Grosse déception hier dimanche au Kennedy Space Center de Cap Canaveral, notamment pour les nombreux Européens venus en Floride pour le lancement de leur laboratoire orbital Columbus: au quatrième report depuis jeudi dernier, la NASA a décidé de renoncer au lancement de la navette Atlantis cette année et de le reporter au 2 janvier au plus tôt.

«Nous sommes un peu tristes, mais nous acceptons cette décision, à laquelle nous avons d'ailleurs participé, note Franco Bonacina, le porte-parole de l'Agence spatiale européenne (ESA). Même si le risque zéro n'existe pas, nous n'aurions pas accepté de voler avec un risque supplémentaire. Columbus, quels que soient ses enjeux et sa valeur, n'est qu'un gros morceau de ferraille, mais la vie de sept astronautes est une priorité absolue. D'ailleurs, un report d'une quinzaine de jours ne change pas fondamentalement la donne après tant d'années de retard, et ne compromet pas le départ du premier cargo ATV Jules Verne, toujours prévu pour janvier, puisqu'il est lancé par une fusée Ariane.»

L'Anglais Alan Thirkettle, «programm manager» de l'ESA pour la Station spatiale internationale, ISS, a participé depuis jeudi à toutes les longues séances de travail et de réflexion des directeurs de vol et de tir de la NASA qui, après avoir examiné toutes les options possibles, ont décidé l'annulation du lancement. La «fenêtre de tir» de décembre était d'ailleurs sur le point de se fermer, avant que les paramètres orbitaux de l'ISS rendent impossible l'installation de Columbus: son arrimage nécessite la sortie de deux astronautes dans l'espace et l'orientation d'Atlantis par rapport au Soleil aurait provoqué une chaleur excessive pour cette opération.

Depuis jeudi, les responsables de la NASA qui venaient présenter à la presse la nature des problèmes rencontrés trahissaient, au-delà des explications techniques, une certaine perplexité, voire du désarroi, ne parvenant pas à s'expliquer la cause de l'anomalie survenue au terme d'un compte à rebours sans problème.

Jeudi en début de matinée, peu avant la fin du remplissage du réservoir principal, deux des quatre jauges indiquant le niveau d'hydrogène liquide (un peu comme sur une voiture) signalaient que le réservoir était vide, ce qui était manifestement faux. Puis, lorsque la décision a été prise de vidanger le réservoir (une opération coûtant près de 500000 dollars), une troisième jauge s'est montrée défaillante. Or, depuis la catastrophe de la navette Columbia, trois au moins de ces jauges doivent être en état pour autoriser un lancement. En redondance avec d'autres systèmes, ces jauges permettent de couper automatiquement les trois moteurs principaux de la navette quand le réservoir est vide ou l'alimentation insuffisante, pour éviter une surchauffe des moteurs tournant à vide, ce qui provoquerait une explosion catastrophique.

De tels incidents avec ces jauges sont déjà survenus à trois reprises, en 2005 et 2006, après le retour en vol des navettes, sans conséquences. La NASA pensait avoir résolu la panne en modifiant des connexions électriques, d'autant que les quatre vols suivants n'avaient présenté aucune anomalie.

Parmi les solutions discutées ces derniers jours, il a été envisagé que la fenêtre de tir soit limitée à une minute pour disposer d'un maximum de comburant (hydrogène et oxygène liquides, qui s'évaporent entre le remplissage et le lancement); les contrôleurs de vol auraient suivi en permanence son flux pendant les huit minutes et demi jusqu'à l'arrivée en orbite et l'extinction des moteurs. Ils auraient ainsi pu avertir immédiatement l'équipage de procéder à un atterrissage d'urgence en cas de fuite.

Mais il a été finalement décidé que les quatre jauges devaient être en état pour procéder au lancement. Hier matin, le remplissage de l'énorme réservoir orange accolé à la navette a commencé peu avant 5h, heure locale, et quand les jauges ont été immergées, toutes quatre fonctionnaient. Mais, deux minutes plus tard, l'une d'elles défaillait encore. L'annulation devenait inévitable.

Atlantis va devoir revenir dans son gigantesque hall de montage (le VAB) pour la réparation ou le changement des éléments défectueux. Ce qui va retarder aussi les lancements suivants, dont les trois vols pour l'installation du laboratoire japonais Kibo, prévus à partir de février.