, car oreillettes et ventricules doivent se contracter et se relâcher avec un rythme régulier et de manière synchronisée.

Les battements du cœur s’apparentent donc à une grosse caisse donnant le tempo à la douce mélodie de la vie. Mais attention, bien qu’il joue du violon à chaque rencontre amoureuse, notre cœur ne fait pas dans le style classique, son riff est résolument électro!

C’est l’influx nerveux réparti précisément à travers le cœur et son système de conduction électrique qui dirige la contraction musculaire. Le DJ, véritable chef d’orchestre de cette structure, est le nœud sinusal, situé dans l’oreillette droite. Il produit les impulsions électriques et détermine le tempo cardiaque: presto lors d’activités physiques, adagio en mode balade du dimanche et lento pendant le dodo. «Il est important de relever que ces accélérations ou diminutions de fréquence ne modifient pas la régularité des intervalles des battements», précise le cardiologue.

Une variation de cette régularité rythmique est pathologique et se produit en cas de fibrillation des oreillettes. Il s’agit bien d’une irrégularité de l’activité électrique du cœur. La fibrillation auriculaire est l’arythmie la plus fréquente dans le monde et concerne les deux oreillettes.

Elle peut se manifester à basse, normale ou haute fréquence cardiaque, même si c’est cette dernière qui est la plus courante. S’ensuit une diminution de la force de contraction des oreillettes et une réduction problématique du débit cardiaque: une oreillette dysfonctionne et c’est la cacophonie.

Partitions incomplètes

«L’initiation de cette arythmie provient des fibres musculaires qui entourent les quatre veines pulmonaires dans l’oreillette gauche. Ces fibres musculaires s’excitent de manière inappropriée et amorcent le dérèglement du rythme cardiaque», précise le docteur Chan-Il Park.

Les mécanismes moléculaires et cellulaires précis menant à cette irrégularité ne sont pas encore totalement compris, mais la recherche fondamentale tout comme la recherche clinique avancent à grands pas. «Ce dont nous sommes convaincus, c’est qu’il s’agit d’une dysrégulation entre le système sympathique, qui sécrète l’adrénaline pour élever le rythme cardiaque, et le système parasympathique, qui gère la décélération de la fréquence cardiaque», continue-t-il.

Les symptômes le montrent d’eux-mêmes et surviennent sou- vent lorsque les patients se relâchent après une période d’activité ou de stress, pendant la nuit ou tôt le matin.

Les symptômes les plus fréquents sont des palpitations, des vertiges, des difficultés respiratoires, de la fatigue et une diminution des performances physiques.

Une pathologie en trois couplets

La fibrillation auriculaire se manifeste généralement une première fois avec un épisode de courte durée se résorbant de lui- même après quelque heures ou quelques jours.

«C’est la fibrillation paroxystique. Dans la plu- part des cas, plus rien ne se passe pendant des mois ou des années, mais la fibrillation peut revenir selon les conditions, par exemple en cas d’infection aiguë comme une gastroentérite ou après d’im- portants stress physiques ou émotionnels», précise le cardiologue. La fibrillation est dite persistante si elle dépasse sept jours.
La dernière phase est la fibrillation permanente ou chronique.

«Il faut voir ces trois entités comme un continuum de la maladie, qui évolue vers une forme de plus en plus persistante. Lors des derniers stades, la fibrillation se génère d’elle-même et cela devient plus difficile d’intervenir», indique-t-il. En résumé, une per- sonne qui subit un premier épisode va tendre inexorablement vers les autres stades.

L’idéal est donc d’intervenir le plus tôt possible. «Nous n’intervenons pas au premier épisode et travaillons plutôt sur les facteurs favorisant sa réapparition, comme le surpoids, les apnées du sommeil, une tension artérielle insuffisamment contrôlée ou l’alcool. Selon la fréquence des crises d’arythmies, des médicaments et/ou un traitement invasif sont proposés.

Nous savons que l’intervention invasive reste plus efficace que la prise de comprimés.» Les cardiologues laissent les patients choisir le moment d’une intervention, sachant que le plus tôt est le mieux pour éviter la progression de l’arythmie vers une forme persistante. Intervenir toujours plus est le dogme depuis une dizaine d’années, mais de quoi s’agit-il?

Mise en sourdine

Lorsqu’un orchestre ne joue pas bien, difficile de savoir comment agir. Remplacer le chef d’orchestre, augmenter le nombre de répétitions, voire changer certains musiciens sont de bonnes pistes, mais il en existe une plus efficace: supprimer les éléments dissonants, les mettre en sourdine!

C’est un peu la stratégie du traitement de la fibrillation auriculaire. Les cardiologues vont tenter d’isoler les veines pulmonaires où s’instaurent les arythmies en appliquant du chaud ou du froid depuis l’intérieur de l’oreillette gauche. Les muscles des veines pulmonaires sont ainsi isolés électrique- ment de l’oreillette et du cœur.

L’intervention s’effectue soit en anesthésie locale, soit en anesthésie générale. Cette dernière est le plus souvent adoptée par les médecins pour des raison de confort et de sécurité.

Ils interviennent par la veine fémorale droite et remontent jusqu’au cœur par la veine cave. «Une autoroute qui débouche dans l’oreillette droite. Nous nous frayons ensuite un passage par le foramen ovale – une fine membrane séparant les deux oreillettes – pour atteindre l’oreillette gauche», décrit Chan-Il Park.

Le VJing en soutien

Pour les aider dans cette tâche délicate, les cardiologues peuvent compter sur des techniques d’imagerie de plus en plus performantes. Elles leur permettent de reconstruire la morphologie de l’oreillette et des veines pulmonaires en 3D et avec précision. La mesure des champs électriques se fait grâce à une électrode placée sur des cathéters introduits à l’intérieur de l’oreillette. C’est elles qui permettent de cartographier des oreillettes tout en repérerant les zones actives à éliminer.

Ces zones sont détruites par envoi de radiofréquences par le cathéter dirigé par la main du cardiologue. Concrètement, des radiofréquences brûlent littéralement les muscles entourant les veines pulmonaires. «Les techniques d’imagerie sont capitales, car nous n’avons pas la place pour une caméra endoscopique. Elles nous permettent d’obtenir des informations sur la propagation du flux électrique. Nous avons également des informations sur la force de contact du brûleur contre la paroi interne de l’oreillette. Cette donnée est cruciale, car nous devons être certains de brûler suffisamment en profondeur tout en préservant l’oreillette.»

L’opération dure environ deux heures en moyenne. Le risque associé à cette approche – <1% des cas – est la génération de caillots qui peuvent remonter jusqu’au cerveau et induire un AVC ou une extravasation sanguine autour du coeur nécessitant un drainage. Il est également possible d’agir par cryothérapie, à l’aide d’un ballon qui se gonfle dans toute la zone des veines pulmonaires et qui refroidit au niveau de son équateur. Cette technique, aussi efficace que la brûlure, est moins utilisée à l’Hôpital de La Tour.

En route vers la virtuosité?

L’épidémie actuelle de fibrillation auriculaire toucherait 35 millions de personnes dans le monde. Un marché potentiel colossal qui a le don de stimuler la recherche et le développement pour ces approches très demandeuses en technologies. Cela donne lieu à une «guerre des approches et des techniques», selon le cardiologue de l’Hôpital de La Tour. Une compétition qui, nous pouvons l’espérer, aidera à développer des approches de plus en plus efficaces et sûres afin de pouvoir traiter la fibrillation auriculaire au plus tôt de son apparition et per- mettre ainsi l’harmonie parfaite et durable des battements du cœur des patients.


EVENEMENT GRATUIT

Conférence publique sur la fibrillation auriculaire

Mardi 18 juin 2019, 18h30 à l’Hôpital de La Tour

Conférencier:

• Dr Chan-Il Park, cardiologue interventionnel

Programme et inscriptions ici

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